Depuis la dernière élection présidentielle américaine, il semblait difficile d’imaginer qu’il y eût pire que la co-listière républicaine de John MacCain, la sinistrement célèbre Sarah Palin, qui a tant fait pour YouTubeTM et l’excellente comédienne Tina Fey. Nous étions tous dans l’erreur. Certes le monde politique américain n’a jamais déçu depuis Ronald Reagan, qui, entre autres erreurs hautement révélatrices, confondait le Honduras avec la Hongrie, jusqu’à George Bush, qui, dans un discours officiel, avait parlé des Greecians au lieu de dire Greeks pour parler des habitants de la Grèce, sans compter bien sûr leur totale incapacité politique à l’un et à l’autre. On se souviendra encore longtemps du visage hébété du même Bush, apprenant, dans une école primaire, les attentats terroristes contre les twin towers, ou bien encore son absence totale de réaction après le passage de l’ouragan Katrina, ce dont ont largement profité ses amis d’extrême droite dans la mouvance de l’effroyable Milton Friedman.

 

 

Avec le détournement historique du mouvement du Boston Tea Party, moment clé vers l’indépendance du Nouveau Monde par rapport à la couronne britannique, par tout ce que les Etats-Unis comptent, de nos jours, de plus racistes, de plus poujadistes, qui fondent leur réflexion sur la haine et l’obscurantisme le plus étouffant, une nouvelle étoile est née chez les cancres et fiers de l’être dans le monde politique américain. Elle se nomme comme chacun sait désormais Christine O’Donnell. Elle fait partie de cette vague qui est en train de donner des sueurs froides au parti républicain. Elle a, en effet, comme beaucoup d’autres candidats à la candidature issus du Tea Party en vue du renouvellement du sénat et de la chambre des représentants, battu le favori de son parti pour le siège de sénateur du Delaware, Mike Castle.

 

Ce dernier, comme beaucoup d’autres républicains et de nombreux américains en général, pense que les populistes du Tea Party sont en train de faire un cadeau inespéré au parti démocrate, pour ces élections de mi-mandat qui semblaient mal engagées. Mais tous les trublions d’extrême droite sont si ineptes et inaptes qu’ils en inquiètent jusqu’à l’état-major du parti républicain. Parlant de Christine O’Donnell, Karl Rove, ex-conseiller de Bush, a déclaré sur Fox News : There’s just a lot of nutty things she’s been saying that just simply don’t add up. Entendez : Il y a tout simplement une somme de déclarations insensées qu’elle a faites et qui n’ont aucune portée. C’est peut-être, comme le soulignent certains commentateurs, la défaite de l’establishment, mais c’est surtout la victoire tous azimuts des nuls.

 

Christine O’Donnell a accordé un entretien au correspondant du Guardian, Ewen MacAskill, à Dover dans le Delaware, le lendemain de sa victoire, entretien à verser dans le chapitre des décidément beaucoup trop nombreux intégristes de tout poil qui veulent imposer leur vision simpliste et dogmatique du monde. Son unique référence et son programme politique se résument en un seul mot : la bible ! Invitée à infirmer ou confirmer une déclaration faite quelques mois auparavant, O’Donnell a ré-affirmé : The Bible says that lust in your heart is committing adultery. So you can’t masturbate without lust. La traduction de ce morceau d’anthologie est : La bible dit que commettre l’adultère c’est avoir la luxure dans son cœur. Donc on ne peut pas se masturber sans esprit de luxure. Fichtre ! Deux remarques pour conclure : d’une part O’Donnell est un cœur à prendre, on souhaite bonne chance à l’intrépide qui se risquerait à une telle ascension, d’autre part, et c’est beaucoup plus grave, cette américaine peut devenir sénatrice en novembre ! Voilà qui fait froid dans le dos !

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