David Cameron : même John Major n'en veut plus

Fait rarissime dans l’histoire politique contemporaine du Royaume-Uni, David Cameron a reçu, le 22 octobre, une volée de bois vert de la part d’un de ses prédécesseurs conservateurs, en l’occurrence John Major, qui fut premier ministre de 1990 à 1997, après Margaret Thatcher et avant Tony Blair.

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Fait rarissime dans l’histoire politique contemporaine du Royaume-Uni, David Cameron a reçu, le 22 octobre, une volée de bois vert de la part d’un de ses prédécesseurs conservateurs, en l’occurrence John Major, qui fut premier ministre de 1990 à 1997, après Margaret Thatcher et avant Tony Blair.  En règle générale, lorsqu’un responsable politique britannique descend de charge, non seulement sa carrière est terminée – ce qui constitue une différence de taille par rapport à la France – mais, en plus, il se mure dans un silence respectueux sinon de son successeur tout au moins du fonctionnement politique.

 

Or John Major, désormais Sir puisqu’il a été anobli par la reine, s’en est pris avec véhémence, lors d’un déjeuner à Westminster, à Cameron et aux six grandes entreprises fournisseurs d’énergie. C’est l’augmentation récente de 10% du prix du gaz et de l’électricité qui a provoqué l’indignation de l’ex-premier ministre. Pour lui ce ne sont pas les particuliers qui doivent être taxés mais les profits monumentaux des six entreprises déjà nommées. L’argent récolté permettrait à un grand nombre de britanniques de ne pas avoir à choisir, cet hiver, entre eating or heating, manger ou se chauffer.

 

John Major a tourné en dérision la coalition Tories/ LibDems en insistant sur le fait que les uns et les autres ont été élus pour soutenir leurs concitoyens et non pas les institutions financières. Ses propos s’inscrivent dans la droite ligne du discours d’Ed Miliband, qui, lors de son discours de clôture au congrès annuel du Labour Party, a déclaré vouloir imposer un gel des prix de l’énergie de 20 mois, en cas de victoire travailliste aux prochaines élections législatives. Cependant Major va beaucoup plus loin dans sa volonté de justice sociale.

 

Il n’a pas échappé aux journalistes présents que John Major règle ses comptes, de cette manière, avec les eurosceptiques du parti conservateur - dont faisait partie, entre autres, David Cameron -  qu’il avait traité de bastards, lors de la campagne européenne de 1992, au cours de laquelle les bastards en question avaient appelé à voter contre la ratification du Traité de Maastricht, et cela, en opposition totale avec le mot d’ordre du parti conservateur que dirigeait le premier ministre de l’époque, John Major. On peut consulter, ici, le site de l’Observatoire de la Société Britannique et le résumé qu’en a fait Agnès Alexandre-Collier, spécialiste de civilisation britannique, professeur des universités à l’Université de Bourgogne.

 

L’ancien premier ministre était même dans une forme étincelante, lors de ce déjeuner, puisqu’il a provoqué l’hilarité générale en lançant, à propos du choix du mot bastards : What I said was unforgiveable…My only excuse is that it was true, ce qui signifie, ce que j’ai dit était impardonnable…ma seule excuse est que c’était vrai. David Cameron était jusqu’à présent peu populaire en dehors de son parti. Il semble qu’à l’intérieur ce ne soit guère mieux, d’autant que, depuis plusieurs mois les échecs et les renoncements sont succédé à une telle vitesse que son seul concurrent dans ce domaine se trouve de l’autre côté de la Manche.

 

 

http://www.theguardian.com/politics/2013/oct/22/john-major-speech-revenge-on-eurosceptic-bastards

http://www.telegraph.co.uk/news/politics/conservative/10397912/Tax-profiteering-energy-companies-Sir-John-Major-tells-George-Osborne.html

http://www.independent.co.uk/news/uk/politics/sir-john-major-hits-out-at-unacceptable-hike-in-prices-and-calls-for-excess-profit-tax-on-big-six-energy-firms-8897217.html?origin=internalSearch

http://www.theguardian.com/politics/2013/oct/22/john-major-profits-tax-energy-companies-price-rises

 

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