Il ne s’agit pas d’une métaphore pour évoquer la décision des Grands-Bretons de quitter l’Union Européenne votée le 23 juin (ont-ils été vraiment dedans jusqu’à présent ? Mais ceci est une autre affaire…). Non il s’agit bien d’une question technique et matérielle qui va nécessiter une réparation qui s’étendra sur de longs mois à partir de janvier 2017 et qui privera les londoniens du célèbre carillon. Le problème remonte à la première mise ans service de Big Ben, en 1859. Lorsque le marteau (toute ressemblance avec l’actuel ministre des affaires étrangères britannique est purement fortuite…), qui était beaucoup trop lourd par rapport à la cloche principale (14 tonnes quand même), frappa son premier coup, une fissure apparut qui ne fut jamais réparée. Immédiatement une solution provisoire, qui dure depuis 157 ans, consista à faire faire à The Great Bell une légère rotation et à installer un marteau plus léger. Si l’on ajoute à cette fêlure la corrosion, la condensation et les détériorations de la maçonnerie fatalement induites par le temps, il était grand temps de faire un petit lifting à ce monument historique qui est devenu le symbole du Royaume-Uni à travers le monde.
La tour de 96 mètres, simplement nommée The Clock Tower ou St Stephen’s Tower (St Stephen tout simplement parce que l’emplacement se trouvait sur celui de St Stephen’s Hall dans l’ancien Westminster) , au terme de sa construction, qui débuta en 1856 pour s’achever en 1859, a été renommée Elizabeth Tower, en 2012, à l’occasion des soixante ans de règne de sa, bien évidemment, très gracieuse majesté, The Diamond Jubilee, à l’initiative de 331 députés zélés et royalistes, mais the man-in-the-street continue de dire The Clock Tower. Elle est l’œuvre de l’architecte Charles Barry, qui fut chargé de la reconstruction de l’ancien palais de Westminster à la suite de l’incendie dévastateur de 1834. Le cadran de l’horloge de façade n’est cependant que le deuxième plus large du monde (damned! ou caramba! si vous préférez Hergé à E.P. Jacobs), derrière celui de l’hôtel de ville de Minneapolis. Barry s’occupa de la construction de l’ensemble du bâtiment et lui donna ce style néo-gothique, les quatre cadrans qui ornent chacune des façades furent conçues par un autre architecte, Augustus Pugin.
La tour n’est pas ouverte au public et aux visites de masse et demeure un objet d’admiration extérieure seulement. L’origine du surnom Big Ben ne fait pas l’objet d’une explication officielle. D’aucuns prétendent que la grosse cloche aurait été surnommée ainsi en référence métonymique à un boxeur poids lourd du XIXème siècle, Ben(jamin) Caunt, qui boxait poings nus et avait une frappe de mule, hypothèse qui n’a jamais été étayée de façon précise et sérieuse. D’autres, plus convaincants, assurent que le sobriquet vient de Sir Benjamin Hall (1802-1867), baron de LLanover, député de Monmouth à partir de 1831, et surtout président de la commission parlementaire qui supervisa les travaux de la Clock Tower et l’installation de la cloche principale, Big Ben. Hypothèse qui a plus de relief, mais qui n’a jamais été confirmée pour la bonne raison que Hall était gallois et a passé sa vie de parlementaire à dénoncer les dépenses excessives de ses collègues parlementaires et celles des évêques de l’église anglicane en poste au Pays de Galles. En quelques occasions historiques Big Ben a déjà été réduite au silence et à l’obscurité : en 1916 et pendant deux ans pour éviter les attaques des Zeppelins allemands ; à partir du 1er septembre 1939, pour ne pas servir de point de repère aux avions nazis pendant le Blitz ; le 30 janvier 1965, à l’occasion des funérailles nationales de Winston Churchill et le 17 avril 2013, lors des obsèques du rhinocéros alias Margaret Thatcher, sans doute un mouvement de solidarité entre caisses de résonance du même métal. Il y a eu aussi les interruptions involontaires, le 31 décembre 1962, en raison de la neige et du gel et le 5 août 1976 à cause de la lourde chute d’un des balanciers. Le célèbre carillon est devenu l’emblème des journaux radiodiffusés et télévisés sur la BBC et de News at Ten sur ITV.
Pendant la durée des travaux le carillon demeure audible sur ce lien : https://theconversation.com/inside-big-ben-why-the-worlds-most-famous-clock-will-soon-lose-its-bong-58537