Perlimpinpinesque

Le langage utilisé par l'actuel président de la République est à l'image de sa pensée et conforme à ce que lui permet la constitution du 4 octobre 1958.

L’actuel président de la République a fait la démonstration éclatante depuis son élection que son langage est démodé, dépassé, désuet, figé dans un passé qu’il ne veut en aucune manière transformer. Et ce langage si furieusement réactionnaire traduit une pensée qui l’est encore bien davantage. Dans la florilège récent il y a eu « fainéants », pour évoquer l’accès si difficile à l’emploi, « pognon de dingue » pour parler de l’aide sociale et de l’indispensable solidarité, « Gaulois réfractaires » pour invectiver celles et ceux qui ont le front de s’opposer aux innombrables atteintes au statut des salariés, et, enfin, cette injonction faite à un horticulteur au chômage dans l’incapacité de trouver un emploi « je traverse la rue et je vous en trouve un », injonction qui rappelle l’indécent conseil donné aux chômeurs par feu Raymond Barre, en 1978, « qu’ils créent leur entreprise ! ». Dans le registre lexico-sémantique Emmanuel Macron est donc en bonne compagnie et « croquignolet » ou « poudre de perlimpinpin » ne le feront pas sortir du musée ni de la poussière. 

L’utilisation et la banalisation de cette dernière expression, ainsi que le ton sur lequel elle a été utilisée, montrent non seulement  la suffisance mais aussi la condescendance de l’actuel président, qui a voulu moquer et déconsidérer celles et ceux qui osaient proposer des idées et des solutions différentes des voies préconisées par le monarque. La « poudre de perlimpinpin » remonte au dix-septième siècle et  renvoie aux bonimenteurs et autres charlatans qui vendaient  des poudres aux vertus médicinales douteuses conçues essentiellement à partir de deux plantes, la prêle et le pimpin, « prelimpinpin » donc devenu, au fil du temps, par déformation phonétique, « perlimpinpin ». Là encore Macron est en bonne compagnie, puisque Giscard puis Chirac avaient eu recours à cette expression, toujours dans le même but, ridiculiser les modes de pensée politique différents des leurs. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, les vocables extrêmement poussiéreux qu’utilise l’actuel président expriment un mépris et une condescendance d’une rare violence sociale. Or le bonimenteur et le charlatan, en l’occurence, sont une seule et même personne, qui, pendant la campagne électorale, se définissait comme n'étant ni de droite ni de gauche, alors que la réalité, depuis son installation à l’Elysée, a prouvé qu’il n’est ni de gauche, ni de gauche. C’est d’une évidence limpide que Macron agit au service d’une infime minorité avec un immense mépris de la  majorité des électeurs. En outre il commet la même erreur que Chirac en 2002, à savoir feindre de penser que le score du deuxième tour lui appartient totalement, alors que celui (ridicule)du premier était à peine de 24% (19% dans le cas de Chirac en 2002), soit deux points de plus que le chiffre de l’abstention, ce qui, là aussi, devrait engendrer une certaine modestie. Mais cette réalité Macron, tout comme Chirac en 2002, n’en a cure car la constitution du 4 octobre 1958 lui permet de s’affranchir de la démocratie, qu’elle soit populaire ou parlementaire.

Le problème fondamental que pose le comportement dédaigneux et hautement monarchique de Macron réside dans le présidentialisme engendré par la très gaullienne constitution et la preuve est faite, une fois de plus, qu’il est grand temps, pour restaurer la démocratie parlementaire et la démocratie tout court, de sortir de ce système pernicieux et antidémocratique et de le supprimer pour tendre enfin vers une sixième République salvatrice car représentative des vœux de l’électorat, dans lequel le parlement serait la force politique majeure et non plus un seul individu qui décide de tout selon son bon vouloir et son humeur.

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