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Le Club de Mediapart dim. 29 mai 2016 29/5/2016 Dernière édition

Journalisme ou sténographie ? La question qui dérange

C’est le titre d’un article écrit par Palagummi Sainath, journaliste chevronné et respecté du Times of India, le 15 février 2001, dans lequel il exprimait son immense inquiétude pour le métier qui le passionne depuis toujours. Cette inquiétude était fondée sur tout ce qu’il lisait, sous la signature de confrères jeunes et moins jeunes, qui ne pouvait relever que de la prise de notes docile, de la sténographie donc.

C’est le titre d’un article écrit par Palagummi Sainath, journaliste chevronné et respecté du Times of India, le 15 février 2001, dans lequel il exprimait son immense inquiétude pour le métier qui le passionne depuis toujours. Cette inquiétude était fondée sur tout ce qu’il lisait, sous la signature de confrères jeunes et moins jeunes, qui ne pouvait relever que de la prise de notes docile, de la sténographie donc.

Il ne s’agissait pas pour lui d’exprimer une quelconque suffisance et une lointaine supériorité sur ses confrères, mais de pointer du doigt, ce qu’il nommait et nomme toujours convergence of media ownership.

Il constatait, avec amertume, d’une part que les entreprises de presse sont plus que jamais commerciales et, d’autre part, que la concentration de propriété de plusieurs journaux entre les mains de quelques individus fortunés allait à l’encontre de la liberté de la presse et de l’esprit critique qui doit animer les journalistes en permanence. Il est bien évident que le magnat américano-australien Rupert Murdoch fait partie de cette catégorie, puisqu’il possède, entre autres, le Times et le Sun au Royaume-Uni, The Australian en Australie et Fox News, The Wall Street Journal et The New York Post aux Etats-Unis.

Le même Palagummi Sainath déplorait que les titres de « une », au niveau international, ne couvraient que les vedettes de cinéma, les pdg d’entreprises multinationales et les reines de beauté, et constatait que, loin de refuser ce traitement, les élus de tout bord de l’échiquier politique se fondaient dans le moule et s’adaptaient avec bonheur à cette triste réalité. Le fossé ne cesse de s’agrandir entre moyen d’informations et réalité. Cette constatation confirme la tendance de la presse écrite, parlée ou télévisée à n’être qu’un simple miroir. Par ailleurs l’importance du mimétisme est de moins en moins négligeable entre pouvoir politique et media d’une part, entre titres de « une » et lecteurs ou auditeurs d’autre part.

Un paramètre supplémentaire est le rôle démesuré des spin doctors et  attachés de presse. Or la semaine dernière, à l’occasion de la convocation de Nicolas Sarkozy devant le parquet de Bordeaux, on a pu constater que l’avocat de ce dernier était un authentique spin doctor et que les journalistes de Radio-France et des chaînes d’information en continu étaient d’une docilité confondante. En effet, on a pu entendre sur les ondes et les écrans que le juge Gentil aurait confondu, sur l’agenda de Sarkozy, Ingrid Betancourt avec Liliane Bettencourt ! Information démentie par le parquet de Bordeaux, démenti relayé seulement par BFM.

Donc, en termes clairs, qu’a-t-on donné à entendre au téléspectateur et à l’auditeur lambda ? Que le juge Gentil, déjà présenté par les mêmes media, « comme une personnalité sévère et rigide », sans qu’un mot ne soit donné sur les motifs de la convocation de Sarkozy, était, de fait, dans le meilleur des cas, un distrait, et, dans le pire, un benêt. Encore un petit effort et les mêmes présumés journalistes nous diront que le même juge confond Serge Papin, pdg du groupe Système U avec Jean-Pierre Papin, ex-gloire du football hexagonal, ou bien encore qu’il pense que Boileau-Narcejac est une marque d’eau minérale et Roux-Combaluzier une marque de shampooing. Dans les années 1970, une boisson sans alcool, Canada Dry®, avait fait sa publicité sur un slogan spécifique, que l’on peut appliquer à ce troupeau bien soumis :« ça a le goût du journalisme, ça a la couleur du journalisme, mais ça n’est pas du journalisme. » 

* Ouvrages recommandés : Greenslade, R. 2003, Press Gang: How Newspapers Make profit from Propaganda, Londres : MacMillan.

Sampson, A. 2004, Who Runs This Place? The Anatomy of Britain in the 21st Century,Londres : John Murray.

Seaton, J. & Curran, J. 2003, Power without Responsibility, Londres : Routledge.

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J'ai oublier de préciser que je viens de recommander ce billet.