Que cache le ralliement de Sarkozy à Fillon?

On avait cru comprendre qu'ils se détestaient. Or voilà désormais — miracle du vaudeville politicien — qu'ils s'apprécient et se respectent...

Si l’étonnante émergence de François Fillon lors du premier tour de la primaire de la droite et du centre a constitué une énorme surprise, un autre « scoop » de taille est venu en milieu de soirée avec le ralliement de Sarkozy, dont l’élimination — il convient de ne pas bouder un réel plaisir — a fait le travail que la justice met tant de temps à mettre en place. En effet, tout le monde a en mémoire le mépris et la condescendance toujours affichés par l’ex-président à l’égard de son premier ministre, François Fillon, considéré dès 2007 comme un simple « collaborateur », puis promis, au début de la primaire, à être « écrasé » puis « maintenu au sol sans oxygène ». D’après Le Canard Enchaîné, le même Fillon était évoqué comme un « pauvre type » par le double de Paul Bismuth. 

Le dit premier ministre, après avoir encaissé sans broncher pendant cinq ans (sont-ce là les qualités qui émeuvent Vladimir Poutine ?…), s’est réveillé, le 28 août 2016, avec cette phrase désormais mémorable : « Avoir une haute idée de la politique signifie que ceux qui briguent la confiance des Français doivent en être dignes. Ceux qui ne respectent pas les lois de la République ne devraient pas pouvoir se présenter devant les électeurs. Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen ? ». On se souvient également que François Fillon avait tenté — ce qu’il dément maintenant — de faire pression sur le pouvoir exécutif, par le biais de Jean-Pierre Jouyet, pour que le processus judiciaire soit accéléré contre celui qui est mis en examen deux fois et impliqué dans onze affaires judiciaires. 

Donc il est permis de se demander, après de tels échanges, ce qui, tout à coup, a bien pu rapprocher ces deux individus, l’un parangon apparent de probité et l’autre qui a littéralement privatisé la présidence à son profit et au profit de son clan. En d’autres termes, qu’y-a-t-il derrière ce ralliement tellement rapide, en cette soirée du 20 novembre, qu'il a sidéré jusqu’aux militants sarkozystes, tellement il semblait peu naturel et précipité ? Signifierait-il que le futur (ce qui reste à démontrer) pouvoir exécutif s’est engagé à faire pression sur le pouvoir judiciaire pour que le battu de 2012 et de 2016 puisse couler des jours heureux au Cap Nègre, tout en continuant ses conférences-bidons à prix d’or sur des sujets dans lesquels il n’a aucune compétence ? On n’ose imaginer que celui qui est désormais le « Monsieur Propre » de la droite puisse se prêter à de telles manœuvres…

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