Indécente célébration

Les téléspectateurs ont certainement cru vivre un double "remake" dimanche soir, celui de 1995 et celui de 2007, et ont pu légitimement se demander ce qu'il était advenu du respect du scrutin, de l'avenir et, accessoirement, des électeurs...Preuve supplémentaire qu'il est regrettable que Lionel Jospin ait accepté en 2002, l'inversion des législatives et de la présidentielle...

La soirée du dimanche 23 avril a commencé par un double retour en arrière. Vers 1995 tout d’abord, lorsque les micros et caméras avaient suivi Jacques Chirac dans un absurde tourbillon, dont on se demande encore quel intérêt il pouvait y avoir à suivre bêtement le véhicule du vainqueur. Vers 2007 ensuite lorsque Nicolas Sarkozy avaient réuni ses groupies et, surtout, ses très généreux donateurs au Fouquet’s. Mais dans l'une et l'autre occasions, il s'agissait du deuxième tour de l'élection présidentielle.Le même double malaise a été ressenti en cette soirée du 23 avril. Emmanuel Macron saluait en passant sa main par la vitre baissée du véhicule comme si le deuxième tour était déjà passé et gagné. 

 

Mais le salut ressemblait à un fâcheux bras d’honneur à toutes celles et tous ceux dont la vie quotidienne est difficile, en raison du chômage, de la précarité et de la politique ultra-libérale menée par la plupart des grandes entreprises, plus soucieuses du confort de leurs actionnaires que du bien-être de leurs salariés. C’est cette indifférence, aux confins de l’arrogance, qui a donné à cette ridicule cavalcade dans Paris l’apparence d’un dédain de classe, qui a largement apporté de l’eau aux détracteurs du candidat. C’est une insulte faite au bon sens, à la logique et à la mesure, puique, jusqu’à preuve du contraire le deuxième tour n’est pas joué d’avance. En voyant ces pénibles images, on ne pouvait s’empêcher de penser aux célébrations tout aussi indécentes de certains footballeurs, après un but, qui s’en vont danser frénétiquement en dehors des limites du terrain pour finalement encaisser un but égalisateur ou vainqueur dans les minutes qui suivent. Eux aussi n’ont guère conscience de la réalité, leurs obscènes chevauchées de millionnaires face à des spectateurs smicards donnent à réfléchir. 

 

 

Emmanuel Macron s’est abaissé à ce niveau dimanche soir. Et le pire n’est pas le choix du restaurant, qui n’est pas responsable de ces agissements étranges, mais c’est bien plutôt le mimétisme nauséabond avec 2007 et 1995. C’est la volonté de se couper du reste du pays, des électeurs (déjà !) comme si tout cela n’avait aucune importance, aucune signification. Et, bien évidemment, le choix des invités laisse pantois et va donner la nausée aux électeurs qui veulent éviter le fascisme et vont aller voter en se pinçant le nez le 7 mai. Car, le slogan « en marche » implique, normalement, un mouvement vers l’avenir, vers le progrès mais une telle synergie ne peut s’accommoder d’un passage par le musée où trônaient, entre autres, Jacques Attali, Line Renaud et l’insupportable « monsieur véranda », Stéphane Bern, dont on peut se demander s’il n’a pas été l’inspirateur du discours interminable et finalement très creux du candidat arrivé en tête. Une triste soirée pour la démocratie…

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