L'histoire de la NSA

Si la création de la National Security Agency est due à l’initiative de Harry Truman, en 1952 —Truman, vice-président démocrate de Franklin D. Roosevelt, était devenu président en 1945 à la mort de Roosevelt, puis avait été élu en 1948* — sa véritable origine remonte à la première guerre mondiale, plus précisément au 28 avril 1917, jour où fut lancée une agence du déchiffrage, le Cipher Bureau and Military Intelligence Branch, installée à Washington dans la plus grande discrétion — déjà ! — puisqu’elle dépendait directement du président (Woodrow Wilson, qui, rappelons le, s’était fait élire en 1916 sous le slogan Peace Without Victory, avant d’engager les Etats-Unis dans la guerre**), sans rendre de compte au Congrès.

Si la création de la National Security Agency est due à l’initiative de Harry Truman, en 1952 —Truman, vice-président démocrate de Franklin D. Roosevelt, était devenu président en 1945 à la mort de Roosevelt, puis avait été élu en 1948* — sa véritable origine remonte à la première guerre mondiale, plus précisément au 28 avril 1917, jour où fut lancée une agence du déchiffrage, le Cipher Bureau and Military Intelligence Branch, installée à Washington dans la plus grande discrétion — déjà ! — puisqu’elle dépendait directement du président (Woodrow Wilson, qui, rappelons le, s’était fait élire en 1916 sous le slogan Peace Without Victory, avant d’engager les Etats-Unis dans la guerre**), sans rendre de compte au Congrès.

 

En 1919, la CBMIB devint un petit peu plus officielle en fusionnant avec le décryptage de la marine américaine et prit le nom de Code Compilation Company, installée à Manhattan, mais néanmoins surnommée presque aussitôt The Black Chamber par les rares qui connaissaient son existence. En 1929, le secrétaire d’état à la guerre, le républicain Henry L. Stimson, la fit supprimer en justifiant sa décision par cette noble phrase, qui, aujourd’hui, prend un écho très particulier : Gentlemen do not read each other's mail, les gens de bonne compagnie ne lisent pas le courrier des autres. La seconde guerre mondiale redonna force et vigueur à cette pratique, officialisée sour le titre de SSA, Signal Security Agency, qui, en 1945, fut ré-organisée officiellement cette fois sous le nom de ASA, Army Security Agency et placée sous la tutelle de la direction de l’espionnage militaire. 

 

En 1949, toutes les activités de cryptage et de décryptage migrèrent vers le ministre de la défense et furent l’objet d’une nouvelle ré-organisation avec l’appellation AFSA, Armed Forces Security Agency, indépendante de la CIA, Central Intelligence Agency, et du FBI, Federal Bureau of Investigation. Et donc, en 1952, Harry Truman transféra ces mêmes activités à la nouvelle NSA, sans pour autant répondre aux exigences de clarté démocratique, puisque le note de création de Truman fut classée « secret-défense » et donc la NSA était inconnue du grand public américain, ce qui a engendré toutes les dérives anti-démocratiques des années 1960. Il convient également de rappeler qu’en 1952, lorsque Truman crée la NSA, les Etats-Unis sont en proie au délire anti-communiste, antisémite et homophobe du sinistre sénateur républicain Joseph McCarthy***.

 

Ce qui explique sans doute la frénésie de surveillance des années 1960 donc, années pendant lesquelles tout citoyen américain dont l’activité sociale et politique était proéminente était aussi écouté et surveillé, surtout si l’intéressé avait pris position contre la guerre au Vietnam. Ce fut le cas — et la liste n’est hélas pas exhaustive — de Martin Luther King, de Jane Fonda et du sénateur démocrate de l’Idaho, Frank Church, lequel n’ayant guère apprécié d’être sur écoute pour son opposition à la guerre du Vietnam, lancera plus tard, en 1975, le Church Committee, commission sénatoriale chargée, dans le sillage du Watergate, de fixer des limites à la NSA.

 

On le sait désormais, rien n’a changé d’autant que la succession au pouvoir de présidents « va-t-en guerre » tels que Reagan ou Bush, père et fils, a aggravé une situation que plusieurs présidents démocrates, de Carter à Obama en passant par Clinton, ont soit négligé soit affronté avec naïveté. Toujours est-il que sans les actes de bravoures de Julian Assange et Edward Snowden, la situation serait différente. Aujourd’hui le directeur de la NSA est, depuis le 2 avril 2014, l’amiral Michael Rogers, et, au vu de l’immunité totale de l’agence et de son directeur, on peut légitimement se demander si ce dernier n’a pas regardé trop souvent le film de Stanly Kubrick, Docteur Folamour…

 

 

 

 

 

* L’élection de Harry Truman en 1948 illustre une des premières bourdes, révélatrices de la volonté de manipulation, des instituts de sondages qui avaient tellement persuadé la presse américaine que le candidat républicain serait élu que le Chicago Tribune avait titré Dewey defeats Truman, alors que ce dernier avait été élu.

 

** cf Noam Chomsky, Media Control, Seven Stories Press, New York : 1991, p-7.

 

*** En 1953, le Sénat américain vota un blâme à l’encontre de McCarthy, ce qui mit un terme à ses haineuses et délirantes activités, sérieusement mises à mal la même année d’une part par une agression physique sur un journaliste, qui avait démontré l’inanité du travail de McCarthy et suggéré que McCarthy, tout comme Hoover, était sans doute homosexuel, d’autre part par le suicide du sénateur du Wyoming, Lester Hunt, dont McCarthy avait révélé l’homosexualité de son fils.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.