Jean-Louis Legalery
professeur agrégé et docteur en anglais retraité, membre du CA de la Convention pour la 6ème République.
Abonné·e de Mediapart

552 Billets

20 Éditions

Billet de blog 26 juin 2015

L'histoire de la NSA

Si la création de la National Security Agency est due à l’initiative de Harry Truman, en 1952 —Truman, vice-président démocrate de Franklin D. Roosevelt, était devenu président en 1945 à la mort de Roosevelt, puis avait été élu en 1948* — sa véritable origine remonte à la première guerre mondiale, plus précisément au 28 avril 1917, jour où fut lancée une agence du déchiffrage, le Cipher Bureau and Military Intelligence Branch, installée à Washington dans la plus grande discrétion — déjà ! — puisqu’elle dépendait directement du président (Woodrow Wilson, qui, rappelons le, s’était fait élire en 1916 sous le slogan Peace Without Victory, avant d’engager les Etats-Unis dans la guerre**), sans rendre de compte au Congrès.

Jean-Louis Legalery
professeur agrégé et docteur en anglais retraité, membre du CA de la Convention pour la 6ème République.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Si la création de la National Security Agency est due à l’initiative de Harry Truman, en 1952 —Truman, vice-président démocrate de Franklin D. Roosevelt, était devenu président en 1945 à la mort de Roosevelt, puis avait été élu en 1948* — sa véritable origine remonte à la première guerre mondiale, plus précisément au 28 avril 1917, jour où fut lancée une agence du déchiffrage, le Cipher Bureau and Military Intelligence Branch, installée à Washington dans la plus grande discrétion — déjà ! — puisqu’elle dépendait directement du président (Woodrow Wilson, qui, rappelons le, s’était fait élire en 1916 sous le slogan Peace Without Victory, avant d’engager les Etats-Unis dans la guerre**), sans rendre de compte au Congrès.

En 1919, la CBMIB devint un petit peu plus officielle en fusionnant avec le décryptage de la marine américaine et prit le nom de Code Compilation Company, installée à Manhattan, mais néanmoins surnommée presque aussitôt The Black Chamber par les rares qui connaissaient son existence. En 1929, le secrétaire d’état à la guerre, le républicain Henry L. Stimson, la fit supprimer en justifiant sa décision par cette noble phrase, qui, aujourd’hui, prend un écho très particulier : Gentlemen do not read each other's mail, les gens de bonne compagnie ne lisent pas le courrier des autres. La seconde guerre mondiale redonna force et vigueur à cette pratique, officialisée sour le titre de SSA, Signal Security Agency, qui, en 1945, fut ré-organisée officiellement cette fois sous le nom de ASA, Army Security Agency et placée sous la tutelle de la direction de l’espionnage militaire. 

En 1949, toutes les activités de cryptage et de décryptage migrèrent vers le ministre de la défense et furent l’objet d’une nouvelle ré-organisation avec l’appellation AFSA, Armed Forces Security Agency, indépendante de la CIA, Central Intelligence Agency, et du FBI, Federal Bureau of Investigation. Et donc, en 1952, Harry Truman transféra ces mêmes activités à la nouvelle NSA, sans pour autant répondre aux exigences de clarté démocratique, puisque le note de création de Truman fut classée « secret-défense » et donc la NSA était inconnue du grand public américain, ce qui a engendré toutes les dérives anti-démocratiques des années 1960. Il convient également de rappeler qu’en 1952, lorsque Truman crée la NSA, les Etats-Unis sont en proie au délire anti-communiste, antisémite et homophobe du sinistre sénateur républicain Joseph McCarthy***.

Ce qui explique sans doute la frénésie de surveillance des années 1960 donc, années pendant lesquelles tout citoyen américain dont l’activité sociale et politique était proéminente était aussi écouté et surveillé, surtout si l’intéressé avait pris position contre la guerre au Vietnam. Ce fut le cas — et la liste n’est hélas pas exhaustive — de Martin Luther King, de Jane Fonda et du sénateur démocrate de l’Idaho, Frank Church, lequel n’ayant guère apprécié d’être sur écoute pour son opposition à la guerre du Vietnam, lancera plus tard, en 1975, le Church Committee, commission sénatoriale chargée, dans le sillage du Watergate, de fixer des limites à la NSA.

On le sait désormais, rien n’a changé d’autant que la succession au pouvoir de présidents « va-t-en guerre » tels que Reagan ou Bush, père et fils, a aggravé une situation que plusieurs présidents démocrates, de Carter à Obama en passant par Clinton, ont soit négligé soit affronté avec naïveté. Toujours est-il que sans les actes de bravoures de Julian Assange et Edward Snowden, la situation serait différente. Aujourd’hui le directeur de la NSA est, depuis le 2 avril 2014, l’amiral Michael Rogers, et, au vu de l’immunité totale de l’agence et de son directeur, on peut légitimement se demander si ce dernier n’a pas regardé trop souvent le film de Stanly Kubrick, Docteur Folamour…

* L’élection de Harry Truman en 1948 illustre une des premières bourdes, révélatrices de la volonté de manipulation, des instituts de sondages qui avaient tellement persuadé la presse américaine que le candidat républicain serait élu que le Chicago Tribune avait titré Dewey defeats Truman, alors que ce dernier avait été élu.

** cf Noam Chomsky, Media Control, Seven Stories Press, New York : 1991, p-7.

*** En 1953, le Sénat américain vota un blâme à l’encontre de McCarthy, ce qui mit un terme à ses haineuses et délirantes activités, sérieusement mises à mal la même année d’une part par une agression physique sur un journaliste, qui avait démontré l’inanité du travail de McCarthy et suggéré que McCarthy, tout comme Hoover, était sans doute homosexuel, d’autre part par le suicide du sénateur du Wyoming, Lester Hunt, dont McCarthy avait révélé l’homosexualité de son fils.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Médias
La commission d’enquête parlementaire ménage Bernard Arnault…
L’audition du patron de LVMH par la commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias s’est déroulée de manière aussi calamiteuse que celle de Vincent Bolloré. La plupart des dangers qui pèsent sur l’indépendance et l’honnêteté de la presse ont été passés sous silence.
par Laurent Mauduit
Journal — Médias
… après avoir tenu café du commerce avec Vincent Bolloré
Loin de bousculer Vincent Bolloré, la commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias s’est montrée approximative et bavarde, mercredi, au lieu d’être rigoureuse et pugnace. L’homme d’affaires a pourtant tombé un peu le masque, laissant transparaître ses attaches nationalistes.
par Laurent Mauduit
Journal
Didier Fassin : « on est dans un basculement qui n'était pas imaginable il y a 5 ans »
Alors que l’état de crise semble être devenu la nouvelle normalité, quelles sont les perspectives pour notre société ? Didier Fassin, directeur d’études à l’EHESS qui publie « La société qui vient », est l’invité d’« À l’air libre ».
par à l’air libre
Journal — Extrême droite
Révélations sur les grands donateurs de la campagne d’Éric Zemmour
Grâce à des documents internes de la campagne d’Éric Zemmour, Mediapart a pu identifier 35 de ses grands donateurs. Parmi eux, Chantal Bolloré, la sœur du milliardaire Vincent Bolloré, qui siège au conseil d’administration du groupe. Premier volet de notre série sur les soutiens du candidat.
par Sébastien Bourdon, Ariane Lavrilleux et Marine Turchi

La sélection du Club

Billet de blog
Molière et François Morel m’ont fait pleurer
En novembre 2012, François Morel et ses camarades de scène jouaient Le Bourgeois gentilhomme de Molière au théâtre Odyssud de Blagnac, près de Toulouse. Et j’ai pleuré – à chaudes larmes même.
par Alexandra Sippel
Billet de blog
Quoi de neuf ? Molière, insurpassable ! (1/2)
400e anniversaire de la naissance de Molière. La vie sociale est un jeu et il faut prendre le parti d’en rire. « Châtier les mœurs par le rire ». La comédie d’intrigue repose forcément sur le conflit entre la norme et l’aberration, la mesure et la démesure (pas de comique sans exagération), il reste problématique de lire une idéologie précise dans le rire du dramaturge le plus joué dans le monde.
par Ph. Pichon
Billet de blog
Molière porte des oripeaux « arabes »
Le 15 janvier 2022, Molière aurait eu 400 ans. Ce grand auteur a conquis le monde, a été traduit et adapté partout. Molière n'est désormais plus français, dans les pays arabes, les auteurs de théâtre en ont fait leur "frère", il est joué partout. Une lecture
par Ahmed Chenikii
Billet de blog
On a mis Molière dans un atlas !
Un auteur de théâtre dans un atlas ? Certes, Molière est génial. Parce qu'il n'a laissé quasiment aucune correspondance, un trio éditorial imagine comment Jean-Baptiste Poquelin a enfanté "Molière" dans un atlas aussi génial que son objet. (Par Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement