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Le Club de Mediapart ven. 6 mai 2016 6/5/2016 Édition du matin

John Kerry : l'aboutissement

C’est donc officiel, Hillary Clinton ne sera pas remplacée par Susan Rice au poste de secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, mais par John Kerry. Susan Rice, amie proche de Michelle Obama, membre de l’équipe de campagne 2008 de Barack Obama qui l’avait nommée ambassadeur auprès des Nations Unies, était pourtant le premier choix du président américain.

C’est donc officiel, Hillary Clinton ne sera pas remplacée par Susan Rice au poste de secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, mais par John Kerry. Susan Rice, amie proche de Michelle Obama, membre de l’équipe de campagne 2008 de Barack Obama qui l’avait nommée ambassadeur auprès des Nations Unies, était pourtant le premier choix du président américain. Mais, par un exercice exacerbé un peu pesant de fidélité et d’amitié envers Obama, cette dernière avait publiquement minimisé le caractère prémédité et terroriste de l’attaque contre l’ambassade américaine à Benghazi, qui avait coûté la vie, notamment, de l’ambassadeur. Barack Obama s’est donc tourné, sans état d’âme excessif, vers l’ex-candidat démocrate à l’élection présidentielle de 2004.

 

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Photo AFP

 

 

S’il s’agit d’un choix de raison, Obama a toutes les raisons de se réjouir d’avoir coopté un si brillant second sur la short list qui engendre un consensus enthousiaste qui va bien au-delà du parti démocrate, comme l’a relaté le New York Times du 22 décembre. Outre le fait qu’il fut un candidat tout à fait crédible et souhaitable, en 2004, contre le regrettable George Bush Jr, John Kerry en impose à tout l’échiquier politique américain. Fils de diplomate, héros de la guerre du Vietnam et décoré pour avoir sauvé la vie de deux de ses camarades de combat en risquant la sienne, membre de la commission des affaires étrangères du sénat depuis plus de trente ans, John Kerry est fort loin d’être une candidature par défaut. Du reste, le journaliste du NYT, Mark Chandler, laisse entendre que c’est un choix beaucoup plus sûr que l’imprévisible, inexpérimentée et, sans doute, un peu trop groupie Susan Rice. Contrairement à ce qu’on a pu lire ici et là, notamment dans les colonnes de Libération, il n’y a aucune raison objective pour que Kerry soit plus pro-européen que Hillary Clinton. Ce postulat, un peu léger, serait fondé sur le fait que John Kerry a gardé, en Bretagne, la maison que ses parents, émigrés juifs autrichiens, y avaient acquis après la guerre. Dans le même ordre d’idées farfelues on pourrait gloser que John Kerry est proche des mouvements écologiques français, puisque sa mère et la mère de Brice Lalonde sont sœurs.

 

 

Pour Barack Obama John Kerry est non seulement une valeur sûre, mais un fidèle soutien. C’est son discours, lors de la convention démocrate de 2004, qui avait fait sortir le jeune sénateur Barack Obama de l’anonymat. Lors des primaires démocrates de 2008, le sénateur du Massachusetts avait clairement pris position pour l’actuel président contre Hillary Clinton, le genre d’inclination que l’on n’oublie pas dans une course à la candidature serrée avec une adversaire assez virulente. De plus, pendant les quatre années du premier mandat d’Obama, Kerry a régulièrement fait partie des conseillers du cercle restreint du président, en intervenant, en coulisses ou officiellement au nom du sénat, sur des dossiers aussi brûlants que les relations avec la Chine, le Pakistan, le programme nucléaire iranien ou les négociations sur la réduction des armes nucléaires avec la Russie. Cet automne Kerry a même joué le rôle de sparring partner pour préparer Obama aux débats face à Mitt Romney, mais, là, on peut raisonnablement se demander s’il y a lieu que le président réélu soit satisfait. Obama aurait même dit à son ami Kerry, au terme de cette préparation : John I’m looking forward to working with you instead of debating you. « John j’attends avec impatience de travailler avec toi au lieu de débattre contre toi ». Si, en 2008, la nomination de Hillary Clinton ressemblait furieusement à une sorte de cohabitation, en 2012 l’arrivée de Kerry au même poste rime plutôt avec totale complicité.

 

 

Le chemin de Kerry ne sera pas pour autant pavé de roses, puisqu’il n’est pas exclu du tout que Susan Rice se voit attribuer un lot de consolation avec une nomination parmi les conseillers d’Obama, auquel cas des confrontations ne seraient pas impossibles. Mais l’aura du sénateur est telle qu’il peut néanmoins se considérer comme très légitime, à telle enseigne que le sénateur républicain John McCain, adversaire officiel de Barack Obama en 2008, lui donnait, bien avant sa nomination, du Mr. Secretary avec un grand sourire dans les couloirs du sénat. Cependant la promotion de John Kerry a un revers comme toute médaille, à savoir qu’elle va conduire à une élection sénatoriale partielle. Le Massachusetts a deux postes de sénateurs, celui de John Kerry et celui d’Elizabeth Warren, qui a redonné au parti démocrate le siège que, contre toute attente, le républicain Scott Brown avait conquis à la mort de Ted Kennedy.

 

Brown , le battu de 2012, sera tenté de revenir, mais du côté démocrate il y aura du monde, notamment le fils du défunt Ted Kennedy, Edward M.Kennedy Jr. Néanmoins rien n’indique que le siège va nécessairement revenir aux démocrates et au clan Kennedy. En effet, conformément à la loi fédérale et aux dispositions de l’Etat du Massachusetts, entre la prise de fonction de John Kerry et l’organisation d’un nouveau scrutin, un délai de trente jours doit être respecté pendant lequel le gouverneur du Massachusetts doit nommer, à sa convenance, un sénateur par intérim. Or le dit gouverneur, Deval Patrick, semble avoir un goût prononcé pour la facétie et n’a pas l’intention de faciliter la tâche à qui que ce soit, puisque, dans la liste assez étonnante des intérimaires possibles qu’il a communiquée à la presse, figurent, entre autres,  quelque illustres inconnus républicains, la veuve de Ted Kennedy, Victoria Kennedy, l’acteur Ben Affleck ou bien encore l’ex-gouverneur du Massachusetts, Mikael Dukakis, candidat démocrate à l’élection présidentielle de 1988, qui va bientôt fêter ses …80 ans.

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Tous les commentaires

"Après un premier mandat décevant sur la scène internationale, la question qui se pose est de savoir si Obama, avec Kerry à ses côtés, remplira les promesses non tenues lors de son premier mandat."

En effet, telle est la question.

***

Consacré cinq paragraphes à dieu sait quoi concernant dieu sait qui sans toutefois aborder cette question... c'est à se demander ce que vous avez bien pu cherché à nous dire.

***

Ah ! Remplissage, remplissage... quand tu nous tiens !