Les obsèques de Tony Benn tournent à la manifestation militante

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Le cercueil de Tony Benn © Philip Toscano / PA

Les funérailles officielles de Tony Benn (lire ici sa nécrologie dans ce même blog, ainsi que l’excellent article de Philippe Marlière) ont eu lieu, hier jeudi 27 mars 2014 à Londres, et ont suscité la surprise dans les rangs des organisateurs officiels, car une foule immense s’était massée aux abords de St Margaret’s Church à Westminster, preuve incontestable de la très grande popularité de cette personnalité hors normes du parti travailliste. Le Guardian parle, dans son édition du 27 mars, d’une véritable manifestation, massive et impromptue, qui a rassemblé des syndicalistes, l’état-major du Labour et de nombreux militants de la paix, avec force calicots, bannières et panneaux.

 

Il y avait, notamment, Ian Chamberlain, un jeune militant de trente ans, membre de Stop the War Coalition que présidait Tony Benn.  Il a déclaré au sujet de TB : he was an inspirational leader of the anti-war movement, always on the streets with us whether it be over war in Iraq or Afghanistan, ce qui signife : chef du mouvement contre la guerre il a toujours été une source d’inspiration, toujours présent dans les manifestations contre la guerre qu’il s’agisse de l’Irak ou de l’Afghanistan. Un militant vétéran, Chris Stratham, le met sur un véritable piédestal : I'm here because I think there was hardly anybody else in contemporary life who could put ideas of socialism in as accessible a way as Tony Benn, littéralement, je suis ici (aux obsèques) parce que, parmi ses contemporains, il n’y a eu pratiquement personne d’autre qui puisse rendre les idées du socialisme aussi accessibles que Tony Benn.

 

Dans la foule de celles et ceux venus rendre un dernier hommage à TB il y avait, bein évidemment, Arthur Scargill, chef de file du syndicat des mineurs aux côtés de qui Tony Benn a combattu, en 1984 et 1985, contre le gouvernement de Margaret Thatcher. Et même des conservateurs, comme Lord Heseltine, qui tenait Benn en haute estime. Ainsi, bien sûr, que le leader du Labour, Ed Miliband, qui avait commencé à militer à seize ans dans l’entourage de TB et dont le père, Raphael, avait été un fidèle compagnon de route. L’ecclésiastique qui avait la charge de la cérémonie a rappelé, avec humour, que Tony Benn se définissait comme « un athée périmé », ce qui a provoqué l’hilarité générale dans St Margaret’s Church.

 

Son jeune frère David a rappelé deux paramètres fondamentaux dans la maturation politique de Tony : tout d’abord son éducation (contre son gré, bien évidemment) dans le système des public schools — école privées comme leur nom ne l’indique pas — qu’il détestait et méprisait ; ensuite son expérience de pilote de la RAF, pendant la seconde guerre mondiale en Rhodésie — actuel Zimbabwe —, qui lui a dévoilé le traitement réservé aux Africains et qui a fait de lui un anticolonialiste et un antiraciste jusqu’à son dernier souffle. Sa fille aînée, Hilary, a rappelé une phrase-clé de l’éducation donnée à ses enfants : a better world is possible, un monde meilleur est possible, slogan que Robert Kennedy avait repris à son compte, en 1968, avant d’être assassiné pendant la campagne électorale présidentielle.

 

Le cortège funèbre a quitté St Margaret’s Church sous un tonnerre d’applaudissements de toutes celles et tous ceux qui admiraient Tony Benn. Le hasard du calendrier fait que le Guardian, qui a ouvert ses colonnes, depuis quelque temps, aux personnalités de gauche qui ne reconnaissent plus guère « leur » Labour Party et qui se reconnaissent encore moins dans la coalition ultraconservatrice de David Cameron, a publié un entretien du célèbre réalisateur Ken Loach, ce même jour, dont le titre est extrêmement éloquent : Labour is part of the problem, not the solution, ce qui signifie, le parti travailliste fait partie du problème, pas de la solution. Ken Loach n’a guère d’équivalent dans le cinéma français. Quant à Tony Benn, au vu de l’état de décomposition du parti socialiste français, qui, pendant deux ans, vient de mener une politique de droite aux antipodes de sa mission, sans qu'une voix ne se fasse entendre avec vigueur, on peut, hélas, considérer qu’il n’a pas, non plus, d’équivalent ici.

 

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