Elizabeth Warren, l'étoile montante du parti démocrate

Elizabeth Ann Warren était, jusqu’en 2012, professeure de droit à l’université Harvard spécialisée dans l’analyse de la faillite des ménages de la classe moyenne américaine, thème de travail et de bataille qui lui a valu autant de soutiens et de sympathie que de haine farouche de la droite républicaine.

Elizabeth Warren, sénatrice du Massachussetts © Public Library of Congress Elizabeth Warren, sénatrice du Massachussetts © Public Library of Congress

Elizabeth Ann Warren était, jusqu’en 2012, professeure de droit à l’université Harvard spécialisée dans l’analyse de la faillite des ménages de la classe moyenne américaine, thème de travail et de bataille qui lui a valu autant de soutiens et de sympathie que de haine farouche de la droite républicaine. Mais, en novembre 2012 elle est devenue une référence et une figure du parti démocrate en reprenant de haute lutte, à Scott Brown,  le siège presque ancestral de sénateur du Massachussetts, dont le parti républicain s’était emparé subrepticement, à la stupeur générale, après la mort de Ted Kennedy. A cette occasion Elizabeth Warren a déployé des qualités d’orateur redoutables que ses amis et sympathisants connaissaient de longue date. Sa popularité est importante car elle est active, dynamique et met en pratique les idées qu’elle défend. Une fois élue au Sénat, son activité et sa conception de la solidarité n’ont pas été amoindries.

 

 Elle a usé de toute sa conviction et toute sa persuasion pour pousser ses collègues sénateurs à créer le Consumer Financial Protection Bureau, la Commission de Protection Financière des Consommateurs dont les buts principaux étaient et demeurent la transparence et l’équité. En toute logique elle aurait dû hériter de la présidence de cette commission, mais quarante-quatre des quarante-sept sénateurs républicains, alors minoritaires dans cette assemblée, ont réussi à influencer Barack Obama, une fois de plus serait-on tenté d’écrire, pour qu’il renonce à sa nomination. Car pour la droite américaine et pour Wall Street, Elizabeth Warren est le diable en personne, insulte suprême dans une Amérique toujours très puritaine et manichéenne, d’autant qu’elle est apparue dans deux films documentaires de Michael Moore (Maxed Out, Capitalism: A Love Story). Cette caricature est généreusement relayée par l’insupportable chaîne Fox News, propriété du non moins insupportable Rupert Murdoch, qui est à l’indépendance et la liberté de l’information ce que les Mérovingiens étaient à la propagation du rayonnement culturel. La phrase-clé de la plupart des discours d’Elizabeth Warren dans ses réunions publiques est la suivante : “How many executives of Wall St banks have been prosecuted as a result of their criminal actions?”, littéralement « Combien de cadres des banques de Wall Street ont été poursuivis à la suite de leurs agissements délictueux? ». Elizabeth Warren est un authentique tribun, viscéralement attachée à la défense des plus démunis, dont elle connaît bien la vie.

 

Née, en 1949, dans la capitale de l’Oklahoma, Oklahoma City, quatrième enfant d’une famille modeste, son père était concierge et sa mère ne travaillait pas. A l’âge de douze ans, son père perdit son emploi à la suite d’un infarctus, sa mère dut trouver un travail non sans difficulté et vendre l’unique voiture de la famille. Elle participa au ré-équilibre des finances familiales en travaillant après l’école. En 1965 ses qualités d’oratrice lui permirent d’obtenir le titre de Oklahoma's top high-school debater et d’obtenir une bourse de la célèbre George Washington University. Elle s’installa ensuite à Houston, ville de son premier mari, Jim Warren — dont elle gardera le nom après leur divorce —, ingénieur à la NASA et décrocha, à l’université de Houston, l’équivalent d’une licence en pathologie et audiologie, et elle commença une brève carrière d’enseignante à destination d’enfants handicapés. Elle se tourna alors vers le droit, diplômée de Newark en 1976, en menant de front une vie d’avocate, de mère de famille, d’enseignante dans plusieurs universités de renom — Houston, Texas, Michigan —, de chercheuse dans ce qui devint son domaine de prédilection, la protection des familles menacées de faillite personnelle, et de militante.

 

 

Curieusement c’est au parti républicain qu’elle commença à militer, persuadée alors que those were the people who best supported markets, c'est à dire :  c’étaient les gens qui soutenaient le mieux les marchés (économiques, évidemment). En 1996, revenue de ses illusions elle adhère au parti démocrate. Sa profession de foi est fort bien résumée dans cet entretien accordé auNYT, dans lequel elle dit en substance : I think Washington works very well for those who have money, for those who have lobbyists, for those who have lawyers, Je pense que Washington fonctionne très bien pour ceux qui ont de l’argent, pour ceux qui ont des groupes de pression, pour ceux qui ont des avocats. L’américain moyen imperméable au discours bas du front de la secte Tea Party  voit en Elizabeth Warren le défenseur des opprimés par le système capitaliste, par le régime bi-partite et par l’orientation de la société — l’inimitié de la droite américaine à son égard repose également sur le fait qu’elle demande depuis des années une réflexion nationale sur les armes. A chacune de ses apparitions, ses admirateurs crient à perdre haleine : Run, Liz! Run! littéralement Vas-y Liz ! Vas-y (entendez par là : sois candidate à la prochaine présidentielle!). L’aura de Warren au sein du parti démocrate ne cesse de grandir dans cette optique, car c’est une femme et une femme de conviction, et contrairement à Hilary Clinton, elle n’a cédé à aucune compromission et se veut au service de ses concitoyens plutôt qu’à sa carrière qu’elle n’a jamais programmée. Certes, en janvier 2016 elle aura soixante-sept ans, mais l’épouse de l’ex-président en aura soixante-dix, ce qui, de toute façon n’est pas un argument quand on voit la moyenne d’âge masculine au Sénat et celle, mixte, de la cour suprême. En revanche, Hilary Clinton n’a jamais tenu les propos que l’on entend dans la vidéo suivante :

Elizabeth Warren on Debt Crisis, Fair Taxation © LiveSmartVideos


Voici quelques extraits du très fort propos d’Elizabeth Warren : There is nobody in this country who got rich on his own. Nobody. You built a factory out there? Good for you. But I want to be clear: You moved the goods to market on roads the rest of us paid for. You hired workers the rest of us paid to educate…  Il n’y a personne dans ce pays qui soit devenu riche tout seul. Personne. Vous avez construit une usine ? Très bien. Mais soyons clairs : vous avez acheminé vos produits sur des routes que nous avons contribué à construire par nos impôts. Vous avez embauché des ouvriers dont nous avons payé l’instruction par nos impôts.

Un discours régénérant, salutaire et noble qui ferait considérer Elizabeth Warren comme une frondeuse dans ce qui reste du PS en France…

 

 

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