Jean-Christophe Victor © Libération Jean-Christophe Victor © Libération
Dans la famille Victor, en termes de notoriété nationale et internationale, il y eut d’abord le père, figure tutélaire incontournable, Paul-Émile, jurassien d’adoption né à Genève, mais élevé dans le Jura. Préalablement il y avait eu le grand-père, Erich Heinrich Victor Steinschneider, issu de la bourgeoisie juive de Bohème, qui s’installa à Saint-Claude pour y fabriquer des pipes bien sûr, puis à Lons-le Saunier, d’où l’attachement viscéral de la famille à ce terroir jurassien. Pour tous ceux qui ont grandi avec la télévision en noir et blanc de feu l’ORTF, Paul-Émile Victor, c’était non seulement l’ex-héros de la seconde guerre mondiale, pilote de l’US Air Force, mais aussi l’explorateur polaire, visage familier des émissions de découverte qui engendraient la fascination et le rêve. Difficile apparemment avec une telle ascendance de se faire un prénom, pourtant Jean-Christophe l’a fait et avec brio.

Jean-Christophe Victor c’était un ensemble de connaissances pointues allié à une modestie et une simplicité extraordinaires. Diplômé en chinois de l’École des Langues Orientales, titulaire d’un DEA en science politique, Jean-Christophe Victor a soutenu une thèse en ethnologie et commencé une carrière au ministère des affaires étrangères en tant qu’attaché culturel en Afghanistan. Ce qui lui a donné l’occasion devenir un expert en géopolitique par le biais d’un ouvrage, La Cité des Murmures, en 1980. Il participe ensuite à de nombreuses actions humanitaires en Afghanistan et au Pakistan. Mais son « grand œuvre » en quelque sorte demeure la création simultanée du Lepac (Laboratoire d’études politiques et d’analyses cartographiques), avec son épouse Virginie Raisson, elle-même  analyste en relations internationales à la Sorbonne Nouvelle, et de la remarquable émission de télévision Le dessous des cartes, d’abord diffusée sur La Sept puis sur Arte, chaîne sur laquelle elle prend son essor et sa réputation, malgré une programmation peu attractive, le samedi à 19h30. 

 

Dans Le dessous des cartes, Jean-Christophe Victor a toujours associé la simplicité de ton et une documentation impressionnante et particulièrement fouillée. Pédagogue hors pair dont les manières rappelaient avec bonheur l’instituteur d’autrefois, JCV avait le don et le talent de s’effacer derrière une mine d’informations précises, rigoureuses et saluées à juste titre, notamment grâce à une utilisation très développée de la cartographie explicative. Pour toutes celles et tous ceux qui ne manquaient pas ce rendez-vous, la disparition de cet homme calme à la carrure de rugbyman et au savoir si étendu est une très triste nouvelle. On a coutume de dire ironiquement, dans le langage courant, que les cimetières sont remplis de gens irremplaçables et indispensables pour bien marquer que tous les individus peuvent trouver des successeurs à leurs propres travaux, néanmoins la perte d’une si forte personnalité donne à penser qu’il faudra du temps pour trouver un ethnologue et surtout un géopolitologue de la trempe de Jean-Christophe Victor. 

Le Dessous des cartes Canada Superpuissance énergétique © Hello

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