État d'urgence, déchéance de nationalité, il est urgent que Hollande relise Tocqueville

Avec la décision d'instaurer le très contestable état d'urgence et l'ignoble déchéance de nationalité, l'actuel président de la République et son premier ministre ont choisi une voie dystopique qui relève de Vichy et dépasse le "1984" de George Orwell. On ne peut que leur conseiller d'ajouter Alexis de Tocqueville à leurs lectures.

En cette fin d’année 2015 pendant laquelle François Hollande a apporté, avec l’état d’urgence et le projet de déchéance de nationalité, un point d’orgue aux trahisons successives commises, depuis mai 2012, non seulement à l’endroit de son électorat mais aussi aux dépens de la démocratie, il conviendrait, donc, que l’actuel président de la République, plutôt que lire Paris-Match, se replonge, ou se plonge peut-être tout simplement, dans la lecture attentive de l’ouvrage d’un jeune aristocrate qui, en 1830, découvrait les balbutiements du nouveau monde, Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique. On ne peut que lui conseiller vivement et urgemment le chapitre 8, Réflexions sur le régime présidentiel, du Livre I Le monde politique, et en particulier l’introduction (pp-89-90):

« Le système de l’élection, appliqué au chef du pouvoir exécutif chez un grand peuple, présente des dangers que l’expérience et les historiens ont suffisamment signalés…Ce qu’on reproche non sans raison au système électif, appliqué au chef de l’État, c’est d’offrir un appât si grand aux ambitions particulières, et de les enflammer si fort à la poursuite du pouvoir, que souvent, les moyens légaux ne leur suffisant plus, elles en appellent à la force quand le droit vient à leur manquer. » 

Cette fin de phrase ne peut que conforter tous les démocrates qui s’inquiètent légitimement de la dérive autoritaire et anti-démocratique que la tête de l’éxécutif veut imposer à la République, qui, contrairement à ce que Valls et Hollande sont apparemment tentés de croire, ne leur appartient absolument pas. La lecture attentive et, bien évidemment urgente, du chapitre 29 Démocratie et aliénation des peuples, du Livre IV regards sur le destin politique des sociétés démocratiques s’impose (pp-360-361):

« Je pense donc que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde ; nos contemporains ne sauraient en trouver l’image dans leurs souvenirs; je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme ; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tâcher de la définir, puisque je ne peux la nommer. » 

 

La définir certes,  c’est fait, mais surtout la combattre sans relâche.

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