Cercle de silence

Lancés voici dix ans par les frères franciscains de Toulouse, les cercles de silence qui se sont multipliés dans toute la France sont une dénonciation silencieuse des législations et des pratiques administratives qui maltraitent les réfugiés et demandeurs d'asile. Le cercle de silence du Palais Royal célébrera son dixième anniversaire le samedi 16 juin à 15 heures au lieu habituel.

LE CERCLE DE SILENCE DE PARIS PALAIS ROYAL A DÉJÀ 10 ANS…

Initiés en 2007 par les frères franciscains de Toulouse, les cercles de silence se sont rapidement multipliés en France jusqu’à atteindre plus de 200 à un moment. Disposés en cercle sur une place publique, des citoyens de tous horizons (chrétiens, athées, agnostiques, militants associatifs, etc.) se réunissent, une fois par mois, pour une heure de protestation silencieuse contre la situation des migrants maltraités par la législation et les pratiques de notre pays que nous désapprouvons.

L’initiateur des cercles inscrit son initiative dans le cadre du mouvement de la non-violence dans laquelle lui-même s’est formé avec Lanza del Vasto ; il s’inspire de l’évangile, de Gandhi et de Saint François d’Assise.

Le cercle de silence de Paris Palais-Royal, ainsi dénommé par le lieu qui l’accueille, s’est réuni pour la première fois le vendredi 21 mars 2008, de 18 h 30 à 19 h 30, alors que des travailleurs sans papiers étaient déjà en grève en Île-de-France pour tenter d'obtenir une régularisation, dans un grand mouvement de grève qui allait s’étaler sur plus d’une année.

La profession de foi du cercle de silence de Paris s’énonce dans le tract distribué aux passants à chaque rassemblement :

« Par notre participation au cercle de silence, nous voulons dénoncer les traitements inhumains réservés aux migrants du seul fait qu'ils n'ont pas de papiers en règle.

  • Nous n’acceptons pas que soient prises en notre nom des dispositions (lois, décrets, circulaires) qui brisent des vies humaines et font voler en éclat des couples et des familles.
  • Nous refusons les interpellations au faciès, l'enfermement d'hommes, de femmes et même d'enfants dans des centres de rétention administrative et leur expulsion.
  • Nous dénonçons les conditions inhumaines de détention dans les centres de rétention administrative et les zones d'attente des aéroports et, avant tout, leur existence.
  • Nous n’acceptons pas que la France, en vertu de lois de plus en plus contraignantes, refuse sa protection aux demandeurs d'asile qui sont exposés à de très graves dangers en cas de retour dans leur pays d'origine.
  • Nous dénonçons les obstacles administratifs qui visent à rendre de plus en plus difficile l'obtention d'un titre de séjour et contraignent des hommes, des femmes, des familles entières à vivre et à travailler dans la clandestinité et la peur, privés de tout projet et de conditions de vie simplement décentes.
  • Nous refusons cette chasse aux étrangers qui inflige aussi des traumatismes profonds à ceux qui en sont les témoins, à la société toute entière, aux enfants particulièrement. Les atteintes à la dignité de quelques-uns blessent tous les hommes dans leur humanité.
  • Nous voulons que la France redevienne un pays d'accueil, sans cesse enrichi et transformé par des êtres humains venus du monde entier».

Le cercle de silence de Paris Palais Royal célèbre donc une centaine de rassemblements au cours de ses dix années qui ont regroupé des milliers de personnes et attiré l’attention d’un plus grand nombre encore.

Toutefois, cet anniversaire est marqué par un fort sentiment de déception : non seulement aucun des objectifs n’a été vraiment atteint, mais la situation a plutôt empiré et va encore s’aggraver avec la nouvelle loi du Ministre de l’intérieur, Gérard Collomb : « asile et immigration ».

Mais, sans se décourager, les Cercles de Silence continuent de se rassembler à travers toute la France en célébrant leur dixième anniversaire.

Celui du Palais Royal célèbrera le sien par un Cercle exceptionnel, auquel sont invitées des centaines de personnes, le 16 juin 2018 à 15 heures à son lieu habituel.

 

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