Objectif de ce billet : constater que lorsque l'Association française de psychiatrie forme un panel représentatif des psychiatres hexagonaux, elle choisit... 100 % de psychanalystes.

Lorsqu'un homme politique entend proposer un projet de loi sur un sujet dont il ne maîtrise pas nécessairement tous les aspects, il lui arrive de chercher à s'informer en consultant des associations, groupes, mouvements, instituts, etc. qu'il pense compétents sur le sujet en question.
Ainsi, tel
député voulant légiférer sur les rythmes scolaires consulterait probablement la Société francophone de chronobiologie (ça existe !), tel autre voulant légiférer sur les doses de résidus de pesticides acceptables dans les tomates de consommation courante se tournerait-il spontanément vers l'Inra ou 60 millions de consommateurs.
Ainsi également, à la toute fin du siècle dernier, procéda le député Bernard Accoyer, alors dans l'opposition, lorsqu'il entreprit de préparer
un amendement dont l'objectif était de combler le « vide juridique » entourant l'activité de « psychothérapeute » : Bernard Accoyer se tourna alors tout naturellement vers l'Association française... de psychiatrie. Quelle association pouvait-elle en effet être plus qualifiée à ses yeux pour être de bon conseil sur le thème de l'amendement ?
L'association donna son accord pour organiser une réunion qui prit la forme d'un
colloque qui tenu à l'Assemblée Nationale, le 23 mars 2000. L'un des buts de ce colloque consistait, en parfait accord avec l'objectif de l'amendement, à « se préoccuper de l’usage, trop souvent dévoyé, du titre de psychothérapeute »[1].
Ce colloque comportait quinze intervenants, deux « présidents de séances », (un pour la première partie, un autre pour la seconde) représentant respectivement l'Ordre des médecins et la Direction générale de la santé, qui n'eurent qu'un rôle honorifique de « caution morale », et treize intervenants effectifs.
Ces treize intervenants pourtant censés représenter les divers courants de la psychiatrie française, puisqu'ils avaient été choisis par l'Association française de psychiatrie pour éclairer les choix futurs des élus de la Nation, étaient en fait... TOUS psychanalystes
[2] !!!
Sans commentaires...
[3]

[1] début d'un très long processus qui accoucha, dix ans plus tard (!), d'une souris, suite à d'invraisemblables manœuvres de psychanalystes de toutes obédiences... On pourra trouver un résumé de ces manœuvres dans cet article du Pr. Freixa i Baqué : Le pouvoir (pas le moins du monde occulte) des psychanalystes.

[2] avec internet, les vérifications sont désormais plus simples ; quelques clics suffisent (attention : certains sont aujourd'hui décédés) : Roger Misès, Dominique Clerc-Maugendre, Christian Vasseur (voir bas de page), Jean Cournut, Patrick Guyomard, René Roussillon, Marilia Aisenstein, Jean-Louis Baldacci, Catherine Chabert, Jacques Hochmann, Bernard Jolivet (voir p. 4), Jean-Jacques Kress (voir p. 2, « vendredi 26 mars »).

Daniel Widlöcher est plus connu : je laisse au lecteur le soin de vérifier sa qualité de psychanalyste.

[3] cet épisode peut être une occasion de mettre en garde les décideurs qui cherchent à s'informer sur des questions « psy » ; ils ne savent pas toujours qu'en s'adressant à des « spécialistes » hexagonaux, ils ont ainsi de très fortes chances de tomber sur des personnes aux connaissances que l'on qualifiera pudiquement d'obsolètes : voir la récente mésaventure du député Vallini...

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La dictature de la psychanalyse s'est longtemps manifestée dans le domaine de l'autisme : des psychanalystes hospitaliers s'arrogeaient le pourvoir d'interdire à des mères de voir leur enfant, et s'ingéniaient à culpabiliser ces mères.

J'en ai hélas connu une que cette attitude révoltante a poussée au suicide.

Merci pour ce billet que j'ai recommandé.