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Billet de blog 7 septembre 2012

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7 septembre 2011 : le mur de la psychanalyse était dévoilé au grand public !

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un documentaire ressenti comme une délivrance par de nombreux parents… 

Le 07 septembre 2011, le film « Le mur ; la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » était mis en ligne sur le site de l’association « Autistes Sans Frontières »


Dans ce documentaire, des psychanalystes renommés, probablement mis en confiance par la réalisatrice, livraient au public leur conception de l’autisme qui serait, selon eux, pour l’essentiel, la conséquence d’une mauvaise relation mère-enfant, ce qui justifierait leur « traitement » : attendre que l’enfant ait le désir de sortir de lui-même du monde dans lequel il s’est réfugié.


La réalisatrice Sophie Robert a immédiatement reçu des centaines de témoignages de parents la remerciant d’avoir su montrer l’état réel de la prise en charge de l’autisme dans notre « beau pays ». Ce documentaire les a encouragés à parler plus librement de la façon dont ils sont traités en institution et donné beaucoup de crédit à leurs témoignages.


Le buzz provoqué par ce documentaire a beaucoup joué dans la décision du gouvernement (précédent !) de déclarer l’autisme Grande Cause Nationale 2012.


Il a également ouvert les yeux de nombreux journalistes, décideurs, citoyens, etc. qui avaient une image faussée de la prise en charge de l’autisme en France.

Quand des professionnels n’assument pas leurs propos…

On sait aussi que certains des psychanalystes interrogés avaient porté plainte contre la réalisatrice, Sophie Robert, officiellement au motif que leurs propos avaient été dénaturés (mais plus probablement parce qu’ils ne parvenaient pas à assumer cette mise à la disposition du grand public de la teneur de propos qu’ils réservent habituellement aux initiés) [1].


Le 26 janvier dernier, une juge du tribunal de Lille avait en partie accédé à leur demande et condamné Sophie Robert à 36000 euros d’amende, exigeant également que le documentaire ne soit pas montré « en l’état » [2].


En cet anniversaire de la sortie du documentaire, rappelons que de nombreuses voix s’étaient élevées contre ce verdict.


Certaines étaient attendues, comme celles d’associations de parents qui considèrent le travail de la réalisatrice comme particulièrement salutaire, comme nous l’avons déjà dit, pour faire connaître les discours et les pratiques de prises en charge hexagonales de l’autisme. Des discours et des pratiques qu’elles condamnent au nom de l’avancée des connaissances scientifiques et de l’existence, surtout à l’étranger, d’autres thérapies.


Attendue également la réaction de l'AFIS (Association Française pour l’Information Scientifique) qui avait produit un communiqué s’étonnant qu’on ait pu considérer que les propos des psychanalystes avaient été « dénaturés » puisque « le documentaire de Sophie Robert ne fait que reproduire ce que des psychanalystes écrivent et déclarent depuis des dizaines d’années à propos de l’autisme. »

Rappelons aussi que les réactions défavorables avaient largement dépassé les rangs habituels des sceptiques.


Ainsi, alors que cette organisation s’abstient généralement de commenter des décisions judiciaires françaises, Reporters Sans Frontières (RSF) avait pourtant produit un communiqué s’étonnant de cette « condamnation disproportionnée ». On y lit notamment : « Le raisonnement du juge est extrêmement dangereux pour l’avenir du film documentaire. Le parti pris, la défense d’une thèse, consubstantiels à un sujet si polémique, ont été assimilés à de la dénaturation. Chaque personne interviewée pourra-t-elle désormais demander la saisie des rushes de ses déclarations et en exiger le retrait ? Ne va t-on tolérer que les documentaires aseptisés, édulcorés ? ».

Et maintenant ?

Dans une dépêche qui précédait de peu la première projection publique du documentaire, ce même 7 septembre 2001 à Paris, l’AFP rappelait que sa sortie avait lieu « alors même que s'achève une consultation publique ouverte en juillet par la Haute autorité de santé, qui doit mettre au point des recommandations de bonne pratique de l'accompagnement et du suivi de l'autisme. »


La Haute autorité de santé a effectivement produit en mars 2012 des « Recommandations de bonne pratique » [3]. La psychanalyse a bien failli y être qualifiée de pratique « non recommandée » pour la prise en charge de l’autisme ; et seul, semble-t-il, un lobbying forcené de la part des psychanalystes a conduit à la formulation plus édulcorée de pratique « non consensuelle », ce qui est malgré tout un premier pas sur le chemin d’une amélioration de la prise en charge.


Ce qui est devenu un combat continue…

Notes :

[1] Comme je le rappelais dans un précédent billet, il existe un document vidéo qui expose clairement le double-langage des psychanalystes sur la question. Son visionnage tend plutôt à montrer que les propos de ceux-ci n’ont pas été dénaturés, mais bien plutôt atténués.

[2] Vous pouvez cependant voir des extraits de ce film, sans les propos des plaignants, ici et, pour les plus pressé-e-s, 98 secondes qui expliquent pourquoi le crocodile est devenu l’un des principaux symboles du combat des parents…

[3] L’association Autisme France en a co-rédigé une sorte de résumé intitulé « mode d’emploi à destination des familles ».

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