« Bien fait pour vous, Monsieur Vallini ! »

Dans une interview à Isére Magazine, le « mensuel du conseil général de l'Isère », son Président, le socialiste André Vallini, a tenu des propos qui ont provoqué la colère de nombreuses personnes concernées par l'autisme et/ou simplement soucieuses d'un minimum d'objectivité scientifique.

L'interview, qui s'inscrivait dans une campagne de lutte contre les violences faites aux enfants et dans un article intitulé « Pour en finir avec les violences faites aux enfants », est disponible par exemple ici (zoomer éventuellement plusieurs fois sur la page de droite).

UNE IGNORANCE INADMISSIBLE

Dans la réponse à la première question portant sur une nécessaire campagne de recrutement de familles d'accueil, M. Vallini affirme que les mauvais traitements « sont aussi un problème majeur de santé publique, notamment par leurs conséquences à long terme sur la santé physique et mentale des enfants : autisme, suicide, délinquance… » 

Nous sommes pourtant en juin 2013. L'autisme a été déclaré « grande cause nationale » de l'année 2012 en France ! Le 2 avril dernier a eu lieu la journée internationale de l'autisme ! 
La HAS a fait paraître une « recommandation de bonne pratique » en mars 2012, ainsi qu'un état des connaissances sur l'autisme en 2010 dans lequel on peut lire (page 30): « Autrefois, les parents ont été tenus pour responsables de l’apparition de l’autisme de leur enfant, selon une théorie qui était fondée sur une situation extrême à laquelle l’enfant avec autisme était très précocement confronté du fait de la perception d’affects maternels négatifs le conduisant à se replier pour se protéger. Cette théorie erronée (je souligne) a fait énormément de mal aux parents. Contrairement à ce qui a pu être cru dans le passé, il n’y a pas à ce jour de preuve supportant l’hypothèse que l’autisme serait causé par une éducation parentale déficiente ou inadaptée (je re-souligne). »

Autant d'occasions de s'informer sur l'autisme au regard des recherches scientifiques les plus récentes. M. Vallini ne les a visiblement pas saisies et affiche sur le sujet une ignorance inadmissible de la part d'un élu de la République.

UN DÉMENTI EN FORME D'AVEU

Devant le tollé provoqué par de tels propos, M. Vallini s'est fendu d'une « précision » (voir article du quotidien régional). Celle-ci prend l'allure d'un démenti qui nous en dit long sur la façon dont nos élus s'informent.

Soucieux de son image, l'édile affirme aujourd'hui que ses propos lui ont été « inspirés » par les docteurs Anne Tursz et Daniel Rousseau qu'il considère comme des « spécialistes » du sujet. Or c'est précisément là que se situe le problème...
Il suffit en effet de passer quelques minutes sur un moteur de recherches pour se faire une idée par exemple de la vision du monde (et des maîtres à penser) de ce bon docteur Rousseau :

http://med2.univ-angers.fr/discipline/pedopsy/ASE/parentalite.htm

A propos de maîtres à penser cités dans le texte, cf. :

http://www.sectioncliniquenantes.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=52:lavenir-de-lautisme&catid=8:consulter-les-textes-et-archives&Itemid=38

Eh oui, M. Vallini. Lorsqu'on s'informe auprès d'un pédopsychiatre hexagonal et qu'il est question d'autisme, il y a une probabilité très élevée qu'il vous... désinforme, vu qu'il croit encore probablement à la « théorie erronée » que je soulignais plus haut dans le texte de la HAS.

NUL NE PEUT SE PRÉVALOIR DE SA PROPRE TURPITUDE

La façon dont l'une de vos sources vous a « informé » m'incite à vous demander de réfléchir à cette citation de Jean Rostand : « Ce qui est grave, ce n'est pas que tant de gens croient à l'astrologie, c'est qu'ils jugent de choses sérieuses avec des têtes qui croient à l'astrologie. [1]» En remplaçant évidemment, dans la France de 2013, le mot astrologie par psychanalyse.

Bien sûr, on pourrait vous trouver des excuses, car vous semblez avoir fait l'effort de vous informer avant de donner votre interview. Mais je ne suis pas sûr que celles et ceux qui s’époumonent depuis tant d'années pour essayer de vous ouvrir les yeux sur la nocivité concrète de l'influence intellectuelle excessive et indue de la psychanalyse dans notre pays [2] aient très envie de vous pardonner.Celles et ceux-là se demandent plutôt quand donc les socialistes et les gens de gauche en général consentiront-ils à s'informer, par exemple, auprès du député Rouillard au lieu de continuer à cautionner les combats d'arrière-garde du « collectif des 39 » ?
Et puis, ce n'est pas à l'ancien avocat que vous êtes que je vais apprendre que nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude.
Aussi, en attendant le démenti contrit que vous promettez de publier dans le prochain numéro d'Isère Magazine, et même si je pense qu'il sera sincère, je ne peux que vous dire : « Bien fait pour vous, Monsieur Vallini ! »

 [1] Jean Rostand, Inquiétudes d'un biologiste, Stock, 1967. Édition de poche, p. 70.

[2] Voir par exemple mon billet : Je suis de gauche et j'emmerde la psychanalyse !

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