L'INCONSCIENT ET SES MYTHOLOGIES (I)

Cette série de « billets » (six au total) cherche à RÉSUMER le chapitre « l'inconscient et ses mythologies » de l'ouvrage Psychologie de la vie quotidienne de Jacques Van Rillaer (JVR) [1].

Aussi érudit [2] qu'agréable à lire, le chapitre en question resitue historiquement l'émergence de la notion d'inconscient.

Il expose également de nombreux aspects de l'évolution des connaissances sur le sujet, celles de la psychologie scientifique en particulier, souvent peu connu dans notre « beau pays » ; et pointe le « danger » d'invoquer cette notion à tout propos.

C'est peu de dire qu'au final, le concept d'inconscient en sort « dépsychanalysé » [3]...

Plan du billet :

Il est, par nature, calqué sur celui du chapitre.
Après une courte introduction, il comprendra donc les trois sous-chapitres suivants [4] (les numéros de sous-chapitres ont été ajoutés pour la clarté de la lecture ; ils n’existent pas dans l’ouvrage) :

       I.            L'INCONSCIENT, IL Y A PLUS DE 300 ANS

    II.            L'INCONSCIENT À L'AUBE DE LA PSYCHOLOGIE SCIENTIFIQUE

 III.            EXEMPLES DE RECHERCHES SCIENTIFIQUES SUR L'INCONSCIENT AU XXème SIÈCLE

Introduction :

Quelques philosophes et mystiques de l'Antiquité affirmaient déjà l'existence de processus inconscients.
La notion d'inconscient se développe aux XVIIIème (« tournant décisif avec Leibniz ») et XIXème siècles ; vers 1880, elle est devenue « banale ».

Un facteur historique essentiel qui concourt à expliquer la conceptualisation de l’opposition entre le conscient et l’inconscient est le « développement de la conscience de soi » (Renaissance) qui a conduit les Européens à constater que « le moi n'est pas parfaitement autonome » et que des processus mentaux (passions, souvenirs, pensées...) le dépassent, l'orientent... inconsciemment.

Quelques sources (en français) :

  • H. Ellenberger, Histoire de la découverte de l’inconscient, réédité chez Fayard (1994).
  • L. Whyte, l’Inconscient avant Freud, Payot (1971).

Il est également signalé que le philosophe Yvon Brès précise dans l’un de ses ouvrages que le livre d’Hartmann « Philosophie de l’Inconscient » (traduit en français en 1877) « est universellement lu à la fin du XIXème siècle.»

I. L'INCONSCIENT, IL Y A PLUS DE 300 ANS

Le début de ce sous-chapitre contient deux textes de Descartes qui suggèrent les trois idées suivantes :

1.      Des préférences affectives, aussi bien que des réactions aversives, peurs ou dégouts, peuvent être conditionnées durablement par une expérience ancienne, pouvant remonter à l'enfance

2.      Ce processus peut demeurer inconscient

3.      On peut se libérer de l'emprise de ce processus pour autant qu'on en prend conscience

On trouve des idées proches chez l'empiriste anglais John Locke (1690) et c'est surtout Leibniz (1765) qui a « contribué au développement d'idées sur les processus inconscients », « insisté sur l'idée que nous percevons un grand nombre de choses sans en prendre conscience »et souligné que le caractère inconscient de nombre de nos processus de pensée « était une condition de notre efficacité. »

Notant la grande variété des « conceptualisations des processus inconscients », JVR se propose ensuite de n'envisager que deux d'entre elles, « radicalement différentes » :

  • les « informations que nous enregistrons ou traitons sans y prêter attention », plus ou moins faciles à rendre conscientes
  • les « processus corporels et mentaux que nous ne pouvons pas découvrir par simple réflexion sur notre vécu », qui demandent des méthodes scientifiques pour être explorés

Ce sous-chapitre se clot sur une « mise en garde » : « le fait qu'une grande partie de nos comportements (…) est « inconsciente »n'est pas un argument péremptoire pour les interprétations « profondes » que débitent si facilement des psys et leurs imitateurs ».

II. L'INCONSCIENT À L'AUBE DE LA PSYCHOLOGIE SCIENTIFIQUE

Ce sous-chapitre commence par rappeler deux « légendes » freudiennes, selon lesquelles

  • Freud serait une sorte de « Christophe Colomb d'un nouveau continent, l'Inconscient, qu'avaient « refoulé » tous les hommes qui avaient vécu avant lui »
  • « la psychologie scientifique aurait ignoré ou ignore encore l'inconscient »

et, pour montrer qu'au contraire ladite psychologie scientifique s'est occupé de l'inconscient « dès sa naissance », détaille quatre expériences « réalisées bien avant que Freud ait publié, en 1888, son premier article ou livre de psychologie. » :

  • celle menée par Bessel (1823), dont ce dernier tirera la notion d' “équation personnelle”, définie plus largement aujourd'hui comme « la façon dont un observateur (...) organise ou déforme les faits qu'il rapporte », celle-ci affectant « inconsciemment » tous les secteurs de l'existence, « y compris les observations faites par les psychologues eux-mêmes. »
  • le pendule de Chevreul (1833), ce dernier anticipant en particulier deux champs d'étude importants de la psychologie du XXème siècle :
    - « l'impact inconscient d'expérimentateurs et de psys sur les personnes qu'ils observent écoutent ou analysent »
    - « les réactions corporelles – notamment musculaires – induites par des opérations cognitives »
  • les affirmations d'Helmholz (1855) selon lesquelles « nos perceptions sont des inférences inconscientes », idées qu'il a tirées d'observations suggérant que « percevoir, c'est construire »
  • celles de Peirce et Jastrow (1884) sur les « perceptions insensibles ». Jastrow, auteur de l'ouvrage The Subconscious (1906), traduit par Pierre Janet (1908), dira vouloir combattre “l'idée d'un double de notre moi se livrant à d'étranges ébats lorsque nous lui lâchons la bride »

On lit ensuite que des centaines de recherches ont eu pour sujet les perceptions “sans prise de conscience” ou “subliminale”, démontrant que « nous percevons un nombre considérable d'informations sans nous en rendre compte » ; puis le sous-chapitre s'achève en annonçant « quelques exemples d'implications fallacieuses de la reconnaissance de l'existence de processus inconscients » qui suivront « trois exemples de recherches réalisées au XXème siècle. »

III. EXEMPLES DE RECHERCHES SCIENTIFIQUES SUR L'INCONSCIENT AU XXème SIÈCLE

Ce sous-chapitre présente trois exemples de telles recherches :

  • Après un rappel des recherches sur les « personnalités multiples », menées par Solomons et Stein (années 1890), qui ont permis de conclure « qu'un grand nombre d'actes que nous croyons conscients, comme la lecture et l'écriture, peuvent être effectués de façon automatisée », une autre recherche sur « l'attention partagée » est évoquée : celle menée par Cherry (années 1950) qui aboutira à la notion d' « effet cocktail party ».
  • La partie précédente relevait le caractère limité de nos capacités d'attention, soulignant cependant que « nous avons le pouvoir d'ignorer une série d'informations pour d'autant mieux prendre conscience de celles que nous souhaitons percevoir. »
    Relatant des expériences menées en particulier par Hess (années 1960), celle-ci va nous exposer que « nous percevons plus que ce que nous pensons percevoir. »
    Ces expériences ont en effet montré que « le diamètre de la pupille augmente lorsque nous sommes émus, intéressés ou simplement attentif et qu'il rétrécit lorsque nous manquons d'intérêt. Cette réaction est inconsciente et échappe au contrôle volontaire. »
    De même : « l'être humain qui se trouve en interaction plus ou moins étroite avec un autre peut percevoir, sans en être conscient, l'état des pupilles de son partenaire et en tenir compte pour juger de son état émotionnel et de l'intérêt que ce partenaire lui porte. »
  • Cette dernière partie relate des expériences, menées entre autres par Öhman (1993), qui établissent, par exemple, que les personnes phobiques « souffrent d'un « biais attentionnel » qui favorise la détection du moindre signe de menace potentielle et qui renforce ainsi leur croyance dans la fréquence des dangers. »

Ce sous-chapitre se conclut par deux questions « essentielles » :

  • « quel est l'impact effectif de ces stimulations sur nos modes de pensée et nos actions ? »
  • « quelle est la durée des traces qu'elles laissent dans notre mémoire ? »

Elles feront l'objet d'un prochain billet.

Notes :

[1] ­ Odile Jacob (2003), 336 pages (pp. 149 à 222, pour le chapitre résumé).

[2] ­ Ce seul chapitre, qui compte 74 pages, comporte 170 (cent soixante-dix) notes de bas de pages !

[3] ­ La « dépsychanalysation » de ce concept n'est pas anodine dans notre pays où tout élève de Terminale reçoit un enseignement de philosophie dans lequel, comme le rappelle plaisamment ici (p. 3) l'éditorialiste de « Côté Philo » : « Aucune autre notion (au programme que celle d'inconscient, NDJLR) ne sert de prête-nom à un auteur. » !
Cette série de billets permettra, je l'espère, de rétablir un peu de faits dans un monde largement peuplé de légendes... et de mythologies.

[4] ­ Les 11 sous-chapitres s'intitulent :

I. L'INCONSCIENT, IL Y A PLUS DE 300 ANS
II. L'INCONSCIENT À L'AUBE DE LA PSYCHOLOGIE SCIENTIFIQUE
III. EXEMPLES DE RECHERCHES SCIENTIFIQUES SUR L'INCONSCIENT AU XXème SIÈCLE
IV. BUVEZ COCA-COLA : ACHETEZ MES CASSETTES
V. EVENEMENTS SANS SOUVENIRS, SOUVENIRS SANS EVENEMENTS
VI. FORCE ET FRAGILITE DE LA MEMOIRE
VII. L'EPIDEMIE DES FAUX SOUVENIRS D'ABUS SEXUELS
VIII. L'EXPLORATION DE VIES ANTERIEURES
IX. LES ENLEVEMENTS PAR DES EXTRATERRESTRES
X. POURQUOI IMAGINONS-NOUS DES SOUVENIRS ?
XI. DU DANGER D'INVOQUER L'INCONSCIENT

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