Trouvez un autre job à Philippe Val !

Philippe Val a osé. Le directeur de France Inter ne s’est pas contenté de consacrer (le 9 novembre dernier), sur la radio publique, ma radio, notre radio, une journée entière dédiée à la gloire de Freud sans le moindre point de vue un tant soit peu critique sur le personnage (bien que de tels points de vue soient aujourd’hui abondamment disponibles, même s’il reste difficile de les entendre en France).

Il ne s’est pas contenté de proposer ainsi une conception de l’information qui, dans tout autre domaine que celui de la psychanalyse, aurait été qualifiée de totalitaire.
Non. Le pire était à venir. Et il est venu dans la façon dont Philippe Val a justifié ses choix, quelques jours plus tard à l’antenne, lors de son exposé d’évaluation de la journée Freud, suite à de probables et nombreuses réactions d’auditeurs surpris, sinon indignés.

Passons sur l’affirmation péremptoire « qu’il y avait eu deux génies au XXè siècle, Einstein et Freud », même s’il semble assez surréaliste que ce soit un directeur de radio qui décide avec aplomb et insistance qui est un savant génial ou pas, ou bien quelle théorie scientifique est valide ou dépassée.

Glissons également sur la comparaison fallacieuse affirmant que « lorsqu’on parlait de Darwin on n’avait pas besoin de créationnistes », en réponse à ceux qui s’étonnaient de l’absence de points de vue critiques sur Freud le 9 novembre : la comparaison ne tient pas, ne serait-ce que parce qu’aucun scientifique crédible ne nie la théorie de l’évolution, alors que les scientifiques, historiens, ethnologues, sociologues, neurologues, etc. qui remettent en cause le freudisme sont légion…

Non ; il a fallu, de surcroît, qu’il calomnie ceux qui s’étaient indignés de l’approche totalement partisane de la journée Freud : il a évoqué les auteurs du « Livre noir de la psychanalyse » en ces termes :

« Le Livre Noir de la psychanalyse, un livre d'ailleurs à tonalité... avec des auteurs disons assez louches, plutôt marqués à l'extrême droite, et un extrême droite qui ne sent pas toujours très bon, mais apparemment ça n'a choqué personne. »

On peut écouter ce jugement ou le télécharger sur :

http://cortecs.org/outillage/212-sophisme-reductio-ad-hitlerum

(Site d’analyse des sophismes et des pseudo-sciences, en français)

 

Vous avez bien lu (et entendu) : pour Val, une critique de la psychanalyse ne peut venir que d’une personne d’extrême droite !

 

On ne peut que proposer à Val l’écoute de cette émission de la chaîne LCP où l’on entend beaucoup Albert Algoud, père d’un enfant autiste, et jadis « employeur » de Val dans l’émission de France Inter « La partie continue ». Mais peut-être Val considère-t-il Algoud comme un personnage assez louche proche de l’extrême droite !…

On ne peut que comparer ces affirmations avec celles de Laurent Joffrin, lors de la sortie du Livre Noir. On y lit, entre autres, l’étonnement du directeur du Nouvel Observateur préparant le dossier prévu lors de la sortie de l’ouvrage, à la fin de l’été 2005 : « Pour équilibrer notre dossier, nous avons d’abord fait appel à l’historienne de la psychanalyse la plus connue en France, Elisabeth Roudinesco, femme de grande capacité. C’est là que nos surprises ont commencé. Elisabeth Roudinesco a d’abord refusé de débattre avec un quelconque auteur du "Livre noir". Elle nous a ensuite encouragés à passer sous silence purement et simplement l’ouvrage et à remplacer les extraits prévus par un long entretien avec elle. Le livre, disait-elle en substance, est politiquement louche, à la limite de l’antisémitisme. Accusation aussi grave que ridicule quand on connaît les auteurs du livre. » Ce passage révèle d’ailleurs à quel point Philippe Val, qui n’a probablement jamais ouvert le Livre Noir, contrairement à Laurent Joffrin, n’est que le perroquet de Mme Roudinesco dans ce domaine. A moins, bien sûr, que  Laurent Joffrin soit un personnage assez louche proche de l’extrême droite !…
Modestement, je renvoie aussi à mon billet « Je suis de gauche et j’emmerde la psychanalyse ! ». Mais peut-être suis-je moi-même, à l’insu de mon plein gré, un personnage assez louche proche de l’extrême droite !…

Apostille : un directeur de France Inter ne devrait-il pas être d’une trempe à faire diffuser des connaissances avérées à l’antenne ?
Un directeur de France Inter ne devrait-il pas inciter à ouvrir les livres, au lieu de se contenter de répéter ce que colportent Elisabeth Roudinesco et Jacques-Alain Miller pour décourager la lecture de toute remise en question des dogmes freudiens.

N’est-il pas temps de proposer à Philippe Val et son sempiternel ton bravache et auto-satisfait, si peu propice, en fait, à la diffusion de véritables savoirs, un job plus adapté à sa déplorable mentalité ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.