Idées noires et vote blanc.

Le 12 février, l'Assemblée nationale a voté une loi reconnaissant le vote blanc. Le vote blanc permet à l'électeur de jouer le jeu démocratique tout en exprimant par son vote qu'il ne se reconnait pas dans l'offre politique qui lui est présentée. Jusqu'alors le vote blanc c'est à dire un bulletin blanc dans l'enveloppe ou une enveloppe vide, était considéré comme un vote nul au même titre que les votes où l'électeur griffonne une rature, un slogan ou un texte ou un dessin ou autre chose résumant son état d'esprit du moment mais qui terminait invariablement dans la case vote nul car non valide. Cette loi permet désormais de distinguer le vote blanc des votes nuls. Mais c'est tout ce que cette nouvelle loi apportera et c'est bien là le problème. Séparer les votes blancs des votes nuls (qui eux resteront aux oubliettes encore longtemps sans doute) ne changera pas l'issue du scrutin pour la "bonne" raison qu'ils ne seront toujours pas comptabilisés parmi les suffrages exprimés. Cette loi constitue donc une très faible avancée pour notre démocratie. Ultime mesquinerie elle entrera en vigueur le 1er avril prochain c'est à dire après les Municipales. Elle ne concernera pas non plus les élections présidentielles pour lesquelles il faudrait changer la Constitution et son article 7 qui précise que le président de la République est élu "à la majorité des suffrages exprimés". Or, si les bulletins blancs étaient comptabilisés, un candidat pourrait alors être élu sans obtenir forcément la majorité absolue (par contre lors des élections législatives, comptabiliser et non plus simplement reconnaitre le vote blanc pourrait amener à laisser des places vides à l'Assemblée nationale, ce qui ferait désordre:-) Lors d'une élection, pour obtenir la majorité absolue il faut plus de 50 % des suffrages exprimés (votes valides, non blanc). Ainsi par exemple si les votes blancs avaient été comptabilisés lors de la dernière présidentielle, Hollande serait passé de 51,62% des suffrages exprimés à 48,63% et Sarkozy de 48,38 à 45,57... Dès lors cette élection aurait été non conforme à la Constitution et invalidée... Le danger pour nos politiques est qu'un jour une majorité de votes blancs reconnus ET comptabilisés se dessine, ce qui annulerait l'élection et les obligerait à revoir leur copie en prenant un poil plus compte des attentes de l'électeur pour en organiser une nouvelle. Pour conclure cette nouvelle loi dit à l'électeur qui vote blanc, "je te reconnais mais je ne te comptabilise pas" autant dire qu'elle est elle aussi quasiment nulle et relève plutôt du foutage de gueule.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.