Lettre ouverte à Damien Abad, Député de l’Ain

Cher Monsieur Damien Abad,

Je comprend la fierté que vous exprimez dans l’article que Libération vous consacre dans son édition du 24 avril, être élu se gagne, mais en vous présentant comme le « premier et seul Député français handicapé », vous méconnaissez l’Histoire et en particulier celle dont vous prétendez devenir un acteur. L’histoire de Georges Couthon, député du Puy-de-Dôme à l'Assemblée législative et à la Convention nationale 1791-1794, est éclairante à ce sujet, comme certainement celles de nombreux autres après lui, moins connus pour leurs restrictions que pour leurs contributions à la bonne marche de la France. Vous zappez le processus d’élaboration et d’adoption, en 2006, de la Convention Internationale relative aux Droits des Personnes Handicapées adoptée par les Nations Unies, dont la France, et dont cette politique transversale n’est qu’une des premières pierre de la mise en œuvre. Vous méconnaissez enfin et surtout le long et méticuleux travail de lobbying mené par les ONGs et en particulier l’OMPH depuis les années 1980 et dont tout ceci est un des résultats.

Pour mieux mettre à profit l’expérience accumulée par les personnes qui trouvent chaque jour les moyens et les ressources nécessaires à leur dignité, je vous remercie d’associer vos forces aux nôtres pour encourager l’expression de toutes les capacités de tous les citoyens. Faire des Lois nouvelles est nécessaire, elles participent au mieux vivre ensemble, et la réponse aux droits de chacun dans les Lois pour tous est préférable à l’instauration de droits particuliers par des Lois séparées.

J’encourage donc votre action et les premiers commentaires à l’article de Libération publié sur internet en montrent l’utilité. Le premier de ceux-ci peste contre une « dérive communautariste » (Critique courante malgré que les mêmes se satisfassent généralement et sans discernement de l’obligation d’emploi d’un quota de travailleurs handicapés au sein des entreprises de plus de 20 salariés, mesure on ne peut plus communautariste), le second contre les normes d’accessibilité des logements neufs (Mal ficelées et encore non efficientes il est vrai, et à propos desquels il serait bon de vous entendre), et le troisième contre l’accessibilité dans les nouveaux Train Express Régionaux.

Ces commentaires me sidèrent. L’intolérance monte et le pire peut aujourd’hui non seulement se dire mais aussi s’écrire. Stigmatisé depuis 30 ans comme « handicapé », je n’avais pas encore entendu ou lu de telles paroles de rejet au propos des adaptations qui me sont indispensables. Mes concitoyens se comportent comme des moustiques affolés par la lumière en se cognant partout sans voir ni leurs voisins et encore moins les plus restreints dans leurs capacités. Prendre le bus ou le train régional maintenant que je peux le faire seul, c’est me battre et négocier en permanence pour y trouver et y maintenir ma place. Les messages de nos représentants politiques, dont vous êtes, ont un impact évident sur ces comportements du quotidien, et c’est sur ce terrain que je vous attends. 

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