L'avenir de l'Inde et du monde dans les mains du soulèvement paysan - J. Chastaing

Pour que l'Ince puisse faire face au cataclysme du covid, Modi doit démissionner maintenant !

La catastrophe sanitaire en Inde ne cesse de prendre de l'ampleur. Les autorités recensaient aujourd'hui 400 000 nouvelles contaminations et 3 500 morts mais beaucoup dans les milieux médicaux disent qu'il faut multiplier ces chiffres par 10 ou 30 pour approcher de la réalité.

500 scientifiques ont demandé aujourd'hui au gouvernement qu'ils puissent avoir accès aux chiffres de contamination, par région, en fonction des comorbidités, voir les évolutions du virus (on parle d'un nouveau variant plus virulent en Uttar Pradesh) pour pouvoir mener une véritable politique de santé publique. Mais non, Modi refuse, on ne sait rien, sinon ce qu'il veut bien dire, c'est-à-dire mensonges sur mensonges. Des scientifiques l'avaient averti en mars de l'apparition de ce variant indien et lui avaient demandé de prendre des dispositions sanitaires. Il avait préféré cacher l'information pour mener à coups de millions sa campagne électorale au Bengale et de permettre aux plus dévots des hindous de faire leur pèlerinage sur le Gange par millions et millions, contaminant toute l'Inde Les indiens peuvent crever, et le monde aussi derrière, il s'en fiche... il veut gagner les élections et faire sa démagogie religieuse.

Les indiens voient bien l'ampleur du désastre : rien qu'aujourd'hui, les syndicats ont dénoncé la mort de 800 agents de l'Etat décédés du covid du fait du dépouillement des résultats des élections dans l'Uttar Pradesh ce dimanche. Les crématoriums sont débordés, on brûle les corps dans les parcs, les jardins, sur les trottoirs... l'air empeste des fumées.

Les trois quarts du système de santé sont aux mains du privé ce qui rend leur accès impossible à l'immense majorité car trop cher. Les groupes privés de santé qui fabriquent des vaccins les vendent à des prix prohibitifs parmi les plus élevés du monde. Dans les campagnes de la grande majorité des Etat, il n'y a ni hôpitaux, ni lits, ni respirateurs, ni médicaments...

Du coup, Modi qui a démoli au reste un système de santé déjà affaibli, accuse tout le monde de sa propre faillite, et notamment les Etats. Ceux-ci prennent donc des mesures dans un chaos total, ici confinement, là couvre-feu, là encore rien du tout. Avec peut-être un confinement total le 3 mai, probablement pour des raisons politiciennes, le lendemain des résultats électoraux où tout laisse penser qu'il y aura défaite du BJP le parti de Modi.

Pour empêcher que le sentiment général qui monte vite actuellement avec la gestion calamiteuse de l'épidémie, de dégager Modi maintenant, ne devienne un ras de marée à l'occasion de ces résultats, Modi va peut-être encore amplifier le chaos ambiant avec un confinement généralisé brutal.

Dans les élections municipales et de panchayats qui ont eut lieu au Karnataka le 27 avril, le BJP a pris une claque et a presque disparu d'un certain nombre de municipalités. Alors c'est bien possible que le 2 mai montre que les indiens ne veulent plus de Modi, et qu'ils n'en veulent plus tout de suite avec le covid, pas en 2024 aux prochaines élections générales.

Face à cette menace de confinement généralisé - on imagine ce que signifie le confinement dans les baraquements de bidonvilles de millions d'habitants, sans eau, sanitaires, électricité... - face déjà à l'arrêt de nombreuses entreprises, des millions de travailleurs précaires qui ne pourraient plus survivre sans leur travail quotidien, fuient déjà les villes pour tenter de rejoindre leurs villages avant que Modi et sa police ne les y obligent comme l'an passé et qu'il n'y ait plus de transports pour ça.

Au cataclysme du covid va donc s'ajouter la catastrophe des mesures policières de confinement du gouvernement.

C'est au travers de ce même chaos que Modi avait provoqué l'an passé au prétexte déjà du covid, qu'il a cassé un grand mouvemetn social du moment Shaheen Bagh, qu'il a passé toutes ses lois de destruction des services publics, des protections paysannes et ouvrières, que les capitalistes ont licencié en masse, remplacé les embauchés par des précaires, ont fait passer les horaires de 8 h par jour à 12 h, ont liquidé quasi tout ce qui pouvait rester des protections au travail.

Modi recommence donc, au risque de tuer des millions et des millions d'indiens mais aussi de contaminer la planète.

Sauf que cette fois, la proportion entre la part de peur face au covid et la part de haine contre Modi, a certainement changé au profit de la haine.

Un élément qui le montre est la résistance des paysans qui continuent leurs luttes, leurs campements et leurs manifestations malgré les menaces et les énormes pressions et qui déclarent qu'ils ne céderont pas, continueront leur combat et l'amplifieront même en convoquant une réunion nationale des ouvriers et paysans de tout le pays le 10 mai pour décider d'une stratégie commune tout à la fois contre Modi et contre le covid, puisque dés maintenant, face à la faillite et l'inaction du gouvernement, ils ont déjà décidé de transformer leurs lieux de mobilisation en autant de lieux de soins avec l'aide d'ONG.

Dans ces conditions, on se rapproche très probablement d'un affrontement majeur entre le pouvoir et les paysans. Le futur de l'Inde en dépend et le futur du monde se joue en grande partie là-bas. Soutenons de toutes nos forces et par tous les moyens le mouvement paysan. Il en va de nos vies à tous.

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Le 1er mai ouvrier-paysan au campement paysan de la porte de Tikri à Delhi ; multiples petits rassemblements ouvriers-paysans devant les usines ou sur les lieux de mobilisation paysanne. Les paysans et ouvriers avaient décidé de ne pas faire de grands rassemblements à cause du covid, mais de maintenir la tradition en de multiples endroits ; les innombrables buchers crématoires des victimes du covid ont débordé les crématoriums et ont lieu tout au long des trottoirs, dans les parcs, les jardins, ici à Lucknow, capitale de l'Uttar pradesh ; les crématoriums sont débordés ; 1er mai ouvriers-paysans au campement paysan de la porte Singhu à Delh

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En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

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