Inde: victoire du soulèvement paysan, début de la fin pour Modi -Jacques Chastaing

Après sa défaite électorale, le désespoir populaire que Modi voudrait faire naître du chaos d'un confinement généralisé pourrait, en s'appuyant sur l'exemple de la résistance, de la détermination et de la dignité des paysans, se transformer en une énorme colère alimentée d'autant plus par le drame du covid et prendre carrément le caractère d'une révolution.

Malgré le drame du covid qui est toujours en montée exponentielle avec tous ses ravages mortels, c'est la joie dans les rangs des paysans insurgés et de tous leurs soutiens comme de toute la population qui n'en peut plus de Modi et de son parti BJP comme de sa milice fasciste RSS.

Aujourd’hui étaient donnés les résultats électoraux dans 5 Etats du pays, Bengale occidental, Tamil Nadu, Kerala, Assam et la ville territoire de Puducherry. Or dans les Grands Etats, en particulier dans le Bengale Occidental (91 millions d'habitants), le BJP de Modi a subi une claque monumentale, il a quasi disparu du Kerala (37 millions d'habitants) et il a perdu le gouvernement du Tamil Nadu (72 millions d'habitants) avec son allié local. Il garde seulement le pouvoir dans l'Etat de l'Assam (31 millions d'habitants) en proie à de lourdes tensions religieuses et ethniques et le gagne dans la ville et territoire de Puducherry (1 millions d'habitants).

C'est une très grosse défaite politique pour Modi et son parti parce qu'ils avaient mis tout leurs poids pour gagner ces élections en particulier dans le Bengale Occidental, état symbolique au lourd passé de violences religieuses, où ils espéraient avec leur démagogie de haine religieuse contre les musulmans emporter les élections et par là gagner tous les Etats du Sud de l'Inde qui lui résistent et surtout montrer au pays entier que les électeurs le soutiennent contre le soulèvement paysan.

Modi comptait sur ce succès pour écraser les paysans et toute contestation et il pensait que c'était possible parce que son parti avait fait une montée spectaculaire au Bengale occidental dans les résultats électoraux en particulier aux élections de 2019.

Et Modi avait mis tous les moyens financiers, militants et administratifs pour gagner y compris en menant campagne en abandonnant le reste des indiens alors que le covid menaçait.

Il a mis un argent fou dans cette campagne, une campagne à l'américaine pour la première fois en Inde, avec meetings de masse, shows spectaculaires, déplacements en hélicoptère, distribution d'argent aux participants à ses meetings, augmentation des salaires de dernière minute, promesses tous azimuts (y compris le sous-entendu que les hindous pourraient prendre les propriétés des musulmans qui perdraient la nationalité indienne et seraient expulsés). Il avait étalé le scrutin sur un mois avec la présence permanente du ministre de l'intérieur, en s'y déplaçant 22 fois, pour permettre à ses armées de militants déplacés spécialement pour l'occasion, de visiter chaque village.

De leur côté, les paysans comprenant bien l'enjeu national de ce scrutin avaient décidé de riposter en menant également meetings et manifestations pour appeler les électeurs à voter pour qui ils voulaient sauf pour le BJP, bref à battre le BJP, à lui donner une leçon, à casser son arrogance.

C'était l'enjeu des élections, Modi contre le soulèvement paysan.

Les paysans ont gagné !

Et haut la main, parce que la défaite de Modi ne se fait pas avec un écart de quelques voix, mais avec un effondrement. C'est un désaveu massif.

Ça signifie le début de la fin pour Modi et sa politique de divisions haineuses entre castes, religions ou sexes, sa politique de destruction des services publics, des lois protégeant ouvriers et paysans, au profit des milliardaires capitalistes du pays.

Le BJP de Modi avait eu une montée électorale fulgurante ces dernières années, mais avait gagné de justesse les élections régionales au Bihar au tout début du mouvement paysan en 2020. Et depuis le développement du mouvement, il a perdu quasi toutes les élections municipales ou de panchayats.

Ces élections confirment de manière magistrale la perte d'influence de Modi et confirment la montée d'influence du soulèvement paysan, donnent un prolongement électoral à sa politique de bannissement social du BJP et du RSS. C'est une immense victoire pour les paysans qui en annonce d'autres.

S'il n'y avait pas aujourd'hui l'épidémie de covid foudroyante et en progression exponentielle qui est bien sûr au centre de toutes les préoccupations, cette défaite électorale de Modi aurait signé sa chute à court terme par un formidable encouragement du soulèvement paysan et à tous ses soutiens.

Avec le covid, pour les indiens, l'urgent est de sauver des vies tout de suite. Et il est très possible que Modi profite de ce battement dans le temps pour sauver sa peau en précipitant un peu plus le pays dans un chaos général en prononçant - comme en circule la rumeur- un confinement général à tout le pays dans les jours qui viennent voire dés demain 3 mai accompagné de mesures policières d'ampleur. Il pourrait ainsi faire oublier sa défaite en la noyant avec la peur du covid dans les licenciements massifs, les déplacements forcés de population par dizaines de millions et des mesures policières brutales exactement comme il l'avait fait l'an passé en mars 2020.

Seule différence avec l'an passé, mais de taille, le soulèvement paysan ne lâche pas et tient tête, ce qui fait que le désespoir populaire que Modi voudrait faire naître du chaos d'un confinement généralisé pourrait alors en s'appuyant sur l'exemple de la résistance, de la détermination et de la dignité des paysans, se transformer en une énorme colère alimentée d'autant plus par le drame du covid et prendre carrément le caractère d'une révolution.

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ent en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

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