Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

10573 Billets

0 Édition

Billet de blog 4 avr. 2021

Inde: naissance décisive d'une Coordination paysans-ouvriers -Jacques Chastaing

D'une coordination paysanne à une coordination des classes populaires, d'un soulèvement paysan a un soulèvement populaire général. L'idée d'une coordination paysans-ouvriers, qui passe par dessus la tête des directions syndicales bureaucratiques, était dans l'air depuis plusieurs jours, dans la logique de la situation générale où le soulèvement paysan a une influence de plus en plus large.

Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Hier 3 avril, s'est tenu un important meeting à Ludhiana dans l'Etat de l'Haryana entre des représentants de la coordination paysanne SKM, et des représentants de syndicats ouvriers, étudiants, enseignants, employés et de non syndiqués.

Ils ont décidé d'une part de remplacer les paysans qui occupent les campements des portes de Delhi depuis 4 mois mais qui doivent repartir chez eux pour la période des récoltes, par des ouvriers, employés, étudiant et enseignants et d'autre part surtout de créer une première coordination de paysans, syndiqués ou non, d'ouvriers, d'employés, d'étudiants et d'enseignants. Le premier meeting public de cette coordination aura lieu le 7 avril.

Pour le moment, cette nouvelle coordination ne sera effective dans un premier temps que dans le Pendjab avant de s'étendre en fonction des possibilités aux autres Etats et au niveau national.

Ce n'est qu'un pas mais un pas très important qui témoigne dans quel sens travaille le SKM (Front Uni Paysan qui anime le soulèvement depuis le 8 décembre 2020) et dans quel sens pousse la base populaire, ouvrière, étudiante, enseignante et paysanne... celui de l'unification de toutes les forces populaires pour dégager Modi et le capitalisme.

L'idée d'une coordination paysans-ouvriers qui passe par dessus la tête des directions syndicales ouvrières, était dans l'air depuis plusieurs jours, dans la logique de la situation générale où le soulèvement paysan a une influence de plus en plus large qui va au delà des paysans. On a vu largement la nécessité d'une telle coordination à partir du 26 mars 2021, jour d'une grève générale commune des directions syndicales ouvrières et de la coordination des paysans mais où les principales confédérations syndicales qui y appelaient sous la pression de leurs bases s'étaient défaussées au dernier moment sous la pression des forces du capital.

Les éléments factuels et actuels qui ont certainement pesé dans cette prise d'initiative de Ludhiana, sont d'une part l'appel des fédérations syndicales des banques publiques à de nouvelles grèves contre leur privatisation (la dernière grève des 15 et 16 mars avait réuni plus d'un million de grévistes et les directions syndicales n'ont guère l'habitude d'aller au delà d'une journée d'action sans suite) et d'autre part ce qu'on pressentait depuis des semaines, une véritable marée humaine aujourd'hui contre la privatisation de l'aciérie Vizag (400 000 personnes en vivent) qui est descendue dans la rue (ou plutôt sur la plage) de Visakhapatnam, la capitale de l'Andhra Pradesh de 5 millions d'habitants où se situe l'usine.

Cela fait plusieurs mois que la lute contre la privatisation a commencé avec déjà 3 grèves générales au niveau de l'Etat, mais cette-fois, à l'appel des ouvriers grévistes, les paysans sont venus en soutien. La prochaine étape devant être une coordination ouvriers/paysans pour diriger la lutte.

Par ailleurs, la détermination des paysans ne faiblit pas.

Ainsi, ont-ils décidé que face à la période actuelle des récoltes, les paysans des villages proches des campements de Delhi, travailleraient la nuit et occuperaient le jour avec des allers et retours quotidiens tandis que les villages plus éloignés enverraient chacun 40 personnes chaque semaine pour occuper les campements de Delhi par roulement, tout cela organisé par les structures de démocratie directe, les panchayats qui continuent à étendre leur influence et notamment maintenant à l'Etat du Gujarat, l'Etat à la botte de Modi, source de son pouvoir .

PHOTOS

Marée humaine au soir à Visakhapatnam contre la privatisation de l'aciérie Vizag. Manifestation qui a lieu sur la plage de la ville pour avoir la place d'avancer ; Mahapanchayat à Abohar dans le Pendjab ; meeting de dénonciation à la porte Ghazipur de Delhi de la tentative d'assassinat de Rakesh Tikait

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Au sud de l’Espagne, ces Algériens qui risquent leur vie pour l’Europe
En 2021, les Algériens ont été nombreux à tenter la traversée pour rejoindre la péninsule Ibérique, parfois au péril de leur vie. Le CIPIMD, une ONG espagnole, aide à localiser les embarcations en mer en lien avec les sauveteurs et participe à l’identification des victimes de naufrages, pour « soulager les familles ». Reportage.
par Nejma Brahim
Journal
Covid-19 : lever les brevets, une solution mondiale ?
Vaccination générale, nouveaux médicaments contre le Covid-19 : les profits des laboratoires pharmaceutiques explosent. Est-il envisageable qu’ils lèvent un jour leurs brevets ? On en parle avec nos invités Isabelle Defourny, de MSF, Jérôme Martin, cofondateur de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, et Rozenn Le Saint, journaliste santé à Mediapart.
par à l’air libre
Journal — Politique économique
Taxation de l’héritage : une lignée de fractures entre candidats à la présidentielle
La rationalité économique plaide pour un durcissement de l’impôt sur les successions, mais la droite se laisse aller à la démagogie en plaidant contre une hausse forcément impopulaire, dénonçant parfois un « impôt sur la mort ». La gauche cherche un équilibre entre justice et acceptabilité.
par Romaric Godin
Journal — Gauche(s)
Les partis de gauche opposés à la Primaire populaire durcissent le ton
Alors que le vote d’investiture de la Primaire populaire, qui compte déjà 288 000 inscrits, a lieu entre le 27 et le 30 janvier, les coups pleuvent sur cette initiative citoyenne. 
par Mathieu Dejean et Pauline Graulle

La sélection du Club

Billet de blog
Élection présidentielle : une campagne électorale de plus en plus insupportable !
Qu’il est lassant d’écouter ces candidats qui attendent des citoyens d'être uniquement les spectateurs des ébats de leurs egos, de s'enivrer de leurs mots, de leurs invectives, et de retenir comme vainqueur celle ou celui qui aura le plus efficacement anéanti son adversaire !
par paul report
Billet de blog
Lettre aux candidats : vous êtes la honte de la France
Course à la punchline, postillonnage de slogans... vous n'avez plus grand chose de politiques. Vous êtes les enfants de bonne famille de la communication. Vous postulez à un rôle de gestionnaire dans l’habit de Grand Sauveur. Mais je suis désolée de vous apprendre que nous ne voulons plus d’homme providentiel. Vous avez trois trains et quelques générations de retard.
par sarah roubato
Billet de blog
Quand l’archaïsme du système des parrainages s’ajoute à celui du présidentialisme
La question de la pertinence du système des 500 parrainages revient régulièrement au moment de l’élection présidentielle. Plutôt que de revenir au système de l’anonymat des signatures, il serait préférable d’élargir le champ de la responsabilité de la sélection aux citoyens.
par Martine Chantecaille
Billet de blog
Présidentielles: penser législatives
La ficelle est grosse et d'autant plus visible qu'elle est utilisée à chaque élection. Mais rien n'y fait, presque tout-le-monde tombe dans le panneau : les médias aux ordres, bien sûr, mais aussi parfois ceux qui ne le sont pas, ainsi que les citoyens, de tous bords. Jusqu'aux dirigeants politiques qui présidentialisent les élections, y compris ceux qui auraient intérêt à ne pas le faire.
par Liliane Baie