Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

10962 Billets

0 Édition

Billet de blog 4 nov. 2021

Lettre ouverte aux médias du monde entier, par Greta Thunberg et Vanessa Nakate

"Nous pouvons encore éviter les pires conséquences, nous pouvons encore renverser la situation. Mais pas si nous continuons comme aujourd’hui. Vous avez les ressources et les possibilités de changer l’histoire du jour au lendemain. C’est à vous de décider si vous choisissez ou non de relever ce défi. Dans tous les cas, l’histoire vous jugera. "

Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Chers éditeurs de médias du monde entier :

325 organisations proposent une solution pour le climat dont vous n’avez jamais entendu parler. Fonte des glaciers, feux de forêt, sécheresses, canicules meurtrières, inondations, ouragans, perte de biodiversité. Ce sont tous les symptômes d’une planète déstabilisée, qui se produisent autour de nous en permanence. C’est le genre de choses dont vous faites état. Parfois. La crise climatique, cependant, est bien plus que cela. Si vous voulez vraiment couvrir la crise climatique, vous devez également rendre compte des questions fondamentales du temps, de la pensée holistique et de la justice.


Qu’est-ce que cela signifie ? Examinons ces questions une par une. Tout d’abord, la notion de temps. Si vos articles n’incluent pas la notion de tic-tac d’une horloge, alors la crise climatique n’est qu’un sujet politique parmi d’autres, quelque chose que nous pouvons simplement acheter, construire ou investir pour nous en sortir. Laissez de côté l’aspect du temps et nous pouvons continuer à peu près comme aujourd’hui et « résoudre les problèmes » plus tard. 2030, 2050 ou 2060. Les meilleures données scientifiques disponibles montrent qu’avec notre taux actuel d’émissions, notre budget carbone restant pour rester sous la barre des 1,5°C sera épuisé avant la fin de cette décennie.


Deuxièmement, la pensée holistique. Lorsque nous examinons notre budget carbone restant, nous devons compter tous les chiffres et inclure toutes nos émissions. Actuellement, vous laissez les nations à haut revenu et les gros pollueurss’en tirer à bon compte, leur permettant de se cacher derrière les statistiques incomplètes, les échappatoires et la rhétorique qu’ils se sont tant battus pour créer au cours des 30 dernières années.


Troisièmement, et le plus important de tous, la justice. La crise climatique ne concerne pas seulement les conditions météorologiques extrêmes. Il s’agit de personnes. De vraies personnes. Et ce sont les personnes qui ont le moins contribué à la crise climatique qui souffrent le plus. Et alors que le Sud global est en première ligne de la crise climatique, il n’est presque jamais à la une des journaux du monde entier. Alors que les médias occidentaux se concentrent sur les feux de forêt en Californie ou en Australie ou sur les inondations en Europe, les catastrophes liées au climat ravagent les communautés du Sud global, mais ne font l’objet que de très peu de couverture.


Pour intégrer l’élément de justice, vous ne pouvez pas ignorer la responsabilité morale du Nord global d’aller beaucoup plus vite dans la réduction de ses émissions. D’ici la fin de l’année, le monde aura collectivement brûlé 89 % du budget carbone qui nous donne 66% de chances de rester sous la barre des 1,5°C. C’est pourquoi les émissions historiques non seulement comptent, mais sont en fait au cœur même du débat sur la justice climatique. Et pourtant, les émissions historiques sont encore presque totalement ignorées par les médias et les personnes au pouvoir.


Pour rester en dessous des objectifs fixés dans l’Accord de Paris, et ainsi minimiser les risques de déclencher des réactions en chaîne irréversibles échappant au contrôle de l’homme, nous avons besoin de réductions d’émissions immédiates, drastiques et annuelles, comme jamais le monde n’en a connu. Et comme nous ne disposons pas des solutions technologiques qui, à elles seules, permettront d’y parvenir dans un avenir prévisible, cela signifie que nous devons opérer des changements fondamentaux dans notre société. C’est le résultat désagréable de l’échec de nos dirigeants à aborder cette crise.


Votre responsabilité pour aider à corriger cet échec ne peut être surestimée. Nous sommes des animaux sociaux et si nos dirigeants, et nos médias, n’agissent pas comme si nous étions en crise, il est évident que nous ne comprendrons pas que nous le sommes. L’un des éléments essentiels d’une démocratie qui fonctionne est une presse libre qui informe objectivement les citoyens des grands défis auxquels notre société est confrontée. Et les médias doivent tenir les personnes au pouvoir responsables de leurs actions, ou inactions.


Vous faites partie de nos derniers espoirs. Personne d’autre n’a la possibilité et l’opportunité de toucher autant de personnes dans le délai extrêmement court qui est le nôtre. Nous ne pouvons pas le faire sans vous. La crise climatique ne fera que devenir plus urgente. Nous pouvons encore éviter les pires conséquences, nous pouvons encore renverser la situation. Mais pas si nous continuons comme aujourd’hui. Vous avez les ressources et les possibilités de changer l’histoire du jour au lendemain. C’est à vous de décider si vous choisissez ou non de relever ce défi. Dans tous les cas, l’histoire vous jugera. 

Greta et Vanessa

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
À LR, des alertes jamais vraiment prises au sérieux
L’affaire Damien Abad concerne d’abord la majorité d’Emmanuel Macron qui l’a promu ministre. Mais elle interpelle aussi son ancien parti, Les Républicains, alors que plusieurs élus affirment avoir été alertés de longue date.
par Lénaïg Bredoux et Ilyes Ramdani
Journal — Politique
Le « parachutage », révélateur des dilemmes de la représentation
Les élections législatives fourmillent de cas de « parachutages ». Volontiers dénoncés, sont-ils si choquants ? La pratique, parfois assumée, n’a pas toujours été mal vue par le passé. Si elle reste sulfureuse, c’est à cause des failles de la représentation dont elle est le symptôme. 
par Fabien Escalona et Ilyes Ramdani
Journal — International
Au Pakistan, la température frôle les 50 °C et accable les plus pauvres
Classé en 8e position parmi les pays les plus à risques face au changement climatique, le Pakistan vient de subir une vague de chaleur quasi inédite. D’Islamabad à Karachi, des millions de personnes ont fait leur possible pour assurer le quotidien dans des conditions extrêmement difficiles.
par Marc Tamat
Journal — Écologie
Planification écologique : un gouvernement à trous
Emmanuel Macron avait promis, pendant l’entre-deux-tours, un grand tournant écologique. Si une première ministre a été nommée pour mettre en œuvre une « planification écologique et énergétique », le nouvel organigramme fait apparaître de gros trous et quelques pedigrees étonnants.
par Mickaël Correia, Jade Lindgaard et Amélie Poinssot

La sélection du Club

Billet de blog
L'espace public, un concept « vide » ?
Comme le souligne Thierry Paquot dès l’introduction de son ouvrage, « l’espace public est un singulier dont le pluriel – les espaces publics – ne lui correspond pas. » Alors que le premier désigne grossièrement la scène du débat politique, les seconds renvoient à une multiplicité de lieux (rues, places, jardins, etc.) accessibles à tous et la plupart du temps relevant d’une propriété collective.
par Samuel PELRAS
Billet de blog
L’Âge de pierre, de terre ou de raison ?
Le monde du BTP doit se réinventer d’urgence. Les récents événements internationaux ont révélé une nouvelle fois son inadaptation face aux crises de l’énergie et des matières premières. Construire avec des matériaux locaux et peu énergivores devient une évidence de plus en plus difficile à ignorer pour ce secteur si peu enclin au changement.
par Les Grands Moyens
Billet de blog
Raphaël Boutin Kuhlmann : « Les coopératives locales portent l'intérêt général »
Parti s’installer dans la Drôme en 2016, où il a fondé la coopérative foncière « Villages Vivants », Raphaël Boutin Kuhlmann est devenu une figure des nouvelles manières de faire territoire. Dans cet entretien, il revient sur la nécessité de penser autrement l’intérêt général et sur les espoirs qu’il place, face aux crises contemporaines, dans l’innovation et le lien dans les villages.
par Archipel des Alizées
Billet de blog
Quartier libre des Lentillères : construire et défendre la Zone d’Ecologies Communale
« Si nous nous positionnons aux côtés des Lentillères et de la ZEC, c’est pour ce qu’elles augurent de vraies bifurcations, loin des récits biaisés d’une transformation urbaine encore incapable de s’émanciper des logiques délétères de croissance, d’extractivisme et de marchandisation. » Des architectes, urbanistes, batisseurs, batisseuses publient une tribune de soutien aux habitants et habitantes du Quartier libre des Lentillères à Dijon.
par Défendre.Habiter