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Billet de blog 5 déc. 2021

La grève générale est à l'ordre du jour- Enjeux historiques de la situation

Partout, nous devons mettre à l'ordre du jour la grève, les grèves, la lutte et le soutien aux grèves générales aux Antilles. Une victoire de leur part serait une victoire pour nous tous mais inversement une défaite sera aussi une défaite de nous tous. C'est le moment de partir en grève, de débrayer, de manifester.

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par Jacques Chastaing

La tension sociale devient progressivement de plus en plus explosive au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans la durée avec la grève générale aux Antilles, 21e jour en Guadeloupe, 14e en Martinique et un nombre équivalent de journées de soulèvement populaire à Saint Martin.

En même temps, la situation reste toujours tendue en Guyane et pourrait le devenir rapidement en Kanaky-Nouvelle Calédonie sans oublier Wallis et Futuna où une grève de la fonction publique territoriale paralyse l'île depuis une dizaine de jours.

Dans ces conditions, le moindre incident peut mettre le feu aux poudres.

Le gouvernement mène démonstrativement outre-mer une violente répression avec GIGN, RAID, blindés, hélicoptères, armes de guerre, renforts de gendarmerie et déjà 64 condamnations. Mais malgré cela, la forte résistance de la population guère impressionnée ne faiblit pas, en particulier celle des jeunes. Dans ces conditions, un incident fortuit – rappelons-nous la soudaineté des 87 morts de la grève générale de 1967 en Guadeloupe - peut à tout moment précipiter un embrasement de la lutte et son extension à l'Hexagone.

Un succès aux Antilles serait évidemment un succès important dans l'Hexagone.

UN SUCCES AUX ANTILLES SERAIT UN SUCCES DANS L'HEXAGONE

Mais même sans aller jusque là, la seule détermination et le courage des antillais peut redonner force et espoir aux classes populaires d'ici tandis qu'un excès de répression pourrait unifier toutes les colères dans l'Hexagone. Ce ne seraient pas que Macron et son gouvernement qui seraient en difficulté mais tout le système d'exploitation et d'oppression car la situation sociale n'en est pas moins très chaude ici et potentiellement explosive aussi. N'oublions pas que cela fait quatre mois, depuis le discours de combat de Macron du 12 juillet, que les classes populaires des Antilles, de Kanaky-Nouvelle Calédonie mais aussi de l'Hexagone se battent sans discontinuer, d'une manière ou d'une autre, sur un sujet ou une autre, et que c'est le même combat qui n'a pas encore trouvé son unité.

A tout moment aujourd'hui aussi dans l'Hexagone, le nombre très important de luttes actuelles mais très émiettées, peut se cristalliser en un mouvement qui se généralise à toute vitesse. Cela peut ne pas arriver mais cela peut arriver aussi à tout instant et sans prévenir. Et c'est parce qu'elles sont bien conscientes des possibilités d'embrasement général, que les directions syndicales de l'Hexagone qui montrent clairement dans ces situations tendues leur intégration au système... ne font strictement rien pour soutenir la lutte aux Antilles et encore moins pour tenter de généraliser leur lutte ici.

Par contre, ce n'est pas le cas de leurs militants de base.

Les journées syndicales nationales d'action continuent à être quasi quotidiennes dans tous les secteurs et sur tous les sujets que ce soit pour la défense de l'hôpital public, des retraites, des chômeurs ou de telle ou telle profession pouvant par un succès de mobilisation soudain, redonner confiance aux exploités dans leurs forces et l'envie d'aller plus loin. Cette multiplication de ces journées dispersées au point où il n'y a quasiment plus assez de jours dans le mois pour arriver à y caser une journée d'action qui ne soit pas au même moment que les autres, traduit à la fois la volonté des directions syndicales de disperser la vapeur montante mais aussi la volonté de lutte de la base. Une volonté qui continue à progresser et qu'on peut aussi mesurer aux multiples grèves notamment sur les salaires, qui durent depuis plusieurs semaines et qui tendent à s'amplifier avec la progression de la hausse des prix et dont les puissants et leurs médias affichent en permanence leur crainte qu'elles puissent à tout moment se généraliser.

On le voit à l'inquiétude de la presse qui s'inquiète par exemple du conflit des éboueurs qui redémarre à Marseille tandis qu'il continue à Toulouse et qui pourrait être facteur de cristallisation/généralisation des luttes dans la fonction publique territoriale ou encore du conflit pour les salaires qui a commencé cette semaine sur un site Enedis, puis quatre de la région parisienne et deux sites gaziers et qui devrait s'étendre encore la semaine prochaine. Ça se voit à l'énervement de la même presse quand aux conflits pour les salaires/conditions de travail qui ne cessent pas dans les transports urbains, qui s'arrêtent certes mais pour mieux reprendre ensuite et qui tendent par la-même à faire une sorte de vague qui dure depuis trois mois et a touché plus de 70 villes. Un phénomène de durée et continuation/arrêt/reprise qui tend à toucher d'autres secteurs. Ainsi le mouvement régulier de grèves des bibliothécaires contre le pass sanitaire qui sans être spectaculaire dure pour certaines depuis 3 mois. C'est aussi la grève à la Sécurité Sociale pour les salaires et les effectifs qui a lieu tous les mardis. Ce sont les grèves dans la grande distribution qui sont incessantes, chez Leroy Merlin, Décathlon, Carrefour, Amazon, Séphora... Et puis encore les grèves qui ne cessent pas vraiment, s'arrêtent mais reprennent chez les sages-femmes, les animateurs, les assistants d'Education, les ambulanciers, les infirmiers anesthésistes, les agents des urgences, le social et médico-social, la défense des hôpitaux publics mais aussi les cheminots qui font une grève nationale et repartent en grèves locales, et puis bien sûr toutes les luttes contre les licenciements et les fermetures d'entreprises et notamment celle des TUI et PPG qui tentent de les unifier.

A tout cela, il faut ajouter un fond général et permanent de mobilisation.

Celui tous les samedis des Gilets Jaunes contre la hausse des prix mais aussi en semaine avec ce samedi 4 décembre environ 65 rond-points occupés ou péages libérés, ce qui n'est pas rien. Et puis, toujours ce 4 décembre, le 21e samedi de manifestations hebdomadaires contre le pass sanitaire, qui même si elles ont fortement baissé en participation font partie d'un bruit de fond extrêmement important à l'échelle de toute l'Europe qui ne s'arrête pas. Et c'est le même bruit de fond général qui s'exprime partout contre la répression, les violences et les crimes policiers, avec des protestations importantes en souvenir de Zineb Redouane encore ce samedi à Marseille, puis ce 5 décembre contre la menace fasciste au travers d'une manifestation contre un meeting de Zemmour dans la région parisienne.

Depuis deux week-end déjà, ce trop plein de contestations se traduit par quatre ou cinq manifestations parallèles les samedis mais aussi parfois qui se rejoignent.

Ça pousse très fort en bas et inversement, toutes les forces institutionnelles sont arc-boutées pour empêcher que ça craque, pour maintenir les divisions, les corporatismes, les racismes, les nationalismes....

On sent bien que la possibilité d'un embrasement généralisé peut à tout moment partir de n'importe quel conflit ou de n'importe quel incident fortuit. Pour le moment, la situation est donc dans cette attente, entre deux, sans qu' elle ne penche ni du côté de la généralisation ni du reflux. Mais ça ne durera pas.

C'est pourquoi il nous faut pousser à tout prix aujourd'hui.

INERTIES, VIELLES HABITUDES, INCOMPREHENSION DE CE QUI EST EN JEU

La grève générale ne se décide pas en appuyant sur un bouton. Elle advient, ou pas, indépendamment des volontés. Par contre, nous pouvons contribuer à en créer le climat, nous y préparer et préparer les esprits comme les outils organisationnels pour qu'elle gagne.

Partout, nous devons mettre à l'ordre du jour la grève, les grèves, la lutte et le soutien aux grèves générales aux Antilles. Une victoire de leur part serait une victoire pour nous tous mais inversement une défaite sera aussi une défaite de nous tous. C'est le moment de partir en grève, de débrayer, de manifester. Pour des petites ou des grandes choses. La situation nous est favorable parce que le gouvernement a peur, le grand patronat a peur. Ils peuvent céder. Le nombre de succès partiels aujourd'hui le montrent. Et chaque succès partiel est un encouragement pour d'autres à s'y mettre. C'est aussi le moment de prendre l'initiative d'une rencontre de toutes les organisations syndicales, politiques, associatives, culturelles qui voudraient appeler à un rassemblement de soutien aux antillais. C'est à travers cela, la possibilité de construire l'équivalent du LKP antillais, une porte ouverte à des capacités unitaires de mobilisation inégalées et à l'outil pour gagner sans laisser la grève générale dans les mains de directions syndicales nationales qui ne veulent ni d'elle ni de son succès.

Pour cela, il y a encore trop d'inerties, de vieilles habitudes, certains ayant la tête dans la campagne de préparation du bon candidat aux présidentielles, d'autres dans la préparation de telle ou telle solution électorale citoyenne ou abstentionniste... On peut faire les deux ? Visiblement non, au vu de l'absence de mobilisation autour des grèves, les faire connaître, leur nombre, leurs évolutions, et de la grève générale aux Antilles (comme d'ailleurs du référendum en Kanaky-Nouvelle Calédonie). Pourtant le résultat de l'élection présidentielle et le déroulement de l'élection elle-même dépendront entièrement du succès ou non du mouvement social aujourd'hui. C'est aujourd'hui, dans la lutte que se joue l'élection présidentielle et notre avenir pour les années à venir.

Alors cessons de dire du bout des lèvre « soutien aux Antillais » alors que nos préoccupations réelles et profondes et notre activité essentielle est de préparer l'élection présidentielle d'une manière ou d'une autre. Cette attitude défaitiste de renoncement à se saisir de la situation sociale actuelle serait la garantie de l'échec tout à la fois dans la lutte sociale et dans la phase électorale. C'est du crétinisme électoral, la maladie des pays riches.

Cela signifie au fond que nous n'avons pas compris ce qui se joue aux Antilles mais aussi en Kanaky-Nouvelle Calédonie d'une autre manière. Ce que comprend très bien par contre Macron et l'impérialisme français.

Depuis des semaines nous savons que tous les moyens seront utilisés pour empêcher le succès de la grève générale aux Antilles comme l'indépendance en Kanaky-Nouvelle-Calédonie.

Aux Antilles, ce sont les efforts démonstratifs et quasi publicitaires de renforts policiers et de moyens militaires, le refus de négocier du ministre envoyé là-bas y affichant par contre tout son mépris raciste. En Kanaky-Nouvelle Calédonie, c'est aussi l'intimidation par des moyens militaires supplémentaires, ajoutés là à une propagande de la peur en cas de succès du référendum en maintenant un choix unilatéral de la date du référendum contre l'avis de l'ensemble des organisations du peuple kanak, particulièrement touché par la pandémie et en pleine période de deuil, pour que l'impérialisme le gagne.

Cependant, les manifestations de soutien dans l'Hexagone sont rares malgré les appels des antillais et kanaks au peuple de France.

Des déclarations platoniques de soutien pour les Antilles mais aucun appel, aucun rassemblement et même pas de participation aux manifestations des antillais de France qui ont eu lieu sur l'Hexagone. Pour la Kanaky-Nouvelle Calédonie, un appel de solidarité des quelques centaines de signataires, quelques tribunes de presse et quelques rassemblements de rue mais le plus souvent confidentiels. Autant dire que la mobilisation a été faible et les appels des organisations du peuple kanak et antillais sont eux-mêmes peu relayés, même par des militants pourtant mobilisés sur d'autres sujets sociaux, antiracistes, des droits humains ou des présidentielles.

Nous n'avons pas compris ce qui se joue là-bas.

C'EST LA DOMINATION DE L'IMPERIALISME FRANCAIS QUI EST EN JEU

C'est à deux niveaux.

D'abord, un succès de la grève générale aux Antilles serait un succès dans l'Hexagone, nous l'avons vu plus haut, car il fonctionnerait comme un exemple de ce qui est possbile de faire et de comment le faire. Un exemple du succès de la grève générale face à l'impuissance totale de la tactique des directions syndicales hexagonales de l'émiettement des luttes. Il montrerait que l'outil pour gagner, un Front Social, un LKP guadeloupéen regroupant en un seul front tous ceux qui veulent le succès de la lutte, est à notre portée aujourd'hui. Ce serait aussi un exemple que nous avons les ressources en nous pour gagner dans la rue et cela par delà les solutions toujours piégées des élections représentatives.

Et puis encore et surtout peut-être, il y aurait l'exemple du succès d'un soulèvement au coeur des lieux où se forgent l'idéologie et la pratique coloniale qu'on retrouve ensuite dans les quartiers puis dans les violences contre les Gilets Jaunes et finalement contre tous ceux qui veulent redresser la tête. Ces succès remettraient en cause le racisme et la xénophobie qui sont tellement essentielles à la domination des classes riches.

Enfin, que serait le capitalisme français, à l'échelle mondiale, sans ses dernières colonies du Pacifique, des Caraïbes, de l'Océan indien qui font de la France, par le domaine maritime que cette domination lui octroie sur tous les Océans, la deuxième puissance maritime mondiale ? Que deviendrait également le capitalisme français sans le domaine réservé des anciennes colonies d'Afrique, les nombreuses interventions militaire de la France et les ventes d'armes que cela lui permet, s'il subissait des défaites majeures aux Antilles ou en Kanaky-Nouvelle Calédonie ?

Le silence sur la révolution en cours au Soudan, aux confins du monde arabo-africain, qui est en train d 'ébranler toute l'Afrique de l'Est et au delà, la domination française sur le continent avec les révoltes au Burkina Faso ou au Mali est de la même nature que la violence de l'impérialisme français aux Antilles et en Kanaky-Nouvelle Calédonie.

Voilà ce qui se joue outre-mer.

Nous n'avons plus tellement de temps devant nous avant que la situation ne bascule.

Ne ratons pas l'occasion.

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