Un bon petit krach pour en éviter un autre bien plus mauvais

Le point de vue d'un conseil en investissement...

6 Février 2018 - Agora

Les marchés actions montaient à cause de la multiplication du crédit en raison des taux bas et pas du tout parce que les entreprises cotées faisaient des affaires florissantes. Même Janet Yellen s'en était aperçu.

Moins d'argent frelaté et voilà que la richesse bidon s'envole. Depuis que les taux longs remontaient, à La Chronique, Bill Bonner et moi-même, nous vous avions bien prévenu de ce qui allait se produire, cher lecteur.

Et pourquoi remontaient-ils ? Parce que le débit d'argent frelaté injecté dans le système monétaire et financier diminuait.

Une des mesures de la quantité de fausse monnaie à l'œuvre se fait en additionnant les "actifs des banques centrales" ou encore les "bilans des banques centrales".


La vraie raison de la chute

Je vous rappelle le principe de cette manipulation conduisant à de la fausse monnaie : un banquier central rachète une créance pourrie d'une banque zombie ou d'une grosse entreprise zombie (des entités trop grosses pour faire faillite et ce n'est pas ce qui manque). Le banquier central l'inscrit à son bilan en tant qu'actif (même si tout le monde sait que cette créance ne sera jamais remboursée). Le zombie reçoit du cash en échange ce qui lui permet de marquer son insolvabilité et de continuer à survivre.

Mais voilà : 22 misérables petits milliards en moins pour les zombies et tout s'écroule !

Comme un soufflé que vous retirez du four et qui se dégonfle car les petites bulles d'air contenues dans les oeufs battus en neige ne sont plus chauffées et ne peuvent plus soutenir la préparation...

Ne croyez pas que Janet Yellen ne connaisse pas sa cuisine monétaire. Elle sait très bien que si on sort le soufflé du four, il se déballonne.

Elle avait même prévenu.

"La valorisation des actifs est historiquement forte [...] les vulnérabilités du secteur financier sont modérées alors que le système bancaire est bien capitalisé."

Janet Yellen, 28 novembre 2017

Ne vous y trompez pas : Janet Yellen susurait en langue de bois de banquier central que les actions pouvaient chuter sans gros bobos.

Ce qui serait grave, ce serait la chute des obligations souveraines. Là, ce serait une blessure mortelle car tout le système monétaire et financier de l'argent frelaté repose sur ces titres d'Etat. La nouvelle norme est que l'or ou le cash ne doivent plus exister. L'actif refuge par excellence est la dette d'un pays et rien d'autre. Vous n'avez plus le droit de choisir de ne pas investir. Vous devez être investi et le zéro risque est la dette d'Etat.

Ces derniers temps, les obligations souveraines chutaient et notamment les bons du Trésor américain. Normal, puisque les banquiers centraux en rachètent moins et qu'en plus le gouvernement Trump, très dépensier, doit en émettre beaucoup. Plus d'offre, moins de demande, vous connaissez la musique...

Donc cher lecteur, un bon petit krach sur les actions, ce n'est pas mauvais du point de vue de la Fed.

Car les investisseurs institutionnels (qui sont obligés d'investir votre argent) vont se dégager pour acheter... des métaux précieux ? Du cash ?... Non ! Des obligations souveraines américaines.

Et hop, voilà comment le krach obligataire (le seul vraiment grave) pourrait être évité.

Pour le moment, ça marche !

Voici l'évolution récente du rendement 10 ans américain :

Evolution du rendement 10 ans américain

Nous étions à 2,85%. Et là aussi, nous vous avions prévenu, cher lecteur : 3% c'est la limite inacceptable qui, si elle était touchée, ferait s'effondrer la pyramide de dettes (et les zombies qui en dépendent).

Hop, nous voilà revenus à 2,75%.

Les esclaves de la dette sont retournés au bercail et ont acheté des bons du Trésor.

Pour le moment, tout va bien... Le krach actions empêche le krach obligataire.

Mais si jamais les fuyards se tournaient vers l'or ou d'autre actifs tangibles ? S'ils décidaient de s'affranchir de la dette ?

Alors, il faudrait passer aux choses vraiment sérieuses. Un jubilé, par exemple...

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