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Billet de blog 6 nov. 2018

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Novembre 1918: la République des soviets d’Alsace-Lorraine

Encore un exemple du récit national écrit par la bourgeoisie et ses serviteurs. Je ne savais pas, et vous non plus, en dehors sans doute des Genossen de la région, que en Alsace-Lorraine, une République des soviets est proclamée du 10 novembre au 22 novembre 1918, date de l'aggression des hordes de l'Etat français au service du capital.

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7 nov 2018 -  par Nicolas Maury

C'est une page d'histoire assez méconnue en France. Pourtant de janvier 1918 à mai 1919, l'Allemagne connait des grèves insurrectionnelles, des mutineries, la révolte spartakiste de Berlin et d'éphémères Républiques des soviets rapidement réprimées par des forces coalisées allant des sociaux démocrates à ceux qui seront le bras armés des nazis quelques années plus tard (les corps francs). En Alsace-Lorraine, une République des soviets est proclamée du 10 novembre au 22 novembre 1918 (date de l'entrée des troupes françaises dans cette région)

Avant la signature de l'armistice du 11 novembre 1918 qui met fin à la Première Guerre mondiale, les principales villes d'Alsace-Lorraine connaissent une agitation politique forte. Des Soviets d'ouvriers et de soldats (Soldaten- und Arbeiterräte) sur le modèle russe se forment à Mulhouse le 9 novembre, puis à Strasbourg, Colmar et ensuite Metz à partir du 10. 
La Révolution allemande 
Dans l'Empire Allemande la processus est identique. Les Mutineries des marins de la Hochseeflotte (flotte militaire de Haute mer) et des ouvriers de Kiel le 5 novembre 1918 lance une insurrection régionale qui aboutira à l'abdication du Kaiser Guillaume II et marquent le début de la Révolution allemande de 1918-1919. 
Les Soviets de soldats des différents secteurs de Kiel formèrent un Haut-Conseil regroupant les délégués de toutes les unités. Cette insurrection soviétique gagna d'autres villes portuaires de l'Allemagne, puis même les grands centres ouvriers de la Ruhr et de Bavière (avec une Bayerische Räterepublik ou Münchner Räterepublik et une seconde République des soviets sera proclamée le 7 avril 1919 et écrasée militairement le 3 mai 1919). 
Le 6 novembre, tout le nord-ouest de l'Allemagne s'organise et crée des Soviets ouvriers ; 
Le 7 novembre, Kurt Eisner (SPD) proclame la république des soviets en Bavière ; 
Le 8 novembre, la révolution gagne la Saxe, la Hesse, La Franconie et le Wurtemberg, poussant les princes à l'abdication ; 
Le 9 novembre, le Kaiser Guillaume II abdique, la "première République de Weimar" depuis le balcon du Reichstag par Philipp Scheidemann (SPD) et Karl Liebknecht proclame en parallèle la "République Libre Socialiste". Ce même jour, le Soviet de Strasbourg proclame la "Republik Elsaß-Lothringen". 
La révolte des spartakistes sera réprimée dans le sang par le ministre de la Reichswehr, Gustav Noske (SPD). Les sociaux-démocrates s’appuieront sur les Corps francs (des unités paramilitaires) qui serviront de base à la constitution du parti Nazi. Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg seront victimes de cette répression des sociaux-démocrates.

15.000 marins et ouvriers d'Alsace et de Lorraine rentrent de Kiel et propagent les idées révolutionnaires dans cette partie occidentale de l'Empire Allemand. Des milliers de Strasbourgeois vont lancer une insurrection contre la garnison de la ville et créer un soviet de soldats et d’ouvriers. Les murs de la ville sont couverts d’affiches qui proclament : "Nous n’avons rien de commun avec les États capitalistes, notre mot d’ordre est : ni Allemands ni Français ni neutres. Le drapeau rouge a triomphé". Le 13 novembre le drapeau rouge flotte sur la cathédrale de Strasbourg. 
Durant la même semaine, le Soviet ouvrier et militaire de Metz prend forme, et rejoint celui de Strasbourg, Colmar, et autres. Du 10 au 20 novembre, un comité révolutionnaire de 13 membres (élu par les Soviets d'ouvriers et de soldats) siège au Palais de Justice de Strasbourg. Il est dirigé par le syndicaliste Rebholz. Cet exécutif des conseils crée la liberté d'expression, permet l'augmentation des salaires, l'amélioration des conditions de travail, et la libération des prisonniers politiques. 
La bourgeoise s'organise pour bloquer l'insurrection ouvrière en Alsace 
En même temps, "un Conseil national (Nationalrat) d'Alsace-Lorraine" est constitué sous l'impulsion des notables fait appel aux troupes françaises pour qu’elles mettent fin au soviet. Un slogan court les quartiers bourgeois : "Plutôt français que rouges !". Les socialistes, traîtres parmi les traîtres, proclament "la République Française" par Jacques Peirotes (SPD), élu maire de Strasbourg devant la statue du général Kléber. 
Ce même Jacques Peirotes fait appel au Grand Quartier Général français et demande aux généraux de "hâter leur entrée à Strasbourg, la domination des rouges menaçant de prendre une fin tragique". 
Les troupes françaises entrent en Alsace-Lorraine à partir du 17 novembre et sont accueillies par la bourgeoisie triomphalement. La première décision du commandement militaire français est l’abrogation des décrets des soviets et la dissolution de ces derniers. 
Les autorités françaises mirent en place une politique d'épuration et de fichage des populations. 112 000 résidents alsaciens et lorrains, décrétés "Allemands" ou insuffisamment francophiles seront expulsés. 
La République française s'emparait ainsi de l'Alsace-Lorraine.

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