Inde: le soulèvement paysan appelle à la désobéissance civile le 8 mai

Chaque jour une évidence s'impose: le gouvernement Modi a fait faillite et doit partir, comme les milliardaires le font déjà avec leurs jets privés.

par Jacques Chastaing

Tout s'écroule dans le pays face au covid qui fait rage, les services de santé s'effondrent après leur sabotage pendant des décennies par les gouvernements successifs et le dernier coup de poignard de Modi, le gouvernement en faillite visible dans chaque bûcher de cadavres aux coins des rues ne fait rien sinon essayer de sauver la face dans les journaux à sa solde, il est même incapable de faire parvenir l'aide internationale qui stagne dans les aéroports depuis une semaine, les riches ont fui en jets privés, les parents aisés pensent à envoyer leurs enfants à l'étranger, les différents Etats prennent des mesures contradictoires, il ne reste que le courage, le dévouement, l'immense solidarité individuelle des indiens face au désastre avec les ONG, les associations, et, au milieu du désastre, comme colonne vertébrale de l'avenir du pays, le soulèvement paysan.

Les principales organisations paysannes du Pendjab appellent à une journée de désobéissance civile dans l'Etat du Pendjab le 8 mai afin d'en faire un exemple de ce qui serait possible de faire à l'échelle de tout le pays et de défendre cette idée devant l'Assemblé Générale nationale ouvrier-paysans qui doit se tenir le 10 mai pour décider de la stratégie à venir.

L'Etat du Pendjab (dirigé par le parti du Congrès qui est pour un confinement généralisé) comme celui de l'Haryana (dirigé par le BJP) ont décidé le confinement comme différentes villes (Delhi) et régions ou autres Etats, le Kérala par exemple.

Mais si le confinement pourrait se justifier dans le Kerala (dirigé par les communistes) où l'Etat a fait d'immenses efforts en matière de santé, d'infrastructures médicales, de vaccinations et vient en complément de ces efforts, ce n'est pas du tout le cas en Haryana ou Pendjab.

Les paysans du Pendjab disent qu'ils ne veulent pas du confinement - qui pourrait s'étendre au pays - mais qu'ils veulent de meilleurs soins de santé, des hôpitaux, des lits, des respirateurs, de l'oxygène, des médicaments du personnel.

En effet, depuis mars 2020, ces Etats n'ont jamais combattu l'épidémie. Et le gouvernement central s'est servi d'elle au travers du confinement pour casser le mouvement social du moment - Shaheen Bagh - et faire passer toutes ses lois anti-paysannes, anti-ouvrières, anti-démocratiques et commencer ou continuer à détruire tous les services publics.

Le confinement n'a jamais été une mesure de protection sanitaire en Inde mais d'une part une politique de camouflage du désastre sanitaire pour que les gens ne meurent pas visiblement devant les hôpitaux mais meurent chez eux en silence et invisibles sans soins, ni aides, ni médicaments car l'Inde, bien que la pharmacie industrielle du monde, est aussi un désert médical et d'autre part une politique policière pour restreindre toutes les libertés et les possibilités de s'exprimer, circuler, manifester et protester contre le gouvernement.

Déjà, aujourd'hui, le gouvernement et l'Etat de l'Uttar Pradesh dirigé par le BJP, interdisent sur les réseaux sociaux sur la situation sanitaire et sanctionnent jusqu'à la prison des gens qui demandent de l'aide ou de l'oxygène pour leur famille, car le gouvernement veut cacher qu'il y a pénurie de tout.

Et si le confinement n'a déjà aucun sens de protection sanitaire dans des appartements exigus et surpeuplés, dans les bidonvilles où vit un quart environ de la population indienne, la plupart du temps sans eau, hygiène ou électricité, c'est d'une absurdité totale et criminelle.

De plus, le confinement signifie que les travailleurs "migrants" issus de la campagne et qui, vivent de petits boulots en ville, perdent leur travail et leurs revenus et doivent repartir par dizaines de millions dans leurs campagnes, dans des moyens de transports bondés, y attrapant le virus s'ils ne l'ont pas déjà, puis le colportant dans tout le pays.

Alors, face aux autorités du Pendjab et de l'Haryana qui demandaient aux paysans de cesser leur mobilisation au nom de la lutte contre le virus, les paysans ont demandé des masques, des lits, de l'oxygène, des respirateurs, des tests, des vaccins... mais les autorités ont refusé.

Comprenant bien que le confinement était avant tout une mesure policière destinée entre autres à les empêcher d'agir et d'aller par dizaines de milliers renforcer les campements de Delhi, les paysans du Pendjab ont alors déclaré : "Le contrôle du COVID-19 est entre nos mains, mais si l'agriculture passe entre les mains des entreprises, cette pandémie sera pire que le covid et aucun vaccin ne fonctionnera, alors luttons pour nos droits jusqu'à ce que nous gagnions."

Et c'est pour ça qu'ils appellent à manifester partout dans le Pendjab le 8 mai et appellent également les petits commerçants et artisans qui protestent déjà par eux-mêmes à ouvrier leurs boutiques malgré les interdictions.

En fait, contrairement au dernier épisode de l'épidémie en mars 2020, où la peur régnait, aujourd'hui, malgré l'ampleur encore plus grande des désastres provoqués par le covid, c'est un autre sentiment qui domine, celui créé par cette ambiance de faillite gouvernementale, de chaos et de responsabilité de Modi dans cette banqueroute ; Modi et le gouvernement sont perçus comme plus dangereux que le virus. Et c'est aussi ce qu'ont dit les résultats des scrutins électoraux de ces derniers jours où le BJP a pris une claque, du Bengale occidental à l'Uttar Pradesh.

Le 8 mai au Pendjab est un test.

Ce n'est pas une simple protestation. C'est un pas, si celui-ci est compris et réussi, vers une prise en main de l'autorité sur le pays par les paysans et leurs soutiens, d'abord la concrétisation d'une politique et morale pour aller vers ensuite une prise de contrôle concrète et grandissante du pays entier par son peuple, par ses classes populaires. C'est probablement ce qui sera discuté le 10 mai.

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Un paysan veille dans un des campements de Delhi ; bidonville en Inde ; saccage violent par la police au nom d'une prétendue politique sanitaire des étals sur charrettes des travailleurs migrants qui vendent des fruits et légumes dans les rues de villes : protestation de commerçants soutenus par les paysans contre la fermeture d'autorité de leurs petits commerces par la police à Mandi Nihal Singh Wala dans le Pendjab ; paysans au campement de Tikri à Delhi au 159e jour de blocage de Delhi

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En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

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