Contre le SNU -Feuilles Antarctiques

Si l’année dernière l’étape en caserne s’était déroulée en pleine canicule, donnant lieu à de nombreux évanouissements, cette année, le SNU va devoir s’accorder avec la pandémie de SARS-CoV-2. Mais hors de question pour les macronards de l’annuler pour autant. On ne perd pas aussi facilement l’occasion d’endoctriner et abrutir une génération d’adolescents !

La première de ces « Feuilles Antarctiques » concerne le Service national universel (SNU) et son refus.

L’ensemble des documents proposés est édité dans le pdf qui peut être téléchargé ici

Cette semaine, pour inaugurer la première des Feuilles Antarctiques des Fleurs Arctiques, nous vous proposons de nous intéresser d’un peu plus près au SNU(Service National Universel).

Promesse de Macron depuis la campagne présidentielle de 2017, soutenue par toute la classe politique, de gauche à droite, le SNU a bien commencé à se mettre en place. L’année dernière déjà, des enfants entre la troisième et la seconde ont suivi cette nouvelle forme du service militaire. Jusqu’à son statut obligatoire prévu pour 2022 pour les 400 000 enfants de cette classe d’âge, le SNU est pour l’instant « sur la base du volontariat ». C’est-à-dire sur la base de la pression familiale, publicitaire et scolaire qui incite à se porter volontaire pour profiter de cette occasion pour voyager, apprendre à devenir un bon citoyen, à respecter la nation, l’armée et les couleurs du drapeau. Bref, ce discours promotionnel plein de patriotisme et de sens du devoir envers la nation devrait déjà faire réagir n’importe quelle personne qui s’intéresse un tant soit peu aux questions antimilitaristes et antiautoritaires. Le SNU, encore donc en phase de test, est nouveau pour beaucoup, mais la question du refus du service militaire elle, ne date pas d’hier. C’est l’occasion de se replonger dans toutes les questions qui ont traversées le siècle dernier, la désertion, la mutinerie organisée, ou encore plus récemment l’objection de conscience et l’insoumission. Si l’année dernière l’étape en caserne s’était déroulée en pleine période de canicule, donnant lieu à de nombreux évanouissements et malaises, cette année, le SNU va devoir s’accorder avec la pandémie de SARS-CoV-2 en cours. Mais hors de question pour Gabriel Attal, chargé de la mise en place du SNU, de l’annuler pour autant. On ne perd pas aussi facilement l’occasion d’endoctriner une génération d’adolescents !

Pour le moment, ce qui semble s’organiser pour cette prochaine phase de test prévue pour concerner plusieurs dizaines de milliers de « volontaires », c’est l’inversion des périodes de service civique et d’entrainement militaire, afin de mettre à exécution un des objectifs du SNU : mettre à disposition du gouvernement toute une population de jeunes gens entraînée et dévouée pendant une situation de crise. Une armée de réserve jeune et dynamique, en quelque sorte, qui ici mettrai ses membres au pas de charge face au nouveau coronavirus, dans les hôpitaux, pour des dépistages à domicile, pour la nation ! Avec un peu de chance, leur seront distribués des petits masques bleus-blancs-rouges « SNU »… Une chose est sûre, un des objectifs du SNU sera aussi de mettre au pas et à la discipline tout une génération, de « tenir les jeunes », cette population incertaine et imprévisible dont sont partis les mouvements les plus offensifs de ces 20 dernières années. L’ordre, l’apprentissage des bonnes manières et la tenue sont les objectif principaux de ce service militaire moderne, mélangés à l’apprentissage des premiers secours et à des cours de code de la route. Tout semble être mis en œuvre pour que ces objectifs soient atteints, même si cela doit faire prendre des risques sanitaires évident à toute une partie de la population.

Nous vous proposons donc quelques textes autour de cette question, que nous avons déjà abordée à la bibliothèque à l’occasion de discussions, projections et permanences. Ils ont été écrits avant que l’épidémie ne commence à se propager et il faut donc comprendre que les informations sur le prochain cycle du SNU ne sont pas forcément à jour. Aussi, les textes proposés ici ne sont pas tous les textes cri-tiques du SNU, il en existe évidemment bien plus même si, pour l’instant, le SNUest un sujet assez peu abordé par le milieu anti-autoritaire. Nous attendons vos retours et vos réflexions à la lecture de ces textes. Et si vous en connaissez d’autres intéressants sur cette question, n’hésitez pas à nous les faire parvenir !

Pour commencer, il serait possible de relire les deux appels à discussions sur le SNU, le premier appelé Contre le service militaire 2.0, contre l’encasernement, pour l’insoumission. Le suivant, Objection, insoumission et anti-militarisme qui appelait plus largement à réfléchir sur les luttes antimilitaristes et les moyens collectifs et individuels de se soustraire aux services militaires des an-nées passées. Si l’on souhaite se replonger dans les écrits anarchistes des siècles précédents, il est toujours intéressant de relire Dieu et l’État de Michel Bakounine, que nous avions pu lire en groupe de lecture au début de l’existence de la bibliothèque. Et si vous le connaissez déjà par coeur, relisez au moins le chapitre « La nouvelle Eglise : l’Ecole », qui réfléchit à la question de ce qu’est l’école, l’éducation, et son lien avec l’État. Si Bakounine s’intéressait à cette institution nouvelle qu’était alors l’école publique, gratuite et obligatoire, tout en réfléchissant à des questions bien plus intemporelles, on pourrait aussi s’interroger sur les transformations récentes de l’école en France.

Si l’école s’adapte toujours aux besoins du capitalisme en terme de mains d’oeuvre notamment, l’école d’aujourd’hui n’est plus le lieu où l’on forme les ouvriers qualifiés mais plutôt où l’on cherche à faire des travailleurs qui ont ou non des « compétences », notion désormais centrale dans la rhétorique de l’Education Nationale ces dernières années. Pour approfondir cette idée, on pourra notamment lire L’école est un piège, une chausse-trappe à enfants, écrit pour nourrir la discussion du 29 mars 2016, appelée « Identité, pédagogie, racisme et école de la République », proposée à l’ancienne bibliothèque anarchiste La Discordia. Il serait aussi intéressant de lire les différents textes que l’on peut trouver dans la rubrique « Contre le SNU, contre l’État » sur le site Non Fides. On y trouvera par exemple quelques affiches détournées de l’armée, à lire, imprimer et coller à volonté. On peut aussi y retrouver quelques noms d’associations qui , par un partenariat officiel et public avec l’État, travaillent à la mise en place du SNU.Dans cette liste (Croix Rouge Française, Animafac, Croix Blanche, UCPA, etc..), on y retrouve aussi des noms cé-lèbres dans la collaboration étatiques pour la gestion des prisons ou des CRA. Dans le numéro 0 du zine La Sinse, sorti en décembre dernier, on retrouve la liste de ces associations, accompagnée d’une petite réflexion sur La militarisation de nos vies. On pourrait aussi lire le tract intitulé Refusons le SNU !, écrit par Des passagers-clandestins-d’une-socié-té-à-l’amélioration-et-à-la-générosi-té-de-laquelle-ils-ont-renoncé, et qui a été distribué à l’occasion des manifestations de ces derniers mois pour la réforme des retraites. Enfin, il serait dommage de rater les deux textes sur le SNU dans le numéro 2 du journal De Passage. L’un écrit par les Jeunes Libertaires de Toulouse appelé sobrement Contre le SNU !. L’autre écrit par De Passage et publié sous le titre « La gâchette et l’acné », avec le sous-titre « Le SNU considéré comme un arbre et les dispositifs Armée – Jeunesse comme une forêt », réfléchit au lien historique entre la jeunesse et l’armée. Ces deux textes sont disponibles à la deuxième page du numéro 2 du journal.

En complément de ces propositions de lecture, on pourra écouter l’émission de radio Des cailloux dans l’engrenage du mercredi 20 mai, dédiée spécialement au SNU : Non au service national universel (à 16 ans), émission initialement prévue pendant le confinement. Elle se propose d’analyser cette nouvelle forme d’embrigadement militarisant et la manière dont elle s’adaptera à la pandémie en cours. Le son est accessible sur le site de l’émission ou directement ici. Pour terminer, et pour réfléchir plus largement aux questions de l’enfance, de la famille, de l’enfermement, de l’aliénation par l’école et l’armée, on vous recommande le film The Wall que nous avons déjà projeté il y a deux ans.

N’hésitez pas à nous faire des retours sur ces propositions ou à nous en faire d’autres complémentaires.

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