Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

10597 Billets

0 Édition

Billet de blog 7 sept. 2021

Pakistan: regain de tension sociale et politique -Jacques Chastaing

L'opposition laïque, à nouveau réunifiée comme il y a 6 mois, a appelé après le succès massif d'un premier rassemblement fin août, à 30 rassemblements de ce type d'ici la fin de l'année, appelant "le peuple à se lever et à faire la révolution" afin "d'enterrer le gouvernement par une marée de manifestants qui prendraient d'assaut Islamabad".

Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Comme à l'hiver 2020 et au printemps 2021, de nouvelles grèves et manifestations ouvrières traversent le Pakistan accompagnées de soulèvements régionaux notamment des Pachtounes tandis que l'opposition laïque a nouveau réunifiée comme il y a 6 mois, a appelé après le succès massif d'un premier rassemblement fin août, à 30 rassemblements de ce type d'ici la fin de l'année, appelant "le peuple à se lever et à faire la révolution" afin "d'enterrer le gouvernement par une marée de manifestants qui prendraient d'assaut Islamabad".

C'est le même discours qu'il y a 6 mois avec également un appel à la révolution et une marche sur Islamabad pour chasser le pouvoir de ses palais. Une politique qui avait été suivie avec enthousiasme par des marées humaines pleines d'espoir mais qui avait été stoppée par l'éclatement de l'opposition unifiée du fait de sordides querelles électorales en mars 2021 entre les différents partis.

On ne sait pas ce qu'il en sera en cette fin d'année. Ce qui est sûr c'est que le peuple pakistanais - loin des clichés de fanatiques religieux que les médias occidentaux aiment montrer de lui - a témoigné sa grande disponibilité pour cette politique révolutionnaire contre la dictature religieuse et militaire en répondant fin août à nouveau massivement et de manière historique à l'appel au rassemblement de l'opposition unifiée.

Pour le moment, les grèves les plus massives sont surtout celles des enseignants contre la privatisation de l'école en particulier dans la région d'influence des Taliban. Mais peut-être de manière plus démonstrative, c'est la grève fin août dans les banlieues industrielles de Korangi et Landhi à Karachi pour l'application du salaire minimum et son augmentation qui doit retenir l'attention. D'abord elle a gagné en obtenant une augmentation du salaire minimum, mais surtout elle a entraîné dans la même lutte des ouvriers des usines de General Tyres, Opal Laboratories, Adam Jee Engineering, IIL, Merit Packaging, Atlas Engineering, Denim Clothing, Suzuki Motors, Feroze Textiles, Aspin Pharma (Johnson et Johnson), Phoenix Arms, Artistic Millennial, Opel Industries, Honda... et les a réunis dans une manifestation commune d'un millier d'ouvriers le 28 aout malgré les menaces et l'intervention violente de la police.

C'est important pour l'avenir parce que les initiateurs de cette lutte, organisés dans un comité indépendant, ont affiché leur intention de faire que cette lutte serve d'exemple pour le pays en commençant par les autres zones industrielles de Karachi. Le Pakistan est une poudrière parce que ces usines sont de véritables prisons quasi sans droits où les capitalistes ont profité du covid pour encore intensifier leurs attaques contre les travailleurs et où donc maintenant plus guère de travailleurs ont un emploi permanent, la plupart étant devenus des journaliers embauchés par des intermédiaires sous-traitants de main-d'œuvre avec pour surveiller les ouvriers un développement important de "syndicats" patronaux.

Pour arriver à cette lutte commune, il a fallu que les travailleurs non seulement surmontent les conditions féroces d'exploitation et la soumission qu'entraîne la surveillance policière à laquelle ils sont soumis au travail comme en dehors tout en surmontant également toutes sortes de préjugés qui les divisent, imposés par les classes dirigeantes – divisions de religion, de caste, de langue et d'ethnie.

Espérons qu'avec une telle volonté et un tel courage, parce qu'il en faut pour manifester et faire grève au Pakistan, les travailleurs de la ville ou de la campagne sauront construire leurs propres organisations indépendantes pour ne pas dépendre des politiciens bourgeois et aller jusqu'au bout du programme de "révolution" affiché par ces derniers.

En complément tous les jours la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation! 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Économie
« Tout augmente, sauf nos salaires »
Des cortèges de travailleurs, de retraités et de lycéens ont défilé jeudi, jour de grève interprofessionnelle, avec le même mot d’ordre : l’augmentation générale des salaires et des pensions. Les syndicats ont recensé plus de 170 rassemblements. Reportage à Paris.
par James Gregoire et Khedidja Zerouali
Journal — Écologie
En finir avec le « pouvoir d’achat »
Face aux dérèglements climatiques, la capacité d’acheter des biens et des services est-elle encore un pouvoir ? Les pensées de la « subsistance » esquissent des pistes pour que le combat contre les inégalités et les violences du capitalisme ne se retourne pas contre le vivant. 
par Jade Lindgaard
Journal — Politique économique
L’inflation relance le débat sur l’augmentation des salaires
Avec le retour de l’inflation, un spectre resurgit dans la sphère économique : la « boucle prix-salaires », qui serait synonyme de chaos. Mais ce récit ancré dans une lecture faussée des années 1970 passe à côté des enjeux et de la réalité.
par Romaric Godin
Journal
La grande colère des salariés d’EDF face à l’État
Ulcérés par la décision du gouvernement de faire payer à EDF la flambée des prix de l’électricité, plus de 42 % des salariés du groupe public ont suivi la grève de ce 26 janvier lancée par l’intersyndicale. Beaucoup redoutent que cette nouvelle attaque ne soit que les prémices d’un démantèlement du groupe, après l’élection présidentielle.
par Martine Orange

La sélection du Club

Billet de blog
Traverser la ville à pieds, être une femme. 2022
Je rentrais vendredi soir après avoir passé la soirée dehors, j'étais loin de chez moi mais j'ai eu envie de marcher, profiter de Paris et de ces quartiers où je me trouvais et dans lesquels je n'ai pas souvent l'occasion de passer. Heureusement qu'on m'a rappelé, tout le trajet, que j'étais une femme. Ce serait dommage que je l'oublie.
par Corentine Tutin
Billet de blog
« Je ne vois pas les sexes » ou la fausse naïveté bien-pensante
Grand défenseur de la division sexuée dans son livre, Emmanuel Todd affirme pourtant sur le plateau de France 5, « ne pas voir les sexes ». Après nous avoir assuré que nous devions rester à notre place de femelle Sapiens durant 400 (longues) pages, celui-ci affirme tout à coup être aveugle à la distinction des sexes lorsque des féministes le confrontent à sa misogynie…
par Léane Alestra
Billet de blog
Les crimes masculinistes (12-12)
Depuis une dizaine d'années, les crimes masculinistes augmentent de manière considérable. Cette évolution est principalement provoquée par une meilleure diffusion - et une meilleure réception - des théories MGTOW, mais surtout à l'émergence de la communauté des incels, ces deux courants radicalisant le discours misogyne de la manosphère.
par Marcuss
Billet de blog
En Afghanistan, on décapite impunément les droits des femmes
Les Talibans viennent d’édicter l’interdiction de toute visibilité du visage féminin dans l’aire urbaine, même celle des mannequins exposés dans les commerces. Cette mesure augure mal pour l’avenir des droits de la population féminine, d’autant qu’elle accompagne l’évacuation forcée des femmes de l’espace public comme des institutions, établissements universitaires et scolaires de l’Afghanistan.
par Carol Mann