Catalunya info en continu : la résistance aux diktats du gouvernement central

Nous reviendrons demain sur le projet des grandes banques ayant leur siège à Barcelone de le déplacer  à l'extérieur de la Catalogne. Le gouvernement de Madrid, de son côté, en rajoute, dans ce qui devient aussi une guerre financière et économique, en disant préparer un décret permettant la sortie en urgence, hors de Catalogne, des entreprises qui le souhaitent.

5.10.17 - NPA 34

Nous reportons à demain samedi le traitement de l'annonce du transfert des sièges sociaux de certaines banques ou entreprises hors de Catalogne. Pour info brève en attendant: Caixabank déplace son siège social à Valencia. Elle est la deuxième banque de la région pour les parts de marché qu'elle y détient. La part qu'occupe la Catalogne dans l'activité de cette banque s'élève à 17,6%. La Banque Sabadell a, quant à elle, décidé de transférer son siège social à Alicante et l'entreprise Gas Natural à Madrid. 

 

La position de la CUP (Candidature d'Unité Populaire)


Il s'agit d'un parti anticapitaliste et indépendantiste qui forme le bloc politique pour l'indépendance catalane avec la coalition Junts pel Sí (Ensemble pour le oui), qui regroupe essentiellement le parti du président de la Généralité (PDeCAT, Parti Démocrate Européen Catalan, droite libérale) et les sociaux-démocrates républicains indépendantistes de l'ERC et qui est appuyée par les deux grandes associations indépendantistes l'ANC (Assemblée Nationale Catalane) et Omnium Culturel. Junts pel Sí compte 62 députés sur un total de 135 et a besoin des dix élus de la CUP pour avoir la majorité parlementaire.

Extraits de l'entrevue accordée par la députée Mireia Boya à Mediapart et publiée ce jour.

"D’abord, je veux dire que ce n’est pas une déclaration unilatérale [d'indépendance] : il y a déjà eu un référendum, les gens ont voté. Nous ne faisons qu’exécuter le résultat de ce vote. C’est donc une déclaration d’indépendance."

"[Malgré l'interdiction, par le Tribunal Constitutionnel, de tenir la session du parlement catalan prévue pour lundi prochain] nous travaillons sur un scénario de déclaration d’indépendance, ce lundi, qui puisse y compris s’accompagner de déchéances de droits pour les élus, même d’arrestations. Nous assumons ce risque."  

"Après la déclaration d’indépendance, entrera en vigueur la loi « sur la période de transition juridique servant à fonder la République » [déjà adoptée en septembre, avant la tenue du référendum, qui prépare le terrain à l'élection d'une constituante – ndlr]." 

"La loi sur la période de transition précise que le processus constituant doit commencer entre six et huit mois après la déclaration d’indépendance."

"Avant la déclaration de l’indépendance de lundi, il n’y a pas de médiation possible. Parce que l’État espagnol n’en voudra pas. Il faudra une médiation, oui, après la déclaration d’indépendance, pour procéder à la répartition des actifs et des passifs, par exemple [pour le partage de la dette, etc. – ndlr]. On a besoin d’un médiateur. Mais à quatre jours de la déclaration, il n’y a pas de médiation possible. De toute façon, il n’y en a jamais eu depuis sept ans."

"La grève générale du 3 octobre a montré que les gens n’avaient pas peur de sortir à nouveau dans la rue, pour dénoncer la violence et exiger le respect des droits de l’homme élémentaires. Nous espérons donc que les gens vont de nouveau se mobiliser à l'occasion de la plénière de lundi, que nous, parlementaires, ne serons pas seuls, et que toute cette force populaire sera à nos côtés lundi." 

"Ada Colau, la maire de Barcelone [qui défend le droit à un référendum avec des garanties, dénonce les violences policières, mais ne soutient pas pour autant la stratégie du gouvernement régional vers l’indépendance ] a choisi une position médiane entre les deux camps, qui m’attriste. Elle a noué, pour gouverner la mairie de Barcelone, un pacte de gouvernement avec les socialistes du PSC, qui sont opposés à ce processus d’indépendance. Elle ne peut donc pas prendre parti de manière claire." L'intégralité, réservée aux abonné-es, de l'entrevue sur le site de Mediapart 

 L'ANC et la CUP préparent pour lundi des chaînes humaines dans les rues et la grève générale reconductible

 

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La pièce maîtresse de cette stratégie de l'ANC, de l'Omnium Culturel et de la CUP : les CDR, les comités de défense du référendum (il ne devrait échapper à personne la coïncidence que les CDR soient aussi le sigle des comités de défense de la révolution cubaine, tout comme l'ajout de l'étoile blanche sur triangle bleu au drapeau sang et or de la Catalogne est inspiré du drapeau cubain). La CUP est très présente dans ces CDR, cela s'est vu lors de la grève générale de mardi dernier où ils se sont transformés en "comités de popularisation de la grève". Une  attention particulière sera portée par les CDR à la paralysie progressive du port et de l'aéroport de Barcelone tandis qu'il revient au gouvernement catalan, selon une source de la CUP, de peser, en comptant sur l'appui de la police catalane, pour paralyser les administrations, les télécommunications, les transports, les infrastructures et les services de base.

 

Avertissement. Cette note est une reprise de données d'un article ouvertement hostile au processus national catalan et il n'est donc pas entièrement fiable. Cela dit, il s'agitd'un site dont on peut dire que les partis pris idéologiques, par ailleurs relativement pluriels tout en étant à prédominance libérale, sont assez clairement identifiables et décrochables des données factuelles. Source : ANC y CUP preparan cordones humanos en las calles y huelga general indefinida

 

 

L'objectif est de contrecarrer par la mobilisation dans la rue l'application prévisible de l'article 155 de la constitution espagnole par lequel la région autonome de Catalogne passerait totalement sous contrôle de l'Etat central et le parlement catalan serait de fait suspendu.

 

Détail significatif : la Généralité a fourni à tous les policiers  catalans exerçant en civil des uniformes.

 

Il est prévu que les membres du gouvernement restent dans leur bureau dans l'attente éventuelle d'en être expulsés, voire arrêtés.

 

La consigne a été donnée de ne pas descendre dans la rue la veille, dimanche, jour où les partisans du dialogue sont appelés à manifester à Barcelone. 

La mobilisation catalane ébranle le "régime de 78"

 

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Quand des acteurs du mouvement actuel en Catalogne disent vouloir déstabiliser le "régime de 78", ils font référence au mode monarchique parlementaire qui a donné sa forme à la démocratie espagnole à travers le référendum constitutionnel de 1978. Issu d'un compromis politique entre l'opposition de gauche (PS et PC) et une fraction moderniste du franquisme, le processus de transition qui a pris appui sur ce référendum a permis à cette fraction d'imposer l'amnistie accordée aux criminels franquistes et unestructure étatique préservant le pouvoir économique et social des élites capitalistes du franquisme. Toutes choses qui ont établi une paix sociale, largement financée par les aides européennes, que la crise de 2008 a fait voler en éclat et que le mouvement des Indigné-es de 2011 a contribué à délégitimer. Depuis, le régime, déstabilisé sur ses deux piliers politiques fonctionnant en alternance, le PP et le PSOE, a réactivé les procédures répressives laissées relativement en sommeil durant le cycle économique précédent. La répression  policière du référendum catalan du 1er octobre constitue un saut qualitatif dans les réponses liberticides apportées aux contestations du système etmet au grand jour et désormais en avant ce que la démocratie espagnole, longtemps considérée comme un modèle, recèle dans ses tréfonds, des ressorts de la violence préconstitutionnelle connectés à cette dictature passée dont il avait été convenu que l'on ne romprait pas vraiment avec elle, en tout cas pas intégralement. Cette "démocratie antidémocratique" espagnole est au demeurant un modèle qui s'offre aux autres gouvernements européens désireux de prévenir toute réplique populaire à leurs politiques austéritaires. Par où l'on comprend les raisons profondes du soutien que ces gouvernements apportent à Madrid pour mater le défi catalan.

Le temps des manoeuvres

 

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Cette journée a apporté son lot de tension avec l'annonce par le Tribunal Constitutionnel (TC) qu'il interdisait la séance du Parlement catalan prévue lundi prochain où officiellement le président de la Généralité devait présenter les résultats du référendum de dimanche dernier mais où, selon toute probabilité, allait être votée la DUI (Déclaration Unilatérale d'Indépendance). Il est à noter que cette interdiction est la conséquence de la saisine du TC par le Parti Socialiste Catalan (PSC) pour la négation des droits des député-es qu'induirait le libellé de la convocation à cette séance du Parlement. L'exposé des motifs du recours des socialistes se base en fait sur la "radicale" atteinte à la Constitution et au Statut d'Autonomie qu'induirait une DUI. Il fait référence aussi au non respect, par le texte convoquant le Parlement, des résolutions par lesquelles le Tribunal Constitutionnel suspendait les lois votées par ledit parlement pour la tenue du référendum, en particulier celle qui faisait de cette consultation l'amorce du passage à la forme République de l'Etat indépendant. Synthèse de El Tribunal Constitucional prohíbe el pleno del Parlament del lunes (eldiario.es) 

Ce que la presse espagnole voit comme une possibilité de débloquer la situation est venu d'une proposition faite par le porte-parole parlementaire de la coalition catalane, constituée autour de Podemos, Catalunya Sí Que es Pot (CSQP, La Catalogne, oui c'est possible). Elle repose sur une manoeuvre réglementaire par laquelle les parlementaires de CSQP sollicitent la comparution du président de la Généralité sans faire aucune référence aux textes de lois invalidés par le TC, sans donc mentionner que la DUI est à l'ordre du jour. Il suffirait que l'honorable président, comme il est de tradition de l'appeler, laisse entendre que, s'il reste décidé à proclamer l'indépendance, cette proclamation n'aura pas lieu à cette session du parlement catalan ! L'annonce par le PP que, dans ces conditions, il participerait à ladite session indique que la manoeuvre a fonctionné. Mais comment dit-on en catalan "reculer pour mieux sauter" ? (lire Coscubiela sortea al TC y pide la comparecencia de Puigdemont sin mencionar la declaración unilateral - eldiario.es)

On peut néanmoins considérer que tout ceci participe, avec la caution des parties parmi les plus opposées de la gauche sur le sujet (le PSC et Podemos), d'une même volonté par les "institutionnels" de reprendre la main au détriment de la dynamique "de rue" qui a été le facteur essentiel pour gagner le défi du référendum. En clair, combinée à toute une série d'appels, dans le camp catalaniste, à ne pas presser le pas vers la DUI et de déclarations sur la nécessité d'une médiation de l'Union Européenne en faveur d'une sortie négociée du conflit (démarche qui a, dans l'immédiat, reçu une fin de non recevoir tant de l'UE que du gouvernement de Madrid), se dessine, loin d'une légitime affirmation de la volonté d'aller, en contournant au mieux les menaces, vers un vote parlementaire de la DUI, une stratégie d'affaiblissement et d'usure rapide de la résolution populaire àgarder le cap de l'indépendance sur le mode de la proclamation unilatérale. 

Si évidemment le risque d'une confrontation violente avec l'Etat central est réel et si, tout aussi évidemment, il y a à définir la stratégie appropriée pour réduire, autant que faire se peut, les coûts politiques et humains, il reste que ce qui est en train de se mettre en place dans le jeu de rôle des gauches institutionnelles travaille objectivementà développer l'attentisme général des acteurs de terrain, à ralentir, pour l'instrumentaliser, le processus en cours (un processus national qui, par la grève générale de mardi dernier s'est enrichi des prémices, certes encore bien incertains, d'une dynamique sociale "ouvrière"). 

Il est à ce titre intéressant que nous retrouvions le même schéma qui a été à l'origine de l'avènement de la démocratie par Transition dans les années 70 : un chantage au recours à la violence (n'oublions pas que le chef de la police catalane et les deux responsables des puissantes associations indépendantistes l'ANC et Òmnium sont convoqués demain par les juges sous l'accusation de favoriser la "sédition" avec la menace, collatérale à cette accusation, de condamnations à 15 années d'emprisonnement !). A l'époque il s'agissait du chantage à la violence de l'armée franquiste restée intouchée, aujourd'hui, c'est celui de corps répressifs de l'Etat démocratique (y compris, pour l'instant en réserve, l'armée) qui, on vient de le voir, gardent des pouvoirs d'agression antipopulaire, clairement nourris à des pratiques "franquistes" qui avaient seulement été mises en sourdine en période d'hégémonie politique des élites et qui sont réactivées par les temps actuels de crise (2008, 2011 et aujourd'hui). Céder à ce schéma du chantage et donc du recours à la "modération" en 2017, comme il avait été fait dans les années 70, serait signer la chronique d'une défaite annoncée. Il importe donc d'impulser sur le terrain, comme y contribuent la CUP et les autres anticapitalistes, tout ce qui peut permettre, avec toute la souplesse tactique requise par une situation des plus complexes, de faire que ce qui se passe au Parlement catalan reste soumis, comme cela est le cas jusqu'à ce jour, à la dynamique de mobilisation extraparlementaire qui a rendu possible l'impensable : l'élargissement de la base populaire des idées d'indépendance et de proclamation de la république catalane. Avec l'onde de choc qui pourrait en résulter dans le reste de l'Etat espagnol, voire en Europe, y compris hors logique d'un mouvement national, par la démonstration qu'il est possible d'imposer un rapport de force, de mettre fin au cycle des défaites et de commencer à jeter les bases d'une contestation radicale du système d'exploitation et d'oppression qui est l'ordinaire du capitalisme. Rien n'est gagné, loin de là, mais, sinon tout, plus est possible qu'il n'a été fait jusqu'ici depuis si longtemps ! L'espoir en Europe se dit aujourd'hui esperança.


Mercredi 4 octobre

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- Au nom de la démocratie, éloignez-vous de l'urne

- Dis-moi, et si on montait aussi dessus ? 

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Quelques titres de tribunes après le discours du roi

Le roi antiémeutes 
El rey antidisturbios 

Daech revendique le discours du roi  
El ISIS reivindica el discurso del rey 

Delenda est Monarchia (parodie d'une phrase célèbre du romain Caton l'Ancien, pendant les guerres puniques, Carthago delenda est, c'est-à-dire Carthage doit être détruite)   
Delenda est Monarchia

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