Inde: de nouveaux parlements du peuple avec les intouchables comme leur centre

"Les mahapanchayats sont les nouveaux parlements du peuple et les intouchables seront a leur centre ". Ce sont les paroles de Rakesh Tikait au mahapanchayat de Hapur dans l'Uttar Pradesh où les Intouchables et les musulmans étaient nombreux

Par Jacques Chastaing

Avec la démocratie directe des mahapanchayats dans le cadre du soulèvement, les structures d'un nouveau pouvoir sont en train de se mettre en place, le pouvoir des plus pauvres qui conteste avec de plus en plus de puissance le pouvoir des riches, celui de Modi, aussi les tensions grandissent, le printemps et l'été pourraient être très chauds.

Au meeting de la coordination paysans-ouvriers-étudiants-enseignants du Pendjab d'hier, les syndicats des employés d'Etat et des contractuels d'Etat ont annoncé que des milliers de fonctionnaires titulaires ou non arriveraient ensemble le 11 avril pour les campements des portes de Delhi afin de prendre le relai des paysans qui doivent revenir chez eux pour les récoltes.

Ainsi la coordination paysans-ouvriers se met concrètement en place.

Par ailleurs, les manifestations paysannes se multiplient dans le pays, hier à Sikar, Jhunjhunu, Udaipur dans le Rajasthan, à Satna dans le Madhya Pradesh, à Hyderabad dans le Telangana, à Patna (Masaurhi), Muzaffarpur, Bhojpur, Nalanda, Vaishali et Darbhanga dans le Bihar, à Jalaun, Agra dans l'Uttar Pradesh, à Rewari et Palwal dans Haryana et très nombreuses dans le Pendjab avec en plus des mahapanchayats dans le Bengale Occidental et l'Himachal Pradesh.

De son côté, face à cette marée montante qu'il n'arrive pas à arrêter, le pouvoir est en train de tenter une nouvelle opération du type de celle qu'il avait mené en mars 2020 face au premier mouvement général contre les discriminations religieuses qui de proche en proche avait entraîné toute la population de décembre 2019 à mars 2020 pour des revendications multiples et en leur centre, dégager Modi avec une grève générale le 8 janvier 2020 de 250 millions de personnes.

N'arrivant pas à arrêter le mouvement, Modi s'était alors appuyé sur la crainte du covid, le couvre-feu, la fermeture des transports, des entreprises, une répression policière féroce autour de ça et le renvoi chez eux de dizaines de millions de travailleurs migrants (des indiens qui travaillent dans un autre Etat que celui dont ils sont originaires), les chassant des villes où ils avaient du travail pour les expédier dans leurs villages d'origine.

En déclenchant un chaos total, Modi avait réussi à stopper le mouvement social.

Or aujourd'hui, tout d'un coup, c'est à nouveau le rétablissement du couvre-feu au prétexte d'une remontée du covid, le renvoi chez eux de millions de travailleurs "migrants", une répression féroce contre ceux qui ne respectent pas le couvre-feu, ne mettent pas de masques, etc... et bien sûr, contre ceux qui manifestent, se réunissent, avec en plus la possibilité d'un report des votes (puisque dans les votes en cours dans 5 Etats, le BJP craint une gifle dans les élections, puisqu'après le Pendjab il y a quelques semaines, il vient d'en prendre une monumentale hier aux municipales de l'Etat de l'Himachal Pradesh)... cela justement au moment où les paysans rentrent chez eux pour les récoltes.

Dans l'Haryana par exemple, le gouvernement BJP vient de décider aussi qu'il pourrait saisir les propriétés de ceux qui manifestent et a interdit les simples discussions (!) avec les paysans soulevés. En réponse à cela, le soulèvement paysan a réitéré aujourd'hui qu'il interdirait toute vie sociale aux responsables du BJP de l'Haryana dont il a listé les noms rendus publics pour que les paysans et leurs soutiens puissent leur interdire toute activité ou déplacement, à commencer par le 1er ministre, tout en avertissant qu'il allongerait la liste des "bannis" au fil des malversations .

Le soulèvement paysan a bien compris la manœuvre générale en cours, et a averti aujourd'hui le gouvernement qu'il ne pourrait pas recommencer ce qu'il a fait au printemps 2020, et qu'il pourrait au contraire récolter une tempête encore plus forte.

Par ailleurs, hier et aujourd'hui, le soulèvement paysan a organisé trois énormes mahapanchayats dans le Bengale Nord (où il y a des élections), à Dinajpur Nord, Dinajpur Sud et Malda avec notamment une ancienne dirigeante du mouvent paysan au Bengale en 2007 qui avait gagné et entraîné l'effondrement du parti au pouvoir à ce moment, Medha Patekar, en expliquant qu'il ne menait pas de campagne politique pour tel ou tel parti mais qu'il appelait à ne pas voter pour le BJP car une défaite du BJP serait un succès pour les paysans et un succès pour tout le monde.

Enfin, dans les Etats proches du Myanmar, les manifestations continuent, contre le meurtre d'un étudiant par l'armée indienne et hier les étudiants ont bloqué tout l'Etat du Manipur (tenu par le BJP) pour protester contre l'arrestation de Trois étudiants.

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Mahapanchayat à Batala dans le Pendjab ; premier mahapanchayat dans l'Himachal Pradesh. Peut-être de 10 000 à 20 000 participants pour un Etat de 7 millions d'habitants, si on compare à la France cela ferait une AG décisionnelle de 100 000 à 200 000 participants ; mahapanchayat à Malda dans le Bengale Nord ; Rakesh Tikait en marche vers le mahapanchayat de Dallits (intouchables) et musulmans à Hapur dans l'Utar Pradesh ; manifestation dans l'Etat du Manipur contre le meurtre d'un étudiant tué par l'armée

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

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