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Billet de blog 8 sept. 2021

Talibans, attentats, misère : bilan de vingt ans de guerre impérialiste !

Les talibans sont entrés à Kaboul vingt ans après en avoir été chassés, ramenant avec eux l'annonce  d’une dictature islamiste dont le souvenir a provoqué la fuite désespérée de milliers de femmes et d’hommes vers l'aéroport, certains tentant de monter au péril de leur vie dans des avions occidentaux. Solidarité avec les peuples d'Afghanistan !

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Source: A & R

Cette nouvelle défaite historique, militaire et politique de l'impérialisme états-unien, après vingt ans de guerre menée au nom « de la liberté » et contre « le terrorisme », va se traduire dans l'immédiat par encore plus de violence et d'oppression pour la très grande majorité de la population afghane. L'attentat revendiqué par une organisation proche de l’État islamique et qui a fait une centaine de morts à l’aéroport de Kaboul durant les derniers jours d'évacuation des soldats, en est la preuve tragique. L’occupation n’a pas permis de mettre fin au terrorisme, au contraire c’est même elle qui aura fait prospérer de nombreux groupes qui se sont affichés comme les premiers opposants aux occupants. 

Les racines lointaines du retour des talibans

Pour justifier le départ des troupes, le président Biden a expliqué que cela avait coûté trop cher : 1 000 milliards de dollars... et les vies de 3 500 soldats occidentaux sacrifiées en vain. Mais surtout il faut ajouter au bilan de cette défaite 240 000 morts afghans, 5 millions de déplacés dans le pays, 3 millions de réfugiés à l’étranger !

La situation actuelle et l’essor des talibans ont des racines dans la guerre engagée en 1979 par l’URSS en Afghanistan, guerre qui s'est soldée par une débâcle soviétique en 1989. Les États-Unis ne s’étaient alors pas privés d’encourager et d’armer des groupes de rebelles islamistes. Si ce sont les talibans qui ont pris le pouvoir en 1996, c’est qu’ils étaient devenus la seule force quelque peu centralisée, par le biais des écoles religieuses où ils avaient recruté avec l’aide directe des services secrets pakistanais, et en sous-main celle des USA.

Aujourd’hui, le peuple afghan fait face au même genre de scénario : après vingt ans de guerre et de chaos, engendrés cette fois par les USA et leurs alliés dont la France qui a maintenu des troupes en Afghanistan jusqu’en 2014, c’est avec les talibans, lors de discussions très officielles à Doha, au Qatar, que le gouvernement de Trump a négocié le retrait des troupes… et leur retour au pouvoir. 

C’est donc une sacrée escroquerie de la part de Biden que de venir aujourd’hui pleurer devant le monde entier sur l’échec des États-Unis à apporter la démocratie aux Afghans et aux Afghanes. Aider les talibans à revenir au pouvoir, c'est tout ce qu'ils auront réussi ! Et avec le soutien, entre autres, de l'État français. Un État français qui mène encore aujourd’hui le même type de guerre au Sahel pour la sauvegarde de ses intérêts stratégiques et économiques, notamment ceux liés à l'industrie et à l'armement nucléaires.

Accueil inconditionnel des réfugiés afghans, régularisation de tous les sans-papiers !

La France qui fut présente militairement pendant 13 ans en Afghanistan porte une lourde responsabilité dans la situation actuelle. C'est donc révoltant que Macron évoque d'abord en parlant de l'Afghanistan les « flux migratoires » face auxquels il faudrait « se protéger » : un discours emprunté à l’extrême droite, qui souffle sur les braises du racisme et vise à transformer en menace des réfugiés cherchant à fuir la guerre et la misère. Alors que des milliers de personnes étaient évacuées dans le chaos ces dernières semaines, l'Office français de « protection » des réfugiés et apatrides (Ofpra), évoque déjà un durcissement prochain des conditions d’accueil des exilés afghans, et une accélération des expulsions ! Les réfugiés afghans déjà présents en France, quant à eux, sont accueillis par la police avec la même « bienveillance » que les autres migrants : à coups de lacrymos, de couvertures confisquées et de tentes déchirées. 

La mise en scène de l’accueil de quelques dizaines d’exilés afghans ne fait guère illusion : les frontières doivent être ouvertes, l’accueil doit être inconditionnel et la traque aux réfugiés déjà présents sur le territoire doit cesser. Solidarité avec les peuples d’Afghanistan ! De l’air, ouvrez les frontières ! Participons ici à tous les rassemblements et manifestations portant cette exigence fondamentale de solidarité internationaliste. Et apportons aussi notre solidarité de classe, au moins de cœur et d'esprit, à toutes celles et ceux qui en Afghanistan même ont déjà commencé à manifester  contre le régime des talibans !

En complément tous les jours la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation! 

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