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Billet de blog 9 sept. 2021

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Inde: soulèvement veut condamnation pour meurtre des violences policières a Karnal

Après le succès et les décisions de la convention nationale paysanne (et ouvrière) des 26 et 27 août qui a décidé de faire tomber Modi et de détruire l'influence des gros capitalistes sur le pays, le gouvernement n'a pas su faire autre chose que d'accroitre la répression policière.

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Source: Jacques Chastaing

Le gouvernement BJP de Modi ne sait plus quoi faire pour tenter d'arrêter la vague du soulèvement paysan et de ses soutiens qui ne cesse de grossir et mûrir. Aussi après le succès et les décisions de la convention nationale paysanne (et ouvrière) des 26 et 27 août qui a décidé de faire tomber Modi et de détruire l'influence des gros capitalistes sur le pays, le gouvernement n'a pas su faire autre chose que d'accroitre la répression policière.

A Karnal dans l'Etat de l'Haryana, en chassant les paysans d'un péage autoroutier qu'ils occupaient, la police blessait de nombreux paysans et en tuait un après que le chef de la police ait demandé à ses hommes de "casser la tête des paysans".

Les paysans ont exigé que cet individu soit chassé de ses fonctions et poursuivi pour meurtre. Le gouvernement BJP de l'Haryana lui a au contraire accordé une promotion. Les paysans ont donc décidé d'occuper la ville (357 000 habitants) jusqu'à ce que le gouvernement sanctionne ce policier. 200 000 paysans et soutiens ont alors marché sur Karnal, organisant le 7 septembre un mahapanchayat géant (AG de démocratie directe) pour décider ensemble de leur tactique et depuis bloquent le siège des autorités de Karnal, jour et nuit.

De son côté, le gouvernement a mobilisé 40 compagnies de policiers et de paramilitaires avec canons à eau et a coupé internet. Des affrontements on eu lieu, mais les paysans n'ont pas reculé. Ils campent à 25 000 par rotation autour du siège des autorités de Karnal et sont en train d'installer des campements avec l'aide d'ONG qui leur apportent nourriture et boissons, tandis que du côté policier, pour le moment... ces derniers n'ont rien, ni pour camper, ni se nourrir ou boire.

Le bras de fer de Karnal a pris une dimension nationale, des manifestations et rassemblements de soutien aux paysans ayant lieu un peu partout dans le pays. L'enjeu est important parce que jusque là, le gouvernement qui organisait les violences policières avait l'habitude, comme à Karnal, de donner des promotions aux plus violents de ses hommes de main, tout particulièrement ceux qui étaient visés par la colère populaire. S'il cède, il peut perdre le soutien de la police, s'il persiste, il peut provoquer un embrasement du pays.

Car pendant ce temps, l'Inde est de plus en plus fébrile.

Le soulèvement paysan va tenir des réunions dans différents Etats proches de l'Haryana les 9, 10 et 11 septembre pour envisager une aide à ceux de l'Haryana ; il intensifie ses actions en préparation d'un blocage général du pays le 27 septembre et il a décidé d'empêcher les responsables du BJP de tenir leur campagne électorale qui s'ouvre dans l'Uttar Pradesh ( 210 millions d'habitants, cœur du pouvoir national du BJP) en empêchant tous les déplacement des candidats et leaders BJP. Le BJP nationalement et dans l'Uttar Pradesh avait bâti son accession au pouvoir sur les oppositions et violences qu'il avait suscitées entre musulman et hindous en particulier dans la ville de Muzaffarnagar en 2013. Les paysans viennent de tenir symboliquement le 5 septembre un Mahapanchayat de peut-être 500 000 participants -voire plus - justement à Muzaffarnagar montratn leur volonté de combattre ces divisions et ces haines religieuses, tous comme les divisions de castes ou de sexes.

Outre cela, les paysans de la canne à sucre viennent de tenir un combat victorieux au Pendjab dans lequel ils ont - entre autre - bloqué 67 trains. Des soulèvements de Dalit (Intouchables) ont lieu encouragés par la coordination paysanne, pour récupérer des terres. Une grève nationale des employés de chemins de fer se tient le 8 septembre contre la privatisation de ce secteur. Les ouvriers du port de Calcutta ont annoncé une grève illimitée contre la privatisation des ports qu'a amorcé le gouvernement. Les ouvriers de la sidérurgie qui mènent une lutte contre la privatisation depuis deux mois à Visakhapatnam ont organisé une manifestation de 10 Km de long le 29 août et créé une coordination de tous les salariés et citoyens opposés aux privatisations en déclarant qu'ils feraient tomber le gouvernement sur cette question des privatisations. Une grève généralisée de l'important corps des Anganwadis, employées rurales pour l'aide médicale, sanitaire, alimentaire aux enfants, traverse tout le pays depuis des mois pour des augmentations de salaire, faisant céder les Etats les uns derrière les autres. Des enseignants sont en lutte dans différents Etats, des agents de nettoyage également, etc, etc..

Il y a toujours eu beaucoup de luttes en Inde, mais souvent très dispersées, profession par profession, Etat par Etat, avec une journée nationale sans suite par an...

La différence aujourd'hui, c'est qu'une grande partie de représentants de ces luttes étaient présent à la convention nationale des paysans des 26 et 27 août qui réunissait aussi des dizaines et des dizaines d'organisations ouvrières, d'employés, de femmes, d'étudiants, de jeunes, d'enseignants, de Dalits, d'Anganwadis, d'artisans, de pécheurs et bien d'autres, réunis autour du but commun de renverser Modi et de lever la main mise des capitalistes sur le pays, faisant désormais de chaque lutte locale, une marche commune vers une libération de tous.

PHOTOS

Toutes les photos sont de Karnal, avec notamment, un des principaux leaders du soulèvent paysan, Rakesh Tikait, qui dort à même la rue à Karnal avec les paysans qui bloquent le siège de l'administration, sauf la dernière photo sur la grève des anganwadis qui traverse tout le pays

Ici deux photos de plus

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation! 

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