5 Janvier 1968: Dubcek accède au pouvoir en Tchécoslovaquie

Premier article d'une longue série d'articles sur Mai 68, qui s'étendront sur toute cette année. Le jour retenu sera parfois un prétexte, et discutable, mais souvent le moment d'un évènement clé. Vos compléments et commentaires sont plus que bienvenus...

9 Janvier 2018

D'abord, une vue d'ensemble, des années 1968-69, cartographiée, donc nécessairement réductrice, par la publication Alternative Libertaire, en Mai 2008.

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 En France, les militants de gauche suivaient la situation à Prague depuis 1967 ou même 1966. Les militants du PCF, pour l'essentiel, avec appréhension. Ceux de la petite gauche révolutionnaire, notamment trotskiste, qui n'avaient pas oublié les soulèvements de Berlin en 53, ou de Budapest en 56, avec l'espoir d'un renouveau des luttes qui annoncerait une révolution anti-bureaucratique.

En Tchécoslovaquie comme dans d'autres pays du "socialisme réellement existant" (nous traiterons plus tard des luttes antibureaucratiques ailleurs, notamment en Pologne), les dirigeants tentaient de surmonter la crise multiforme du régime par des "réformes". Le Printemps de Prague débute formellement le 5 janvier 1968, avec l'arrivée au pouvoir du dirigeant réformateur Alexander Dubček. Dubček introduit la liberté de la presse, d’expression et de circulation et enclenche une décentralisation de l’économie. 

Le Printemps de Prague se solde par l'invasion des troupes du Pacte de Varsovie, en fait essentiellement russes, dans la nuit du 20 au 21 aout. L'Opération Danube, préparée depuis le 8 avril, mobilise 400 000 soldats, 6 300 chars , appuyés par 800 avions, 2 000 canons, envahissent le pays. À titre de comparaison, l'Allemagne alignait 3580 chars contre l'URSS lors de l'Opération Barbarossa en 1941...

Les manifestations de protestation, pacifiques, sont nombreuses, notamment à Prague. Les manifestants, surtout des étudiants, assiègent les chars. Les forces d'occupation, qui ont l'ordre de réprimer la contestation, font un peu plus d'une centaine de morts et des milliers de blessés dans tout le pays. A l'automne, les ouvriers se mobilisent, mais la répression étouffe le mouvement en janvier 1969. Désespéré, l'étudiant, Jan Palach s'immole par le feu le 16 janvier 1969. Des centaines de milliers de personnes assisteront à ses funérailles. Il deviendra la figure légendaire de la contestation étudiante en Tchécoslovaquie.

L'invasion se poursuit par une période de durcissement politique et idéologique, la « Normalisation ». Les partis communistes finlandais, italien et français dénoncent l’occupation. Le parti italien (PCI) finit par rompre définitivement avec le parti russe, alors que le PCF ne condamna jamais la « normalisation ». Alexander Dubcek, remplacé par Husak, il se vit confier le titre honorifique de présidence de l'Assemblée fédérale avant d'être exclu du Parti en juin 1970 et réduit à des fonction subalternes. Il réapparut lors des manifestations de novembre 1989 et fut élu président du Parlement.

Pour comprendre la dimension du Printemps de Prague, je suggère de lire la brochure publiée en 1970 par la Ligue Communiste

Je propose aussi ce documentaire sur l'histoire du Printemps de Prague et de la Tchécoslovaquie jusqu'à son éclatement, réalisé en 2008. Ce projet avait été impulsé par Pierre Broué, grand historien du XXème siècle, persuadé dès 1968 que ce mouvement constituait le premier opus d'un "printemps des peuples" dont les formes se perpétuent encore aujourd'hui sur tous les rivages de la Méditerranée. Il était persuadé de la dimension modélisante de cette expérience pour comprendre la dynamique des mouvements d'émancipation à l'oeuvre aujourd'hui.

Printemps d'automne © sébastien juy

Pour aller plus loin, un entretien inédit réalisé dans le cadre du tournage du documentaire sur le Printemps de Prague de 1968. Pierre Broué nous invite à considérer sa modernité et ses linéaments dans les mouvements d'émancipation en cours, au delà de la Chute du Mur en 1989.

Le printemps à la table © sébastien juy

Bibliographie rapide

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