Inde: la révolution en marche ! - Jacques Chastaing

100 mahapanchayats à ce jour avec au moins 3 millions de participants et 20 a 30 fois plus environ de personnes qui en relèvent dans 15 Etats. C'est presque 100 millions de personnes, bien plus que le total de la population française qui fonctionne en démocratie directe sous l’autorité du soulèvement populaire.

Le gouvernement semble jouer son va-tout contre le soulèvement paysan qui ne cesse d'étendre son influence et de s'élargir à d'autres catégories sociales. Il veut profiter de la période actuelle des récoltes et du fait que des paysans retournent dans leurs villages, pour tout à la fois lancer une campagne avec le soutien de la presse expliquant que le soulèvement paysan touche à sa fin et en même temps pour lancer une campagne alarmante sur la montée du covid, faisant licencier des millions de travailleurs et interdisant les rassemblements (alors que lui-même est en train d'organiser des meetings de masse sans aucune protection pour les élections dans 5 Etats) pour essayer d'utiliser une éventuelle émotion populaire de peur, et diviser la population, en dressant une partie contre le soulèvement paysan.

Les paysans lui répondent très simplement en substance : "si vous êtes inquiets du Covid et craignez que les rassemblements paysans, aident à la propagation du virus, en vous souciant de la santé des paysans, alors supprimez les lois anti-paysannes et nous rentrerons chez nous. Ce n'est pas plus compliqué que ça".

Mais il y a toutes les chances pour que cette tentative ne marche pas et qu'elle révèle encore plus la crise dans laquelle est entrée le gouvernement qui perd du terrain chaque jour et qui après avoir du suspendre son projet de lois anti-ouvrières sous la menace d'un soulèvement ouvrier, vient de renoncer à augmenter le prix des fertilisants agricoles comme il venait de l'annoncer sur la demande des grands groupes agro-alimentaires, sous la menace de l'extension encore plus rapide de la colère paysanne. Bref, il perd de l'autorité sur un territoire qui s’agrandit de jour en jour et n'est plus capable de décider de quoi que ce soit.

Par ailleurs, pour mesurer l'extension de l'influence du soulèvement paysan, Lakha Sidhana a annoncé son soutien aux paysans avec son organisation de jeunesse. Ce n'est pas rien ! Pour comprendre l'importance de ce ralliement, il faut imaginer une sorte de grand parti issu des jeunes de banlieues pauvres avec à sa tête un ancien gangster converti à la lutte sociale contre l'injustice, à la grande capacité oratoire, qui a une grande influence sur les jeunes de banlieues et qui est un adepte de l'action de rue radicale. En changeant ce qu'il faut changer, c'est une sorte de Malcolm X indien.

Dés cette annonce, la police qui n'ose pas s'attaquer à lui, a fait arrêter son jeune frère qu'elle a battu et abusé sexuellement pour tenter de paralyser le grand frère avec un chantage. En fait, cela pourrait tout au contraire mettre le feu dans les banlieues et bidonvilles des conurbations indiennes - Delhi métropole a 38 millions d'habitants avec un bidonville d'au moins 10 millions- et associer la jeunesse déshéritée des grandes villes au soulèvement paysan.

PHOTOS

Les paysans passent la nuit sur le périphérique Ouest de Delhi qu'ils bloquent et qui bloque la capitale ; réunion au campement de Singhu à une des portes de Delhi avec des responsables de panchayats pour discuter de la stratégie mouvement pour la période à venir ; hier un des meetings paysans sur le périphérique ouest de Delhi ; Lakha Sidhana a annoncé son soutien aux paysans avec son organisation de jeunesse.

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.