Inde: appel à bloquer les sièges des gouverneurs de tous Etats le 26 juin

L'action nationale du 26 juin des paysans donnera une voix nationale et coordonnée à toutes ses colères unifiant tous les émiettements possibles des combats corporatistes ou particuliers en désignant un responsable commun à toutes ses luttes, le gouvernement Modi.

par Jacques Chastaing

L'épidémie de Covid continue à faire ses ravages, et faute de moyens publics, d'hôpitaux, de lits, de respirateurs, d'oxygène, de médicaments, de médecins, de vaccins du fait de la politique criminelle de Modi, chacun doit se se battre pour sa survie, pour celle des membres de sa famille, de ses amis, ses voisins et ses collègues...

Mais cela n'empêche pas les indiens de se battre contre le gouvernement de Modi, qu'ils jugent plus dangereux que le covid. Bien sûr, cela limite l'ampleur des luttes et des mobilisations, puisque même si l'activité économique reprend ici ou là, bien des Etats et secteurs sont encore sous confinement et couvre-feu.

C'est pourquoi, le mouvement paysan cherche des actions qui puissent concilier la colère contre Modi, cette situation de confinement et le respect des règles sanitaires.

Ainsi, le 26 mai, ils ont appelé avec beaucoup d'intelligence les indiens à couvrir le pays de drapeaux noirs pour dénoncer le gouvernement Modi. Et le pays s'est couvert de noir.

Le 5 juin, ils ont monté d'un cran et ont appelé à bloquer les logements des députés et responsables du BJP, le parti au pouvoir, ce qui a été fait quasiment partout, avec le soutien des ouvriers, étudiants, féministes, syndicalistes... montrant là l'influence grandissante des paysans sur toutes les classes populaires du pays et parallèlement le déclin de celle du pouvoir.

Aujourd'hui, ils franchissent encore une nouvelle étape, et ont appelé à bloquer les sièges des gouverneurs (des représentants du pouvoir central au niveau de chaque Etat qui doublent le pouvoir des gouvernements locaux) de tous les Etats. Cela signifie des manifestations moins dispersées que pour les députés et responsables BJP et donc de plus grande importance et dans les grandes villes, dans les capitales d'Etats. Ce n'est pas tout à fait le retour à ce qui se passait avant la seconde vague du covid, mais ça en prend progressivement la direction.

En fait, dans ce contexte d'épidémie dramatique de covid, et certainement plus d'un millions de morts en un mois et demi, mais aussi de grande colère contre Modi, le soulèvement paysan construit sa force pas à pas, mesurant à chaque moment ce qui est possible et ne l'est pas.

La société indienne sort peu à peu de la situation de sidération dans laquelle la catastrophe épidémique l'a plongée et le mouvement paysan accompagne ce sentiment, l'organise et lui donne une dimension nationale coordonnée pour que Modi ne puisse pas s'en sortir comme ça.

Aujourd'hui par exemple, les directions syndicales des banques, après une journée de grève le 25 mars où plus d'un million d'employés de banques publiques avaient fait grève contre les privatisations voulues par Modi, soutenus par les employés des assurances, ont déclaré qu'elles allaient reprendre la lutte contre les privatisations, les syndicats déclarant que les banques doivent appartenir au peuple.

De la même façon, le syndicat ouvrier CITU a appelé à 10 jours d'action du 1er au 10 juin, pour obtenir des moyens médicaux et que pour que tous ceux à qui le confinement a fait perdre son emploi ou ses revenus, puissent toucher des aides pour ne pas mourir de faim ; et le mouvement a été plutôt bien suivi.

Ou encore, hier, les ouvriers des aciéries Vizag - qui jouent un rôle important dans le pays et la lutte contre les privatisations coordonné à celle des paysans - ont annoncé qu'ils allaient reprendre la lutte contre les privatisations fin juin avec trois journées d'action

En même temps de grandes manifestations d'Adivasis (indigènes) ont lieu dans l'Etat de Chhattisgahr contre le vol de leurs forêts par l'armée.

L'action nationale du 26 juin des paysans donnera une voix nationale et coordonnée à toutes ses colères unifiant tous les émiettements possibles des combats corporatistes ou particuliers en désignant un responsable commun à toutes ses luttes, le gouvernement Modi.

VIDEO :

"L'eau, l'air, la jungles, la forêt nous appartiennent", voilà le slogan des manifestants adivasis (indigènes) à Silgarh dans l'Etat de Chhattisgahr contre l'installation d'un camp des forces de sécurité soit disant pour lutter contre le terrorisme, mais en fait qui leur prend leurs forêts.

https://www.facebook.com/CPIMVIZAG/videos/227689769162262

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

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