Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

10961 Billets

0 Édition

Billet de blog 12 mai 2021

Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

Inde: Modi est un danger pour le monde entier -Jacques Chastaing

Le soulèvement paysan se bat pour nous tous, et bien plus que nous le pensons. Aidons-le, faisons-le connaître !

Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

A l'heure où le Gange charrie des cadavres probablement dus au covid, des instituts de santé britanniques et américains estiment que le variant indien du covid fait sans doute actuellement plus de 30 décès par minute en Inde étant donné sa virulence et sa contagiosité. Or l'Asie du Sud commence elle-même a être contaminée. Les services hospitaliers du Sri Lanka, du Nepal et des Maldives sont débordés. Ceux du Pakistan et du Bangladesh commencent à atteindre leurs limites, l'Asie du Sud-Est est menacée et 44 pays dans le monde ont recensé la présence du variant indien sur leur territoire.

Personne ne sait bien sûr comment tout cela peut évoluer, mais la Fédération Internationale de la Croix Rouge avertit que sans action sanitaire coordonnée importante d'urgence, on avance vers une catastrophe humaine d'une dimension qui pourrait être mondiale.

Modi a détruit ce qui restait du système de santé publique en Inde, les hôpitaux manquent de tout et les indiens meurent.

Mais Modi étend aussi le covid dans tout le pays et au-delà par ses mesures de confinement et de couvre-feu qui privent les travailleurs "migrants" (originaires de la campagne et qui travaillent en ville) de leur travail, de leurs revenus, de leurs logements et les obligent à retourner dans leurs campagnes natales pour tenter d'y survivre... mais aussi y propager le virus. Entassés dans des transports bondés, dormant à même le sol dans des gares archi-pleines, sans aucun test ni mesures sanitaires, ils étendent l'épidémie dans des villages où n'existent aucun système de santé.

Or, il y a beaucoup plus que 100 millions de travailleurs migrants en Inde, dont beaucoup proviennent des castes et tribus les plus basses et les plus pauvres. Ils travaillent sur des chantiers précaires dans des secteurs allant de la construction et des briqueteries aux travaux ruraux ou domestiques ou encore comme petites marchands ambulants. Leurs migrations sont négociées et organisées par des entrepreneurs qui profitent des dettes de ces travailleurs. Aujourd'hui, beaucoup de femmes de ménages ou de domestiques sont chassés de leur travail sans rien parce que leurs employeurs craignent qu'ils ne soient contaminés.

Par ailleurs, plus de 90% de la main-d’œuvre "industrielle" ou urbaine indienne travaille dans l’économie informelle sans aucune protections sociales, dont 75% sont des migrants. Le petit pourcentage de la main-d'œuvre qui reste encore dans l'économie "protégée" par des lois est poussé dans l'économie informelle à une vitesse vertigineuse. Les conditions de travail et les conditions d'emploi de la grande majorité de cette main-d'œuvre, en particulier dans les zones urbaines, rappellent la phase initiale de l'industrialisation où les droits sociaux contre la maladie, la vieillesse, le chômage n'existaient pas, pas plus que la sécurité et la dignité.

Le travail dans l’économie informelle souvent journalier signifie une insécurité totale : il se peut que vous deviez travailler 12 heures par jour chaque jour pendant tout le mois ce qui n'assure pas toujours un repas quotidien ou que vous ne travailliez que quelques jours par mois. Et si vous ne travaillez pas un jour, ce jour-là, il n'y a pas de dîner pour vous et votre famille. Comme les travailleurs "migrants", ces travailleurs du secteur informel, avec le confinement, perdent leur travail, c'est-à-dire leur revenu, sans aucune aide sociale.

Le covid et le confinement signifient donc à terme pour cette main-d'œuvre désespérée et précaire, qui vit dans des conditions d'esclavage, où le contrôle réel de leur vie est un rêve lointain, la mort de faim en plus du risque du covid.

Or cette destruction du tissu social de grande dimension en Inde est largement responsable de l'extension extrêmement rapide de l'épidémie. Les migrations de ces travailleurs en sont un des mécanismes.

Cette destruction du tissu social indien date de la colonisation britannique et c'est sur cette sur-exploitation qu'a reposé la révolution industrielle dans le monde. Ce délitement du tissu social a un peu reculé avec les indépendances, mais a par contre pris un nouvel essor important avec le tournant libéral des années 1990 encore accéléré par les années de pouvoir de Modi depuis 2014, qui avait l'objectif de détruire ce qui pouvait rester de services publics et de protections étatiques, notamment contre les petits paysans, le secteur qui résistait le plus à la libéralisation de l'économie.

Car en effet, le secteur paysan, malgré ses difficultés, est certainement bien moins atomisé socialement que le secteur industriel et résiste de toutes ses forces depuis des décennies et tout particulièrement depuis 6 mois au délitement social que voudrait lui imposer le gouvernement.

Modi n'essaie pas seulement de détruire les protections étatiques du monde rural et ses solidarités pour les capitalistes de l'agro-alimentaire indien comme Ambani et Adani. Ces derniers ne font que donner une saveur locale à sa politique qui est en fait dictée par des groupes mondiaux, les 4 principaux capitalistes qui dominent le secteur, ABCD - Archer Daniels Midland, Bunge, Cargill et le français Dreyfus - qui contrôlent jusqu'à 75% à 90% du commerce mondial des céréales. Le but de ces derniers en détruisant ce qui reste de protections étatiques pour les paysans indiens - comme ailleurs-, mais le monde paysan indien est celui qui résiste le plus et avec une dimension colossale, est de diviser la production agricole mondiale d'une manière qui soit géographiquement pratique pour les entreprises, et pas du tout utile pour les besoins en nourriture de la population de chaque pays. Cela pourrait signifier par exemple que le riz et le blé pourraient être cultivés dans une partie du monde, qu'une autre partie serait spécialisée seulement dans certains légumes ou fruits tandis que d'autre encore pourraient l'être pour le maïs, la moutarde, le colza, ou le bois, etc. sans laisser aucune place aux cultures vivrières

Alors quand les paysans indiens - et d'autres dans le monde - résistent à ces transformations, leur combat n'est pas qu'indien mais à des répercussions mondiales. Ils nous protègent de la pandémie parce que la pandémie actuelle dans la configuration que souhaitent les grands capitalistes, sans la production vivrière des petits paysans, avec l'atomisation sociale qu'elle implique, nous aurait conduit à un génocide aux proportions énormes du fait de la perturbation généralisée des chaines d'approvisionnement alimentaire dans le monde.

En ce sens, la résistance paysanne à Modi depuis 6 mois, nous protège tous dans le monde du covid et des épidémies à venir.

Leur combat économique pour leur survie et politique contre la dictature de Modi rejoint bien sûr, celui de tous les travailleurs et des écologistes dans le monde mais il se trouve par leur situation particulière de 600 millions de paysans dans un des plus grands pays agricoles du monde, à l'épicentre des combats contre les problèmes de changement climatique et des calamités entraînées par de plus en plus de pandémies et d'épidémies à venir dans le monde.

C'est probablement pour cela que la presse française, fait obstinément silence sur le combat des paysans indiens. Elle et ses milliardaires sont intéressés à leur défaite.

Face à cela, nous devons faire connaitre le combat des paysans, sa signification, sa portée et son importance pour nous tous et tout faire pour les aider, ne serait-ce qu'en commençant par briser la chape de silence que les médias français, notamment, imposent sur ce soulèvement paysan indien.

PHOTOS

Des caravanes sans fin de véhicules paysans arrivent aux portes de Delhi à la porte de Singhu ; Photo du Gange, je n'ai pas mis de phots du Gange qui charrie des cadavres attribués au covid bien que les réseaux sociaux indiens en soient remplis, parce qu'ici, FB bloquerait ma page et ce serait dommage ; les travailleurs "migrants" revenant du Maharashtra dorment à même le sol dans la gare de Patna dans l'Etat du Bihar (dirigé par le BJP) sans tests ni mesures de protections sanitaires et propagent le covid dans les campagnes du Bihar quasi dépourvu de structures sanitaires à la hauteur ;

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Un comité de l’ONU défend Assa Traoré face à des syndicats policiers
La sœur d’Adama Traoré a été la cible de messages virulents de la part de syndicats de policiers après avoir été auditionnée par le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale des Nations unies. Ce dernier demande au gouvernement d’ouvrir des procédures, si nécessaire pénales, contre les auteurs.
par Jérôme Hourdeaux
Journal — Violences sexistes et sexuelles
Ce que révèle l’enquête, classée sans suite, visant le chanteur de No One Is Innocent
Mediapart a consulté la procédure judiciaire visant Marc Gulbenkian, figure du rock français, accusé d’agression sexuelle par l’une de ses proches. Alors que la plainte a été classée le 2 novembre, l’avocate de la victime, qui s’appuie sur un enregistrement versé au dossier, dénonce une « hérésie » et annonce un recours.
par Donatien Huet
Journal
Des logements « vite et pas cher » : l’immense défi marseillais
Le premier Conseil national de la refondation (CNR) délocalisé et dédié au logement s’est tenu à Marseille. La deuxième ville de France, où les prix s’envolent avec une gentrification accélérée de certains quartiers, compte aussi une trentaine de bidonvilles. Le chantier du logement digne reste immense.
par Lucie Delaporte
Journal — France
Paris 2024 : cérémonie d’ouverture entre amis
Le comité d’organisation des Jeux vient d’attribuer le marché de la cérémonie d’ouverture sur les bords de Seine. Le vainqueur : un groupement dont une agence est liée au « directeur des cérémonies » de Paris 2024, qui avait justement imaginé le concept.
par Sarah Brethes et Antton Rouget

La sélection du Club

Billet de blog
« Je vous écris pour témoigner de ma peine de prison qui n'en finit pas »
Rentré en prison à 18 ans pour de la « délinquance de quartier », Bryan a 27 ans lorsqu’il écrit à l’Observatoire International des Prisons (OIP). Entre les deux, c’est un implacable engrenage qui s’est mis en place qu’il nous décrit dans sa lettre.
par Observatoire international des prisons - section française
Billet de blog
« Économiser ils disent ? Je le faisais déjà ! »
Cette mère, dont j'accompagne un des enfants en tant qu'éduc’, laisse ostensiblement tomber ses bras. Elle n’en peut plus : le col roulé, les astuces du gouvernement pour économiser l'énergie, c'est une gifle pour elle. « Des trucs auxquels ils ne penseraient pas, de la débrouille pour économiser des centimes, je suis une pro de la pauvreté ! Face à des pros de l'entourloupe...»
par Mouais, le journal dubitatif
Billet de blog
Péripéties ferroviaires en territoire enclavé
Destination France Déchéance, ou Manifeste sur un service public en érosion. Il s'agit dans ce court billet de faire un parallèle entre le discours de la Région Occitanie, celui de vouloir désenclaver des territoires ruraux, comme le Gers, et la réalité que vivent, voire subissent, les usagers du réseau ferroviaire au quotidien.
par camilleromeo28
Billet de blog
Y-a-t 'il encore un cran à la ceinture ?
Elle vide le contenu de son sac sur toute la longueur du tapis roulant de la caisse, réfléchit, trie ses achats, en fait quatre parties bien séparées, un petit tas de denrées alimentaires, un livre, un vêtement. Elle montre un billet de 20 euros à la caissière et lui parle. « Tiens » me dis-je, elle a bien compris la leçon du Maître : « Finie l'abondance ».
par dave.tonio