Historique: 122 États adoptent un traité d’interdiction des armes nucléaires

Sans la France...Reste maintenant à imposer la signature et l'application du traité. Un gros travail car la presse française n'a pas fait grand bruit de ce pas en avant pour l'humanité. L'explication est claire: de Le Pen à Mélenchon, les politiciens s'accrochent à la défense de l'impérialisme français.

 

Sciences et Avenir – 10/07/2017 – Loïc Chauveau

Vendredi au siège de l’ONU à New York, une majorité d’Etats membres a adopté un texte très clair appelant à la fin de la dissuasion nucléaire. Une initiative rejetée par les neuf pays possédant ce type d’arme, dont la France.

RESCAPES. C’est en présence de deux  » Hibakusha « , rescapés des explosions atomiques de Hiroshima et Nagasaki en 1945, qu’a été adopté vendredi à l’ONU un texte à forte portée symbolique. « C’est un message historique pour l’Humanité  » a déclaré la Présidente de la Conférence Elayne Whyte Gómez, du Costa-Rica. Le texte salué par le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a été adopté par 122 voix contre une abstention (Singapour) et un vote contre, les Pays-Bas. Dans ce nouveau traité, chaque pays s’engage à ne jamais « en aucune circonstance mettre au point, mettre à l’essai, produire, fabriquer, acquérir de quelque autre manière, posséder ou stocker des armes nucléaires ou autres dispositifs explosifs nucléaires « . S’il n’interdit pas l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins civiles, le texte met clairement à l’index les bases même de la stratégie de dissuasion, l’arme nucléaire ne devant pas servir même en cas de légitime défense.

L’article 6 prévoit l’assistance à toute personne ayant subi les conséquences d’un essai nucléaire et chaque pays signataire s’engage à remettre en état les zones qui auraient été touchées par des irradiations à fins militaires. «La France ne pourra pas échapper à ses responsabilités vis-à-vis des Algériens et des Polynésiens qui ont été affectés directement par ses essais nucléaires » souligne Patrice Bouveret, membre de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN). 

Une pression nouvelle sur les possesseurs de l’arme nucléaire

CONDESCENDANT. Il s’agit du premier instrument multilatéral juridiquement contraignant pour le désarmement nucléaire qui ait été négocié en 20 ans. Le précédent adopté en 1996 portait sur les essais nucléaires dans l’atmosphère. Il met fin à une bizarrerie. Alors que ces armes ont des impacts globaux sur la planète, elles ne faisaient encore l’objet d’aucune interdiction juridique au contraire des mines anti-personnels et des armes chimiques. «Avec la pression qu’apporte ce texte, nous espérons que les Etats qui possèdent l’arme nucléaire se retrouveront rapidement en porte-à-faux vis-à-vis de la communauté internationale, ce qui pourrait occasionner un coût diplomatique gênant » espère Patrice Bouveret. C’est d’ailleurs le cas avec les armes chimiques, ainsi qu’on vient de le voir récemment en Syrie.

Reste que les pays détenteurs de ce type d’armes ne se sentent pas concernés par ces négociations et estiment qu’elles ne sont pas le bon moyen de supprimer les armes nucléaires. Si les Pays-Bas étaient présents lors des discussions, c’est à la demande des députés du pays, et leur vote a été négatif sans surprise car ils sont membres de l’OTAN, organisation possédant l’arme nucléaire. Le Ministère français des Affaires Etrangères a publié dès vendredi soir un communiqué au ton à la fois martial et condescendant. Rappelant que la doctrine de défense française s’appuie sur la dissuasion, le texte affirme qu’« un traité d’interdiction des armes nucléaires risque à cet égard d’affecter la sécurité de la région euro-atlantique et la stabilité internationale ». Les 122 signataires de l’accord de vendredi seraient donc des irresponsables.

La France se dit attachée aux discussions autour du désarmement nucléaire qui se déroulent à Genève entre les pays possédant officiellement l’arme nucléaire (ce qui n’est pas le cas d’Israël et de la Corée du Nord). Mais ces rencontres n’ont donné aucun résultat depuis 20 ans, d’où l’impatience de la communauté internationale. Le nouveau traité sera ouvert à la signature des Etats le 20 septembre prochain. Il entrera en vigueur lorsque 50 Etats l’auront ratifié. Ce qui devrait être le cas vers la fin de 2018. 

 

 

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