ATTAL vieux monde, tel porte-parole

Attal vient d'être désigné porte-parole du gouvernement, donc des marcronards, car il est peut-être le plus acharné des ratés, oportunistes et traitres, sans foi ni loi. Juan Branco, qui l'a connu à l'Ecole Alsacienne et à Sciences Po, en a dressé le parcours dans "Crépuscule". Pour ceux qui ne l'auraient pas encore lu, voici des extraits qui décrivent si bien le monde de Macron.

 "Un jeune homme de vingt-neuf ans que tous ont déjà le tort de minorer, et dont l’exposition en première ligne pour combattre les revendications d’un peuple révolté devrait faire signe et nous inquiéter.

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16 octobre 2018. Gabriel Attal, 29 ans, est nommé par le président de la République, sans annonce au perron, secrétaire d’État auprès du ministre de l’éducation, en charge de la jeunesse. Sur BFMTV, au Monde et plus encore à Paris Match, l’on s’émeut du parcours fulgurant de ce jeune député des Hauts- de-Seine au teint hâlé et à l’allure de gendre idéal. Le grand public découvre le visage de celui qui vient de devenir le plus jeune ministre de la Ve République. Si son nom, qui circulait dans les cagnottes depuis plusieurs mois, reste largement inconnu du pays, dans les salons et les alcôves du petit-Paris, cette consécration, préparée de longue date, ne suscite qu’un bruissement de satisfaction. Une nouvelle fois, un pur produit du système vient d’être adoubé, sidérant tous ceux qui auraient pu, à temps, s’y opposer.

L’affaire, discrètement menée, a laissé quelques traces à qui y montrerait intérêt. Dès l’été 2018, Bruno Jeudy, chroniqueur préféré des mondanités du pouvoir, révélait les goûts littéraires et musicaux de l’illustre inconnu en pas moins de trois articles successifs dans Paris Match, l’intronisant au sein de ce petit gotha d’hommes politiques à qui le magazine, et son propriétaire Arnaud Lagardère, offrent révérence pour les faire connaître du pays.

Le privilège, exorbitant pour un garçon de son âge et de son parcours, faisait grincer quelques dents au sein du parti au pouvoir, la République en Marche, où certains commençaient à observer avec circonspection celui qui y est régulièrement qualifié de « gommeux ». Posant en pantacourts et chemise blanche, verre de rosé aux côtés de ses pieds nus, fixant avec assurance la caméra sur les rebords de la Seine, il faut dire que Gabriel Attal apparaît quelques peu trop conscient de son pouvoir, trop assuré d’une aura que personne jusqu’alors ne lui devinait, alors que beaucoup peinent encore à comprendre les ressorts d’une ascension fulgurante que les médias s’obsti- naient à attribuer à un charisme pourtant difficile à deviner. Alors qu’Attal ouvre son cœur et disserte aimablement sur son goût pour Orelsan, Fort Boyard ou encore sa maison dans la très chic Île-aux-moines - l’un de ces « ghettos pour le gotha » où, entre autres personnalités, Daniel Bilalian et Danielle Darrieux croisent riches financiers en quête d’iode et d’entre-soi - des députés s’interrogent et commencent à s’agiter. Gabriel Attal lui est ravi de cette intronisation people annonciatrice, au cœur de l’été, de lendemains chantants.

Quelques mois plus tôt, le jeune intrigant faisait une première apparition remarquée dans la matinale de France Inter. Ce privilège rare, qui permet de s’adresser à l’ensemble du pays, n’est offert qu’aux plus chevronnés des politiciens. Censé incarner l’aile gauche de La République En Marche, puisqu’issu du Parti socialiste, il y dynamitait pourtant avec morgue et violence les « bobos gauchistes » de sa génération qui occupaient les facs pour s’opposer à Parcoursup et s’attaquait avec violence à la grève des cheminots, exhumant pour cela un terme d’extrême- droite, la « gréviculture » qui parsèmerait la France, dénonçant leur mobilisation et plus généralement, celle d’un pays incapable de se réformer. 

Sidérant ses interlocuteurs, le nouveau porte-parole de La République en Marche s’intronisait à 28 ans auprès du grand public sans ambages, montrant d’évidence qu’il n’était pas là pour faire de la figuration. Le Monde avait beau l’étriller dans la foulée par la plume de Laurent Telo et les auditeurs montrer leur furie, Gabriel Attal en remettait une couche quelques semaines plus tard. Reprenant les éléments de langage de la majorité, il défendait avec aplomb la réforme Parcoursup dans l’émission On n’est pas couchés, s’en attribuant la paternité sous le regard bienveillant de Laurent Ruquier et étranglé de ses invités. Sa première intervention à l’Assemblée nationale, hésitante et doublée d’un sourire satisfait qu’il n’avait eu de cesse de tenter de réprimer, revenait à la mémoire de certains qui lui rappelaient qu’il n’avait jamais, jusqu’à son entrée en politique, eu à travailler. Attal, sans se démonter, disqualifiait ses opposants, renchérissait, se montrant capable à un âge où l’on attendait sympathie et modestie de cette mauvaise foi qu’aux oubliettes le Nouveau monde avait promis de basculer. Malgré des réactions virulentes, le nouveau porte-flingues du parti présidentiel, comme délié de tout surmoi, couronné par cette nouvelle célébrité télévisuelle, n’hésiterait pas à surenchérir les mois suivants, jusqu’à s’ériger en héraut de la majorité pendant l’affaire Benalla, puis devenir le porte-flingue du gouvernement lorsque les gilets jaunes feraient trembler Emmanuel Macron. Mais d’où provenait un tel aplomb et une telle assise que rien ne semblait venir nourrir sur le fond ?

Conter cette ascension sans matière – M. Attal, nous le verrons, ne s’étant jamais démarqué que par sa capacité à défendre l’ordre existant –, c’est faire le récit de l’une de ces productions cooptantes qui ont évidé notre pays. C’est comprendre comment nous en sommes arrivés à haïr un système censé nous représenter, et qui a fini par ne défendre que ses propres intérêts. L’être dont il est question est insignifiant, comme la plupart des cadres de la macronie. Mais cette insignifiance fait matière, lorsqu’elle colonise l’État et ses institutions. A travers l’ascension de cet individu, s’expose et se découvre la façon dont le système fabrique ses soldats.

Les crimes ont toujours leurs lieux, et celui où est né notre sujet n’est pas des moins insignifiants. Sise au sein du sixième arrondissement de Paris, l’École Alsacienne est dirigée par un aimable homme de droite, Pierre de Panafieu. Pendant rive- gauche de Franklin – où enseigna Brigitte Macron –, Sainte-Dominique et l’école bilingue, l’Alsacienne est lieu de reproduction et de propulsion des héritiers de l’intelligentsia culturelle de Paris, auxquels s’ajoutent au fil des promotions quelques supplétifs provenant des espaces politiques, économiques et diplomatiques de notre pays. Sous contrat avec l’État, l’école a le contrôle absolu sur les processus de sélection de ses élèves et de son corps professoral, et n’est soumise à aucun quota, qu’il soit géographique ou économique. Ainsi l’on peut s’y reproduire et se socialiser sans crainte de contamination.

Ceux qui ont fait l’ensemble de leur scolarité au sein de ce petit havre de paix où la diversité sociale est inexistante et le rapport au monde virtualisé disposent, dès le plus jeune âge, d’un avantage comparatif immense sur le reste de la population…

L’on aura deviné à quelle catégorie M. Attal appartenait.

En la seule promotion de 2007, dont sera issu Gabriel Attal, pouvaient se trouver ainsi la petite fille de Valérie Giscard d’Estaing et fille du PDG du Club Med, celle du PDG d’Archos, par ailleurs sœur du bientôt patron d’Uber France, l’un des héritiers Seydoux, la fratrie issue des producteurs de cinéma Godot, les lointains héritiers d’un certain général de Hauteclocque, les grande lignées des de Gallard et de Lastours, la fille du patron de presse Bernard Zekri et celle du fondateur d’A.P.C Jean Touitou, le petit fils du « patron des banques », Michel Pébereau, la fille du Président de l’American University of Paris Gerardo Della Paolera et ainsi de suite. Des grands cadres d’entreprises du CAC40, avocats et autres hauts-fonctionnaires à l’UNESCO, le fils du proviseur d’Henri IV ainsi qu’une petite minorité de descendants d’artistes, de professeurs et de classes intellectuelles dites laborieuses complétaient un environnement que les promotions environnantes enrichissaient naturellement : Olivennes, Bussereau, Breton et autres patronymes de ministres et hommes et femmes tout puissants sont, comme tous et à l’exception peut-être des Huppert et Scott-Thomas eux aussi présents, des noms auxquels, dans la banalité de l’entre- soi, plus personne ne prête attention.

On l’aura compris, M. Attal, que l’on appelle encore en ces lieux Gabriel, provient de ces mondes, et en particulier de la nébuleuse qui, depuis la maternelle y a été scolarisée, et qui, au sein de ce monde, fait partie des plus aisés. 

Lieu de toutes les contradictions pour une gauche bourgeoise se disant attachée à l’idée républicaine, mais qui se refuse à mêler ses enfants à ceux de la plèbe, l’Alsacienne est peut-être l’exemple le plus épitomique des dérives de notre système, produisant naturellement, outre de grandes et médiocres conformités, une pensée de droite qui s’ignore, convaincue de son bon droit tant elle est aveuglée par son isolement du reste de la société, convaincue d’appartenir au camp du progrès en défendant des idées qui ne menacent en rien ses intérêts.

Qu’elle ait donné naissance à l’un des bébés Macron les plus re- marqués, comme elle l’avait fait quelques temps auparavant d’un certain Stanislas Guérini, ne doit dès lors point étonner.

Aîné d’une fratrie issue de l’avocat et producteur Yves Attal, il a très tôt adopté des comportements de classe plus habituels au sein des grands lycées de la rive droite, où le mépris et l’assurance de classe font système, qu’au sein de l’Alsacienne, où nous l’avons vu, la bienséance empêche toute affirmation trop marquée.

Son père, mort en 2015, a fondé sa réussite en s’intégrant à un système qui a fait régner en maître les avocats d’affaire au cours des années quatre-vingt, auquel il s’est prêté avec grand joie en fondant un cabinet qui l’amène à s’occuper des successions et affaires d’artistes fortunés. Nourri aux évolutions d’un milieu qui, à la fin de la décennie, fait régner l’argent en maître et va donner naissance aux premières dynasties culturelles de Paris - par la grâce de politiques culturelles généreuses inaugurées sous la direction de Jack Lang et visant à donner à la mitterrandie et à la gauche en général de nouveaux appuis au sein des élites parisiennes - Yves Attal comprend très vite ce que la diversification des sources du financement du cinéma français peut lui apporter. En une carrière chaotique et mondaine, après s’être constitué un important réseau via son cabinet, il se rapproche ainsi de l’industrie cinématographique en montant un certain nombre de finance- ments de films d’auteur, avant d’être recruté, pour un salaire millionnaire, par Francis Bouygues, afin de participer à la folle aventure de Ciby 2000, dont il devient à l’orée des années quatre-vingt dix le vice-président et un éphémère pilier bureaucratique.

L’affaire va cependant rapidement tourner court. Alors qu’Attal vient d’être nommé, que la droite revient au pouvoir et que Francis Bouygues, malade, donne les clefs de la nouvelle structure de production à Jean-Claude Fleury, ce dernier prend le pouvoir et pousse au bout Yves Attal à la démission…Ce premier échec va suivre un second, plus douloureux encore, au sein d’UGC Images…Yves Attal, flamboyant bureaucrate sans idées se voit très vite emporté en les errances de la réussite, femmes, drogues et adrénaline accompagnant bonds et rebonds dont il peine à saisir le sens, jusqu’à le faire tomber en une addiction à l’héroïne qui ne le quittera jamais.

 …

Gabriel, inscrit au pic de la carrière de son père à l’Ecole Alsacienne, passera sa scolarité à tenter de masquer la violente torsion infligée par ce parcours à sa structure familiale, enserrant ses pairs et ses tiers d’un mépris enragé, traitant quiconque le menacerait avec une violence insigne pour se protéger. Traumatisé par la déréliction d’un espace intérieur où la mère, descendante de l’une des plus prestigieuses branches de l’aristocratie angevine qu’il ne cesse de revendiquer, se doit contre toute attente de prendre le relais du père, et de maintenir en vie une union qui aurait dû consacrer l’une de ces grandes alliances entre fortune et noblesse et qui risque maintenant d’emporter sa famille, sa branche et ses enfants, le fils cherche à se revendiquer.

 Revendiquant ses origines royales et des liens avec la plus grande aristocratie russe, s’entourant très tôt d’une petite cour, qui comptera parmi ses entourages les héritières des familles Touitou et Olivennes, mais aussi des êtres plus fragiles et exposés au sein de l’Alsacienne car manquant d’appuis que les autres ne cessent de réclamer, alternant entre les grandes socialités et les écrasements de ses victimes du moment, séduisant l’héritière Giscard jusqu’à se trouver invité en leur domaine et y faire la cour à son idole de l’instant Valérie, avant de se montrer fier aux côtés des héritières Clarins devant le lycée mitoyen de Victor Duruy – lieu de reproduction des élites du septième arrondissement où il n’hésite pas à faire le pied de grue – Attal semble alterner entre jubilation et enragements, luttant contre un monde qui risque, croit- il, à tout moment de l’expulser.

En un lieu où la politique est une affaire de tous, et la formation d’un jugement une nécessité, les débats sur la constitution européenne et le conflit israélo-palestinien animent les dernières classes de collège et premières de lycée. Le jeune Gabriel se dit alors d’une droite revendiquée… Revendiquant un sarkozysme flamboyant là où tous méprisent cet arriviste qui ne dispose d’aucun des codes de leur société, le jeune adolescent fait déjà preuve d’une morgue assumée, emprise d’un esprit de sérieux vindicatif dont il ne se départira jamais. Le mépris pour ses congénères ne se tait que lorsqu’il se trouve face à l’héritier d’une grande famille, qu’il se trouve alors à tenter de séduire.

Il reste tout de même à provoquer sa chance, et à défaut de donner du contenu à ses ambitions, pour ne pas parler d’engagement, exploiter les opportunités qui sont offertes…L’une des lycéennes de l’école va attirer étrangement son attention au moment où son destin commence à se préparer. Alexandra R., petite fille d’Alain Touraine, est surtout la fille de Marisol Touraine, hiérarque socialiste en vue… Alexandra se laisse absorber par ce garçon aux manières de jeune premier qui s’apprête à devenir, comme beaucoup de ses pairs, par pur effet de classe, bon élève à l’orée du baccalauréat…Alexandra se laisse happer et l’introduit à sa demande en son cercle familial, lui offrant les clefs de son ascension de demain. Le discours de droite dure d’Attal, son rejet violent des connivences qu’il n’hésite pourtant pas à singer, et qui se trouve tant à l’opposé des siens, va bientôt s’adoucir. Alexandra se laisse éprendre des masques qui lui sont proposés, et de l’apparente capacité à se laisser convaincre qu’Attal, de façon subtile, lui fait miroiter.


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C’est au long de ce chemin qui mêle fréquentations heureuses, soirées mondaines et prélassements en de grandes propriétés qu’intervient l’un de ces événements qui pourraient sur- prendre qui ne connaît pas ces milieux. Tous deux en quête d’ascension Gabriel et Alexandra ont l’idée saugrenue de revendiquer les particules que leurs parents avaient décidé de masquer. Par un geste qui ne surprend pas la direction de l’école tant il est devenu commun en ces lieux, l’un et l’autre demandent que soient ajoutés à leur nom de famille leurs appartenance nobiliaires. C’est ainsi qu’à la surprise de ses camarades, Gabriel Attal devient au lycée Attal de Couriss, lors des appels faits par les professeurs, tandis que sa camarade devient A. R. de M. Cela suscite quelques rires et étonnements.

Adepte des tours de force et des provocations, séduisant Marisol Touraine comme il a tenté de le faire avec Valery Giscard d’Estaing, Attal se voit dans la foulée autorisé à mettre un pied dans la campagne de Ségolène Royal et abandonne brutalement ses couleurs sarkozystes. Celui qui s’activait véhément en faveur du candidat de la droite, qui ne cessait de revendiquer, d’un sionisme radical à un refus de toute redistribution en passant par une légitimation des inégalités, un mélange d’opinions ultralibérales et de conservatisme social classique en ces lieux, se mue, à la surprise générale, en un socialiste bon teint.

M. Attal de Couriss, qui n’a encore que 17 ans et n’a rien perdu de cette assurance ravageuse et cruelle qui séduit ses interlocutrices, obtient son bac avec aisance, quitte sans regrets l’école qui l’a pouponné depuis l’enfance et intègre à quelques pas de là SciencesPo, où il va remettre en place le dispositif déployé au lycée.

Voilà donc Gabriel Attal qui peut, certes sans succès tant les entreprises sont menées avec morgue, se présenter à la direction de la section SciencesPo d’un PS qu’il admettait quelques mois auparavant haïr férocement… avant de tenter de s’imposer par le truchement d’un ami de la famille comme l’homme fort des comités de soutien à Ingrid Betancourt…S’installant à Vanves, à quelques pas de l’appartement que ses parents financent, il tente de s’imposer dans la section locale du Parti Socialiste, organisant une visite de Marisol Touraine, ce qui lui permet d’être présenté et adoubé au secrétaire socialiste et conseiller municipal d’opposition, qui lui laissera sa place après leur échec aux élections de 2014 et l’intronisera comme son successeur au conseil municipal avant de se voir brutalement trahi. L’échec aux municipales frustre les ambitions d’Attal, pressé, qui continue cependant à tenter de se rapprocher de l’inteligentsia socialiste. Si son entrisme auprès la famille Betancourt lui a certes permis de commencer à élargir ses réseaux politiques, sa tentative d’inscription dans la roue d’Hervé Marro, qui deviendra rapidement conseiller à la mairie de Paris, échoue. Sa présence sur le Tarmac de Villacoublay lors du retour de Madame Betancourt, en un événement lacrymal longuement raconté à Paris Match lors de l’un des articles de l’été 2018, ne lui a rien apporté.

C’est peut-être là le moment le plus décisif dans l’ascension programmée de Gabriel Attal qui a nouveau, comprenant que la chose pourrait ne pas l’aider, tente d’effacer sa particule. L’échec de la prise de la section PS de SciencesPo se double, à son grand étonnement, de difficultés scolaires. Fin connaisseur de l’entre-soi que l’on apprend à comprendre et dominer à SciencesPo, Attal s’ennuie tant qu’il manque à plusieurs reprises de redoubler. S’entourant comme à l’Alsacienne d’une cour d’héritières mêlant êtres en perdition et ambitieuses fascinées, dont la fille d’un grand oligarque russe avec qui il organise de menues soirées dans le seizième arrondissement, il doit faire le choix en troisième année d’un stage, ayant été exclu des plus prestigieuses universités. Avec le soutien formalisé, prétendra-t-il, de Frédéric Mitterrand, le voilà qui porte son choix sur la villa Médicis. Ce qui sera sa seule « expérience professionnelle » avant son recrutement par Marisol Touraine aux plus prestigieuses fonctions de l’État, puis son élection comme député – un stage, donc – ne lui ouvre pas les portes espérées… A SciencesPo, la concurrence s’impose avec d’autres héritiers qui font montre d’une toute aussi importante rapacité. 

Il lui faut redoubler ses efforts, et le voilà qui s’inscrit en une licence de droit à Assas pour tenter de se distinguer. En des lieux où à aucun moment l’on n’exige de prouver sa valeur, le jeune premier s’agite, apporte son soutien à François Hollande lors des primaires socialistes de 2011, tente à nouveau, via Marisol Touraine, d’approcher son équipe de campagne en rédigeant des notes à l’attention de Pierre Moscovici, et las, à nouveau, échoue…Même la liste étudiante à laquelle il participe afin d’organiser les soirées de SciencesPo, vecteur d’intégration primaire au sein de l’institution, n’obtient pas les suffrages espérés et fait l’objet d’éprouvantes railleries…

Miracle cependant. Une certaine Alexandra R. devenue de M. réussit à rattraper son retard en premier cycle et son échec à Henri IV et intègre SciencesPo avec un an de décalage, lui per- mettant de renouer avec un fil qui menaçait de s’effacer. Devant obtenir une expérience professionnelle avant sa diplomation, Gabriel Attal décroche un stage auprès de... Marisol Touraine. Nous sommes en janvier 2012, en pleine campagne présidentielle, et celle-ci est chargée du pôle affaires sociales, qui doit revenir à Martine Aubry une fois le gouvernement formé… A la faveur d’une carambole et suite au refus de Martine Aubry d’occuper son ministère, le poste est proposé à Marisol Touraine…Gabriel, qui à ce sujet n’y connaît d’évidence rien, n’a pas encore exercé de fonctions professionnelles, ne dispose d’aucune spécialité universitaire et qui vient d’apprendre qu’il devra redoubler sa dernière année à SciencesPo, se voit proposer d’intégrer le cabinet du plus important ministère du gouvernement, au poste de conseiller à titre plein.

Lointaines paraissent alors les années lors desquelles le jeune garçon parsemait les réseaux sociaux de messages outranciers et insultants, fleuretant bon l’extrême-droite et la misogynie la plus crasse, incendiant la majorité socialiste à Paris et ses dirigeants. Gabriel Attal, 23 ans, est, par effets de proximités successives, soudain doté d’un salaire qui le propulse parmi les 5% les plus favorisés du pays, doté de deux secrétaires, d’un chef gastronomique, de voitures de fonction, et peut même se permettre de passer un arrangement avec la direction de SciencesPo pour obtenir sa diplomation. 

Répétons-le, tant cela pourrait sembler absurde, pour comprendre ce qui en son esprit a pu s’imposer : à 23 ans, sans expérience professionnelle préalable ni quelconque diplôme à re- vendiquer, sans compétence ni spécialité revendiquée, Gabriel Attal qui n’est plus de Couriss accède à l’un des plus prestigieux et importants postes de la République… Il recrute immédiatement l’un de ses camarades de promotion, un certain Quentin Lafay, comme chargé de mission.  Doté d’un pouvoir d’autorité sur l’une des plus importantes administrations de France, dirigeant assistants, stagiaires et chargés de mission, se socialisant auprès de la fine fleur de la République, l’homme sans expérience va se mettre sous l’autorité d’un certain Benjamin Griveaux…

Rue de Ségur, Gabriel Attal se sent vite à son aise. Entouré d’êtres sans idées ni ambitions autres que pour eux-mêmes, il se voit présenter un certain Stéphane Séjourné, jeune héritier de la bourgeoisie versaillaise, passé par les très chics lycées français de Mexico et de Madrid, alors en poste au sein du cabinet du président de région socialiste Jean-Paul Huchon, et qui s’apprête à à peine trente ans à mobiliser les réseaux moscovicistes pour devenir le tout puissant conseiller politique d’Emmanuel Macron

L’affaire est enclenchée. Alors que le pouvoir socialiste s’effondre, ces jeunes intrigants n’ayant jamais démontré la moindre capacité à la pensée, l’idée ou l’engagement, n’ayant jamais été au contact du réel ni éprouvé la moindre difficulté – n’ayant de fait montré aucune qualité ni compétence particulière autre que celle de se montrer autoritaires et cinglants – préparent la relève et se voient en 2017, via le parti socialiste, consacrés. Séjourné associe Gabriel Attal à leur bande et tente dans un premier temps d’appuyer Moscovici. Las, la manœuvre échoue, et celui-ci, exfiltré à la Commission Européenne, les laisse orphelins.

C’est alors qu’intervient le « miracle Macron », permis par les réseaux que nous avons décrits, l’appui de l’inspection des finances, de Jean-Pierre Jouyet et du duopole Niel-Arnault, au mépris de toute démocratie….Emmanuel Macron s’est vu, malgré son double échec à l’ENS Ulm, lui aussi propulsé en quelques années au sein du gotha qu’il arrive à convaincre de le soutenir alors que s’effondrent l’ensemble des candidats du système, de Fillon à Juppé en passant par Hollande, Valls et Sarkozy.

Jouant d’un double jeu, grassement rémunérés pour ce faire, participant à la paralysie du gouvernement, dans le silence des médias et de l’establishment, les jeunes impétrants mettent en place une véritable stratégie de mobilisation des moyens de l’Etat au service du futur président de la République, qui lui continue sa conquête des hautes sphères à travers les individus sus-mentionnés. Attal se trouve au cœur de ce dispositif, et mobilise avec ses acolytes d’ahurissants moyens, discrètement mis en œuvre afin d’assurer, à défaut de sa nomination à Matignon, son élection.

Profitant de l’étrange pudeur qui saisit l’oligarchie lorsqu’il s’agit de révéler ses relais d’influence, Gabriel Attal et Stéphane Séjourné se trouvent presque par hasard au cœur du dispositif et vont former l’un de ces « power couples » qui placent et déplacent les hommes et femmes selon leurs affinités et calculs politiques, utilisant les moyens de l’État pour se servir sans ne jamais avoir à rendre de comptes à qui que ce soit.

En charge des relations avec les députés socialistes, Attal siphonne au nez et à la barbe de Marisol Touraine – qui reste fidèle à François Hollande et tente de préparer sa réélection – les réseaux parlementaires socialistes qu’il reçoit à tour de bras au sein de son bureau pour les recommander à Macron. Tentant tout de même d’arracher l’investiture socialiste à Vanves pour les législatives de 2017 après avoir fait la campagne de Bartolone pour les départementales, il sert en poisson-pilote discret le mouvement En Marche, qui se tient encore non sans raisons à la lisière du Parti Socialiste et prépare son éventuelle réintégration en son sein comme courant…Attal intègre discrètement la bande des « jeunes avec Macron » qui forme l’ossature de ce qui deviendra le mouvement En Marche et y place ses pions. Sans ne jamais s’exposer, veillant à ne pas perdre son poste ni l’éventualité d’un adoubement socialiste, il obtient en parallèle de sa ministre la promesse d’une nomination à l’un des postes les plus prestigieux, normalement réservés à des hauts-fonctionnaires français, au sein de la branche santé de l’ONU New York. A vingt-six ans, le voilà assuré d’obtenir, soit une députation, soit l’immunité diplomatique octroyée aux fonctionnaires internationaux et, outre les diverses indemnités de fonction, le doublement de son salaire, qui le placerait au sein des 2% les mieux payés du pays. Tout cela dans l’ignorance la plus complète de sa patronne, à qui François Hollande a promis Matignon et à qui Attal continue de jurer fidélité.

La mort de son père libère Attal d’une tutelle oppressante et lui permet d’officialiser sa relation avec Séjourné, par le truchement d’un PACS qui scelle l’alliance de deux capitaux. Utilisant les ressources sociales obtenues lors de son passage à SciencesPo, Gabriel Attal recommande des individus « bien formés», à la confiance garantie par leur appartenance aux mêmes réseaux de socialisation que ceux qu’il a investi depuis l’Alsacienne, et le fait par brassées entières à Séjourné, qui, renforcé par cet influx auprès de Macron, sait rendre à Attal l’influence que ce dernier lui permet d’acquérir…Macron, qui a été propulsé en urgence du fait de la catastrophe politique qui touche tous les candidats du système, doit très rapidement constituer des réseaux de confiance pour donner l’impression d’être prêt. Il faudra des mois pour qu’enfin émergent des pro- positions plus ou moins sérieuses - ses conseillers se montrant tout aussi incapables d’imagination et de pensée que lui, mobilisant pour tenter de « penser » conjoints et parents, dans l’indifférence et la bienveillance d’une presse trop excitée par une prise qui semble la dépasser.

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Lorsqu’il obtient du néant et sans le moindre début de justification l’une des circonscriptions les plus courues et faciles d’accès du pays, personne ne moufte, car personne ne le connaît, ni lui ni les mécanismes qui lui ont permis de monter. A Vanves et Issy-les-Moulineaux, à quelques pas de Paris, là où André Santini, baron local tenant les lieux depuis vingt-ans a décidé de ne pas se représenter, où plus de soixante pour cent des électeurs viennent de voter pour Emmanuel Macron, voilà que celui dont le conjoint siège au comité d’investiture pour y représenter le Président de la République, se voit ouvrir un boulevard. Emmanuel Macron s’apprêtant à être élu, Attal n’a plus qu’à officialiser son engagement, redessiner doucement son CV, prétendre qu’il s’apprêtait à lancer une Start-Up et sans guère faire campagne, obtenir sa députation. Le 18 juin 2017, il entre en cette Assemblée nationale qu’il connaît si bien et où Alexandra R., maintenant oubliée, l’avait introduit quelques années plus tôt.

Immédiatement bombardé whip de la commission des affaires culturelles et éducatives grâce à l’appui silencieux de son conjoint - qui continue de taire leur relation et, devenu conseiller politique à l’Elysée, est chargé de superviser la distribution des postes au sein de la nouvelle Assemblée - Attal prend dès lors sans difficultés un ascendant incompréhensible pour le quidam sur ses nouveaux camarades députés. Nourri à la source du pouvoir, au courant de toutes les confidences de l’Élysée, ayant toujours un coup d’avance, masquant tous les ressorts de son ascension, il est nommé dans la foulée rapporteur de la loi créant Parcoursup, dont la mise en place catastrophique n’aura là encore aucun d’effet sur la suite des événements.

Malgré l’échec de Parcoursup, enlisé en des polémiques interminables, et l’absence encore d’un quelconque fait de gloire, doté d’un charisme contestable et d’une éloquence incertaine, le jeune député est cependant et contre toute logique bombardé porte-parole du parti présidentiel en décembre 2017. L’insigne inconnu, âgé de vingt-huit ans, sans aucune expérience de vie, se montre incapable en un premier temps de susciter un quelconque intérêt, et tarde deux mois à provoquer le moindre article à son sujet.

C’est alors que Séjourné obtient de l’Elysée qu’il soit invité à la matinale de France Inter en pleine mobilisation des cheminots et des étudiants, à la place d’un Jean-Michel Blanquer qui sait très bien l’intérêt qu’il trouvera à ne pas s’exposer.

C’est alors que l’assurance de classe qu’il démontrait dès ses plus jeunes années trouve matière à expression. Ses provocations n’ont pour but que d’enfin le faire connaître, et d’évidence, l’irritation naissante montre que la partie a fonctionné. L’affaire, si elle aurait pu inquiéter, rassure Macron qui voit en ce jeune garçon un potentiel parechoc, dont l’arrogance dépasse la sienne, et qui saura dès lors détourner les coups. 

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Dans sa circonscription, Attal n’hésite pas à briser une grève de postiers épuisés, distribuant le courrier grimé en employé de l’ancien service public pour « défendre ses administrés » et multiplie les marques d’un rapport au monde n’ayant plus à déguiser sa véritable nature.

Il a à peine le temps de voter contre l’interdiction du glyphosate après avoir déclaré publiquement vouloir son interdiction, appuyer la proposition de loi contestée sur les fake news, décrire le gouvernement italien comme étant «à vomir »…Se présentant moins d’un an après son élection, à seulement 28 ans, à la présidence du groupe parlementaire majoritaire de son pays, Attal ne retire sa candidature qu’une fois assuré que quelques semaines plus tard, un ministère lui sera octroyé. L’Elysée vient de lui offrir les réseaux de Mimi Marchand, enclenchant une campagne de propagande visant à préparer et légitimer a posteriori sa nomination au gouvernement. Gabriel Attal, depuis ses vingt-trois ans doté d’un salaire de près de six mille euros par mois et maintenant doté de trois collaborateurs travaillant à temps plein dans le seul but d’assouvir ses ambitions, n’ayant toujours pas démontré la moindre idée ou engagement, après avoir troqué les major- domes et voitures de fonction qui le servaient au ministère de la Santé entre ses 22 et 27 ans par ceux de l’Assemblée, est intronisé sans efforts, par pure inertie, au coeur de l’État français. Lorsque, le 16 octobre 2018, il est nommé Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, avec les attributions budgétaires et politiques qui vont avec, en charge de la mise en œuvre du service universel, il est peut-être, avec son conjoint, le seul à ne pas être surpris. Une anecdote d’apparence insignifiante alors resurgit : plus d’un an après son élection, le jeune député n’avait, au moment de sa nomination, toujours pas inauguré de permanence électorale dans sa circonscription. Comme si la star montante de la macronie n’avait pu s’empêcher de signifier à ses propres administrés à quel point, en son parcours, ils n’avaient pas compté.

Alors que le peuple bruisse, achevons cette fable par cette simple affirmation : ces êtres ne sont pas corrompus car ils sont la corruption. Les mécanismes de reproduction des élites et de l’entre-soi parisien, aristocratisation d’une bourgeoisie sans mérites, ont fondu notre pays jusqu’à en faire un repère à mièvres et arrogants, médiocres et malfaisants.

Nulle part ne réside plus la moindre ambition, la moindre recherche d’un engagement ou d’un don. Reste une question. Pensait-on que ces êtres serviraient des idées, eux qui se sont constitués au service d’intérêts ? Pensait-on que ces individus nous grandiraient, eux qui se sont contentés, tout au long de leur vie, de servir pour construire une ambition que rien ne venait sustenter ? Et pense-t-on vraiment qu’en de telles circonstances, la suite de l’histoire ait à être contée ?

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