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Billet de blog 12 oct. 2021

La grève générale en Italie dessine la tendance générale du moment -J. Chastaing

La révolte populaire associant citoyens anti pass aux ouvriers et syndicalistes de base anti licenciements dénonçant les compromissions des directions syndicales, tandis que ces dernières mobilisent contre ce mouvement populaire au nom de l'anti-fascisme, tous ces ingrédients existent souterrainement en France et pourraient bien resurgir à une moment à un autre. Il faut s'y préparer.

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par Jacques Chastaing, le 12/10/2021

L'union nationale gouvernement-patronat-syndicats pour relancer l'économie après covid

Alors que les projections économiques officielles tablent sur une croissance de 6% pour cette année à venir, le gouvernement italien a proposé, afin de faciliter la reprise après covid selon lui, un pacte de relance commun de l'économie au grand patronat (Confindustria), qui lui a suggéré cette politique, et aux grandes confédérations syndicales (CGIL, CISL, UIL), qui ont accepté la démarche commune et de discuter ensemble de ce pacte.

On ne connaît pas encore le détail de ce pacte qui est donc en discussion, mais son orientation générale est claire et certaines de ses grandes lignes ont été exposées publiquement.

Il s'agit non seulement d'aider financièrement le grand patronat  mais surtout de lever les obstacles à la "libération du travail", comme ils disent, c'est-à-dire surtout faciliter les licenciements moyennant peut-être des indemnités améliorées et également mettre fin au salaire minimum, en mettant un terme au salaire minimum national actuel qui est fixé par la loi pour le remplacer par un salaire minimum par entreprise, en échange de la promesse de quelques vagues améliorations en matière d'hygiène et de sécurité dans les conditions de travail.

Ce serait un recul considérable pour la classe ouvrière. 

C'est pourquoi toute cette période est animée de nombreuses protestations qui se font entendre un peu partout dans le monde du travail et en particulier dans les syndicats de base – une tradition italienne – qui sont animés le plus souvent par des militants très à gauche ou d'extrême gauche et qui sans avoir le même poids que les grandes confédérations syndicales ont toutefois une influence qui compte, du moins dans quelques secteurs professionnels.

La riposte sociale se mêle au combat contre le pass sanitaire

En même temps que le gouvernement mène cette politique de violentes attaques contre les travailleurs, et liée à elle, il a décidé d'imposer l'obligation vaccinale et le pass sanitaire ("pass vert" en Italie) à toutes les professions à partir du 15 octobre 2021. 

A partir de cette date donc, on ne pourra plus aller au travail sans pass sanitaire. Il n'y a pas de statistiques bien claires sur le sujet, mais cela pourrait concerner environ 6 millions de travailleurs non vaccinés, incluant les chômeurs, pouvant perdre leur travail.

Il y a en Italie une forte résistance depuis des mois et des mois à l'obligation vaccinale et au pass sanitaire mais celle-ci s'est encore amplifiée conduisant à des manifestations de masse depuis que le  gouvernement a décidé de généraliser l'obligation vaccinale et le pass sanitaire à tout le monde. De plus, ce qui est nouveau, avec cette extension du pass, des secteurs ouvriers ont menacé de se mettre en grève, parfois illimitée comme les dockers et agents portuaires du port de Trieste, à partir du 15 octobre.

En même temps, face aux licenciements en cours où le grand patronat profite du covid pour "faire le ménage" et aux menaces de vagues entières de licenciements avec le "pacte commun" en projet, le pays connaît une reprise des luttes contre les licenciements dont certaines sont importantes.

C'est donc dans ce contexte que les syndicats de base ont appelé à une journée de grève générale le 11 octobre contre cette politique du gouvernement et ce pacte, donc contre les licenciements et les baisses de salaires, et en même temps contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale.

Cela a été un grand succès bien au delà des capacités d'attraction traditionnelle des syndicats de base puisqu'un million de travailleurs ont fait grève ce jour-là et des manifestations regroupant plus de 100 000 personnes ont eu lieu dans une quarantaine  de villes dans tout le pays.

Outre les banderoles et slogans contre le gouvernement et la Confindustria, beaucoup dénonçaient les licenciements et le pass sanitaire, exigeaient des hausses de salaires et plus de moyens pour la santé, mais aussi dénonçaient le « pacte commun » entre gouvernement, patronat et grands syndicats.

Une suite et des contre-feux

Avec le succès de cette journée du 11, aussitôt des appels ont été lancé - pour le moment seulement sur les réseaux sociaux - pour une suite encore plus grande le 15 octobre.

Face également à ce succès et à la crainte que la suite le 15 octobre pourrait les bousculer et leur faire perdre le contrôle de la classe ouvrière organisée, les grandes confédérations syndicales ont lancé le 12 octobre un appel à une grande manifestation nationale le 16 octobre... contre le fascisme !

Cet appel a clairement pour but d'empêcher ses militants et les ouvriers qu'elles influencent à rejoindre le mouvement lancé par les syndicats de base et le mouvement anti pass, tout en détournant l'attention de l'accord honteux qu'elles sont en train de se préparer à signer avec le patronat et le gouvernement, en agitant contre le mouvement anti pass et les syndicats de base le chiffon rouge du danger fasciste.

Pour cela, les directions syndicales s'appuient sur une propagande gouvernementale contre le mouvement anti pass qui dure depuis longtemps et un incident intervenu il y a quelques jours dont la presse, le gouvernement et la Confindustria se sont emparés.

Depuis le début du mouvement anti pass, comme en France, la gauche et les grandes confédérations syndicales ont été absentes, laissant le terrain libre à des fascistes, profitant alors de cette présence qu'ils avaient mis en train, pour dire avec le gouvernement que ces manifestations étaient fascistes ou trop permissives au fascisme, etc,... On connaît la musique.

Et puis, lors d'une manifestation anti pass il y a quelques jours, des manifestants ont attaqué le local de la CGIL (le plus grand syndicat italien) l'accusant d'être vendu, lui reprochant le « pacte commun »  anti-ouvriers qu'il s’apprête à signer. Aussitôt, la CGIL a dénoncé les auteurs de l'attaque comme fascistes. La Confindustria patronale est venue en son soutien expliquant combien les syndicats étaient utiles et que le but de cet incident était de faire capoter le « pacte commun », d'empêcher le redressement du pays et la reprise de l'économie, etc... Puis enfin, toujours en solidarité avec la CGIL, le gouvernement a fait de cet incident une affaire nationale dénonçant également les fascistes, faisant alors interpeller 4 militants d'un groupe fasciste pour enquête, afin de bien montrer qu'il ne pouvait y avoir qu'eux  pour commettre cette indignité.

Bien sûr, cette attaque du local de la CGIL est inadmissible, qu'elle vienne d'ultra gauches comme le faisaient par exemple certains militants maoïstes en France dans les années 1970 et encore plus de militants d'extrême droite. On ne peut que la dénoncer quelle que soit la justesse des griefs qu'on puisse porter à l'encontre de la politique honteuse de la CGIL. D'autant plus que ce geste sert de prétexte à la CGIL et ses complices pour ressouder leurs troupes derrière elles et leur permettre de d'empêcher leurs militants de s'opposer à leur politique de complicité avec le patronat et le gouvernement. 

Mais ce qui est plus grave dans la situation, c'est dans la foulée de l'abandon du mouvement anti pass par la gauche ce qui y permet  plus facilement l'intervention de l'extrême droite, l'appel surtout à manifester contre la montée sociale de la base qui s'oppose aux licenciements et aux baisses de salaires, en la présentant comme une montée fasciste. 

Voilà comment on prépare en réalité la montée du fascisme. En présentant la révolte de la base ouvrière et populaire comme fasciste tout en défendant et aggravant l'ordre capitaliste, on rejette inévitablement les ouvriers et citoyens les plus révoltés dans les bras des fascistes.

Il n'est pas difficile de voir dans ce qui se passe en Italie, ce qui est sous-jacent actuellement en France. C'est certes moins visible parce que Macron – pour le moment – n'a pas de politique d'extension du pass à tous et qu'il ne propose pas encore une politique d'union nationale pour la reprise. Mais cette révolte populaire associant les citoyens anti pass aux ouvriers et syndicalistes de base anti licenciements dénonçant les uns comme les autres les compromissions des directions syndicales, tandis que ces dernières mobilisent contre ce mouvement populaire au nom de l'anti-fascisme, tout ces ingrédients existent souterrainement en France et pourraient bien resurgir à une moment à un autre. Il faut s'y préparer.

En complément tous les jours la rubrique Politique de la Revue de Presse Emancipation!

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