Besoins, aspirations et conscience des classes dans le mouvement en cours

Retour sur deux ans de luttes, leurs évolutions et les enjeux actuels, par Jacques Chastaing

13 mai 2018 - Jacques Chastaing

La lutte de classe marque de son existence tous les caractères du mouvement actuel.

C'est d'abord la bourgeoisie qui la mène.

Comme toujours et avec un temps d'avance. 

Elle mène actuellement cette lutte avec des attaques d’une ampleur sans précédent depuis longtemps. Son objectif: restaurer à un niveau élevé le taux de profit. Elle le fait de deux façons. Premièrement elle diminue les salaires, directement ou par le biais de l'augmentation de l'intensité au travail, de la dégradation des conditions de travail, de la diminution de l’emploi. Deuxième, elle réduit l’impôt sur le capital et pour équilibrer le budget les dépenses dans les services publics, la protection maladie, vieillesse et chômage. Ainsi grimpent les bénéfices du CAC 40 et la part versée en dividendes explose. Pas de meilleure démonstration qu'il y a des classes sociales, qu'il y a une lutte des classes et que la bourgeoisie la mène avec brutalité et voies de fait.

Cette lutte de classe peut prendre le visage du mépris affiché quasi quotidiennement dans les paroles de Macron, de ses ministres et ses députés contre les "rien", "fainéants", "privilégiés", "agitateurs professionnels ». C’est aussi le mépris des aides d'Etat « pour l'emploi » versées directement aux actionnaires, le mépris de la politique de "dialogue social" chère aux directions syndicales par le canal des ordonnances et la transformation des négociations en consultations. Leur lutte des classes est aussi la répression policière et judiciaire contre ceux qui tentent de résister, contre les étudiants qui veulent se réunir pour débattre de leur avenir, les cheminots qui défendent leur emploi et le service public, les syndicalistes qui se battent pour préserver ce qui reste du code du travail, les grévistes qui veulent défendre emploi, conditions de travail et salaires, les écologistes des ZAD qui tentent de protéger la nature et un droit à vivre autrement.

Ce regain de dictature de classe s'affiche enfin par le mépris de la démocratie parlementaire, du jeu électoral, de la diversité médiatique et par une représentation politique qui n'a jamais été aussi médiocre, ridicule, vulgaire, des députés aux ministres en passant par la présidence, qu'elle soit celle d'un Macron ou d'un Trump. Ces deux-là ont mille raisons de se plaire.

Ce regain de violence de classe affiché et revendiqué a surpris notre camp et ses organisations, peu préparés à celà après des décennies de compromis, compromissions, de luttes molles, corporatistes par des organisations syndicales et politiques installées, bureaucratisés, social-démocratisées.

Aussi,  sans organisations pour cette lutte de classe radicalisée, la prise en compte par les opprimés et les exploités des nécessités du moment pour se battre prend du temps et des chemins qu'il nous faut tenter d'explorer, puisqu'il faut tout reconstruire ou presque.

Le temps, la conscience 

Ce qui frappe d'abord dans le mouvement actuel c'est sa lenteur, sa profondeur et sa durée. 

Lenteur, profondeur et durée du mouvement sont la conséquence de l'ampleur des attaques concernant toutes les catégories sociales populaires et moyennes, et de l'impréparation et inadaptation des organisations de ce camp. Elles expliquent en même temps que ce sont jusqu'aux couches sociales traditionnellement les plus éloignées de la lutte qui sont entraînées dans celles-ci, seules et sans expérience et donc à des rythmes d'éveil lents et différenciés. 

Le mouvement de résistance a commencé fin février 2016 avec la lutte contre la loi El Khomry, puis la lutte contre les ordonnances détruisant le code du travail en 2017. Elle continue sans quasi aucune interruption jusqu’à aujourd'hui en mai 2018, face aux lois ORE de sélection des étudiants, aux projets de casse de la SNCF, aux attaques contre les conditions de travail et salaires des postiers, hospitaliers, salariés d'EHPAD ou salariés d'Air France, contre l'emploi et les salaires encore avec les salariés de la grande distribution, contre la baisse des revenus des retraités, pour la protection de la nature et le droit à vivre autrement , avec les petits paysans des zones défavorisées début 2018, voire les motards, et bien d'autres secteurs et luttes moins visibles.

De nombreuses catégories sociales et milieux militants des classes populaires aux classes moyennes ont donc déjà été entraînés à un niveau ou un autre dans ce vaste mouvement général, avec leurs expressions, leurs traditions et organisations propres et le plus souvent dans une pagaille totale, sans aucun plan d'ensemble ni direction de la lutte, les unes et les uns après les autres, parfois parallèlement et en même temps mais plus rarement véritablement ensemble. D’où les échecs répétés.

Toutefois, on oublie que cela s'est fait et que la « convergence », le mot le plus employé aujourd'hui chez les militants mais aussi chez ses adversaires qui la craignent, n’est pas une idée nouvelle.

En fait, le mot souvent utilisé a changé de contenu. Ce qui s'est fait "ensemble" en 2016 n'est pas ce qui s'est fait "ensemble" en 2017 ni ce qui se fait encore en 2018 et se fera demain car ce mouvement est parti pour durer longtemps, pas seulement un long mois de mai mais bien au delà.

Nous sommes  donc passés globalement d'un relatif  "tous ensemble" contre la loi Khomry en 2016, contre une régression législative importante en matière de code du travail, aggravée par les ordonnances Macron en 2017, à une lutte portant sur des sujets plus particuliers, émiettés, cheminots, étudiants, EHPAD, grande distribution, retraites, Air France, et bien d'autres... en ce début 2018. 

Or ce qui pourrait paraître comme un émiettement plus grand de la lutte et donc s'accompagner d'un recul de la conscience du "tous ensemble", se complète au contraire d'un sentiment de plus en plus fort de la nécessité de "convergences" réelles ou possibles, d'unité en bas, laissant même germer le terme de grève générale et pas seulement à titre incantatoire, ce qui entraîne à son tour de nouveaux contre feux, sous la forme d'unité, de convergence politique en haut. 

En fait, l'évolution depuis "l'ensemble" d'hier et jusqu'aux "convergences " d'aujourd'hui traduit une lente prise de conscience globale au travers de prises de conscience différenciées de milieux sociaux et militants différents qu'il nous faut un peu plus fouiller. 

La conscience d'hier et les aspirations de demain : politique syndicale, luttes ouvrières et Nuit debout. 

Le mouvement actuel a commencé lorsque les organisations de jeunesse et la pétition contre la première loi travail fin février 2016 ont "débordé" l'ensemble des directions syndicales qui s'apprêtaient à signer la loi Khomry moyennant quelques arrangements à la marge.

Le mouvement démarré ainsi, en dehors des directions syndicales et politiques, a ensuite été récupéré par les directions syndicales, CGT en tête, qui  n'a pas lâché la tête du mouvement - sous ses différentes formes et épisodes - jusqu'au 16 novembre 2017. A cette date s'est produit un certain infléchissement, ouvrant une période dans laquelle nous sommes encore avant que le 26 mai 2018 n'en ouvre peut-être une nouvelle.

En 2016, les militants syndicalistes et les travailleurs les plus proches ont suivi leurs directions syndicales tandis que bien des travailleurs se contentaient d'espérer un mouvement par substitution pour ce qui allait leur tomber sur la tête demain. En même temps ces salariés qui regardaient le combat  des directions syndicales et leurs militants, menaient de multiples luttes locales émiettées sur l'emploi, les conditions de travail et les salaires, parfois – et même souvent -  en les gagnant, au moins partiellement. 

Il y avait en quelque sorte deux mouvements. 

Le premier, un mouvement des directions syndicales, des militants ouvriers et des salariés les plus proches, conscients de la nécessité de mener une lutte tous ensemble contre les premières remises en cause importantes du code du travail, mais mené avec les outils de luttes d'hier, grèves dispersées, journées d'actions saute moutons. 

Le second, un autre mouvement – moins visible, dissimulé par le premier, mais plus important en nombre, s'exprimait en de très nombreuses luttes dispersées - qui n'étaient pas moins conscientes des remises en cause à venir, mais qui faute de croire dans les dirigeants syndicaux et leur volonté de lutte déterminée, préféraient sauver dans l'immédiat ce qui leur semblait possible et à leur portée, soit conditions de travail, salaires et emploi.

Parallèlement, naissait un troisième mouvement le 30 mars 2016, celui de Nuit debout.

D'une certaine manière, ce mouvement mélangeait confusément la critique de l'insuffisante radicalité des directions syndicales ouvrières et l'expression de l'aspiration à un autre monde, une autre démocratie, d'autres relations humaines... contenue dans la conscience qui naissait de la globalité des attaques. Cet esprit est résumé dans la célèbre formule "Macron et son monde" d'inspiration zadiste, popularisée par Frédéric Lordon. 

Cependant, voulant traduire cette aspiration à un "tout" au delà des revendications syndicales traditionnelles sur l'emploi, les salaires et les conditions de travail pas adaptées aux attaques globales du capitalisme, F. Lordon lançait son fameux "nous ne voulons rien". Il reviendra plus tard sur cette formulation qui choquait alors à juste titre les militants ouvriers qui se battent au quotidien aux côtés de leurs camarades de travail pour des besoins élémentaires qui non satisfaits  rendent la vie tout simplement insupportable au point parfois de se suicider.

Mais au delà des individus, avec ou par delà eux, ce qu'on voyait se dessiner dans Nuit debout, par ses porte-paroles les plus connus, c'était l'expression différenciée socialement de la riposte des classes moyennes contre les attaques de la grande bourgeoisie. 

Ces classes ne sont pas plus conscientes que la classe ouvrière de la nécessité d'une riposte globale, mais elles sont moins enserrées par les nécessités élémentaires et moins corsetées par les directions syndicales traditionnelles. Ses porte-paroles sont plus libres de parler au niveau des nécessités générales qu'impose le moment et des aspirations qui en découlent. 

Par contre, si l'on peut parler d'aspirations à un autre monde, c'est dans la classe ouvrière et tout particulièrement sa jeunesse qu'on les trouve le plus, au point du refus du travail (c'est-à-dire de l'apprentissage de l'humiliation) de bien des jeunes ouvriers, eux qui n'ont rien à perdre mais un monde à gagner. C'est là qu'on trouve le plus de rêves, d'espérances et d'idéal, par le fait que tout au bas de l'échelle, c'est la classe la moins nantie, la moins arrivée, la moins compromise, ou corrompue par ce système.

Mais à la différence des classes moyennes dont les porte-paroles ont parfois ou souvent tendance à séparer les besoins au quotidien des aspirations plus générales, les espérances de la classe ouvrière sont intiment liées à ses combats pour ses besoins. Elle ne sépare pas les moyens des fins, le courage du cœur et de la tête. Elle raisonne plus globalement et par ce biais là avec moins d'illusions. Mais par contre, voyant l'ampleur des combats à mener et le vide de représentants et d'organisations pour le faire, elle est souvent la dernière à entrer en lutte.

Bien sûr, à Nuit debout, tout cela était mêlé et ce mouvement a joué un rôle positif comme premier élan vers un autre monde.

Donc d'un côté, actuellement, ce qui est visible pour les éléments extérieurs au monde ouvrier, c'est la grande masse des travailleurs qui ne se bat pas pour ses aspirations à une autre vie, mais pour ses besoins élémentaires, seuls (avec les militants syndicaux de base) ou pour le maintien impossible du statu-quo aux côtés (plus ou moins) des directions syndicales . Non pas que le monde ouvrier qui se bat n'aspire pas à une autre vie, bien au contraire et encore  plus que d'autres, mais parce qu'il n'a pas d'organisations et de porte-paroles qui soient à même de lier ses combats quotidiens pour sa survie aux combats plus généraux pour un autre monde que nécessiterait la situation. 

Cela fait en effet longtemps que les mots socialisme ou communisme ont été vidés de leurs sens initiaux par des décennies de dictatures staliniennes et de trahisons social-démocrates.

La classe ouvrière a des syndicats puissants mais qui ne sont plus guère animés par des dirigeants politiques ayant le projet d'une autre société. Leur effondrement actuel donne la vérité de ce qu'ils sont: des organismes de co-gestion du système certes au profit des salariés mais au même titre que des assistants sociaux ou des avocats ouvriers. Par contre ils n'ont plus rien d'un caractère d'organisations de lutte pour combattre et encore moins renverser le capitalisme.

Et d'un autre côté, les classes moyennes tout autant attaquées que les classes populaires, tentent, elles, d'exprimer le projet global d'une autre société... mais avec les présupposés de ses représentants auto-proclamés, opposant le combat quotidien pour les besoins jugés peu nobles aux aspirations à autre chose plus majestueux. Le lien entre les deux est avant tout le régime autoritaire de Macron et son gouvernement plus que la dictature pourtant encore plus féroce des grands patrons dans les entreprises d'où toute liberté est bannie depuis longtemps mais dont ils aggravent considérablement le régime interne au point qu'on s'y suicide fréquemment.

Or, toute l'histoire de la lutte de classe des exploités montre que l'aspiration à un monde plus humain, "joyeux et tendre" comme dirait F. Ruffin, sort du mouvement lui-même, du combat dés lors que celui-ci atteint un certain niveau et a trouvé les représentants pour le faire entendre.

Aucun homme ne vit que de pain, tout autant ouvrier qu'universitaire ou journaliste. Ce qui fait défaut n'est pas l'aspiration mais la capacité concrète à sa réalisation. C'est du combat pour le "pain" que naît toujours la confiance chez les plus exploités pour aller au delà de leur condition dés lors que ce combat a fait la preuve d'une ampleur et d'une détermination certaines.

Et l'histoire a aussi montré que les aspirations sans la force – qui ne peut venir que de ceux en capacité de bloquer l'économie capitaliste par la grève, bref les ouvriers – se mêlent souvent avec des illusions et finissent le plus fréquemment par être récupérées par des démagogues très institutionnalisés, qui savent jouer des aspirations en niant ou occultant les moyens pour les réaliser.

Les besoins d'aujourd'hui et les aspirations de demain : absence grandissante des directions syndicales, luttes ouvrières convergentes et fête à Macron

En 2017, le scénario a été semblable à 2016, à la différence que l'expression d'une politique radicale d'ensemble répondant à la situation et à l'aspiration à un autre monde, a été porté un court moment non plus par les porte-paroles des classes moyennes mais par un mouvement issu des rangs syndicaux et ouvriers, le Front Social.

L'extraordinaire violence nouvelle de la bourgeoisie s'est d'abord portée contre un militant syndical radical de la CGT, Mickael Wamen, en le condamnant à de la prison ferme dans un premier temps pour avoir voulu défendre son emploi avec ses collègues de Goodyear. 

Ce militant et ses camarades ont refusé de se résigner. Après avoir croisé en 2016 un autre secteur syndical de la CGT, Info'Com, qui s'était aussi illustré par le refus en affiches d'accepter la répression policière, puis d'autres secteurs syndicaux combatifs de la CGT ou de Sud, ils rassemblaient plusieurs fois fin 2016 et début 2017 des milliers de militants ouvriers contre la répression, élargissant l'horizon de cette lutte aux jeunes des quartiers populaires, liant en même temps leur combat au combat général contre la loi El Khomry.  Ce regroupement donnait alors naissance au Front Social en pleines élections présidentielles et législatives de 2017, d'une part par le refus du faux choix électoral qui était proposé, Macron ou M. Le Pen, d'autre part par la volonté de riposter contre les Ordonnances de Macron alors même que les directions syndicales refusaient d'organiser une riposte un tant soit peu sérieuse.

L'apparition du Front Social s'appuyait sur le double sentiment du moment, politique et social mais aussi sur l'importante vague de luttes qui traversait le premier semestre 2017 avec 270 luttes par jour en moyenne, et lié à cela la forte mobilisation des militants syndicalistes, CGT en particulier, qui ne comprenaient pas dans ce contexte l'inertie de leurs directions et cherchaient à le faire entendre.

Pendant ce temps, le principal initiateur de Nuit debout, François Ruffin, lui, faisait le choix de se prêter au jeu institutionnel en se présentant à la députation sous l'étiquette de la France Insoumise, la formation de Mélenchon et tentait de faire ainsi le lien dans sa personne entre différents secteurs des classes moyennes, ceux qui croient encore aux élections et au système et  ceux qui rêvent d'un autre par d'autres moyens. L'opération ne marchait pas tant que ça vu le discrédit général des élections et du parlement, la partie la plus combative des classes moyennes ne se retrouvait pas dans les ambitions électorales même présentées comme simples tribunes des luttes.

Les directions syndicales étaient donc bousculées une nouvelle fois, cette fois-ci par le Front Social entraînant avec lui, une partie des aspirations des nuitdeboutistes et de ses militants.

Elles reprenaient toutefois la main début septembre mais toujours avec leurs méthodes de la période du « dialogue social » et du « grain à moudre », par de multiples journées d'action saute-moutons et concurrentes qui décourageaient peu à peu les militants. Le nombre de participants à ces journées sans suite déclinait régulièrement et elles finissaient désertées lors de la dernière le 16.11.2017. Cette désertion était alors expliquée par les directions syndicales par une prétendue résignation des salariés, qui – selon elles - ne se battaient pas, ce qui est un un argument traditionnel quand leur politique mène à l'impasse.

En même temps que les directions syndicales qui « occupaient » le terrain social durant l'automne 2017,  Mélenchon, de son côté, une fois les élections passées et fort de sa relative réussite électorale tentait de ne plus laisser l'espace social libre au Front Social en prenant l'initiative de la manifestation du 23 septembre 2017 tout en promettant un grande manifestation nationale contre Macron puis un peu plus tard (mais avant Ruffin notons-le), une célébration du premier anniversaire du pouvoir de Macron en 2018 par un espèce de "Un an c'est trop", repris du "10 ans ça suffit" de mai 1968 contre De Gaulle.

Les luttes ouvrières émiettées continuaient toujours à un haut niveau en nombre mais l'espace politique pour le Front Social disparaissait entre le découragement de bien des militants syndicalistes et la promesse d'une grande action sur le terrain social par Mélenchon.

On en était là, fin 2017, avec le sentiment pour beaucoup de militants que Macron avait gagné, au point qu'il se permettait d'annoncer la liquidation de 200 000 militants syndicalistes sans réaction, quand  fin janvier et début février 2018 surgissait une nouvelle vague de luttes qui allait une nouvelle fois changer la donne, mais encore différemment.

Des agents des EHPAD, gardiens de prison, petits paysans, lycéens, étudiants et enseignants puis retraités et salariés de la grande distribution montraient par la dimension de leurs luttes fin janvier, début février, puis mars que le mouvement social n'était pas mort, n'avait pas perdu et qu'au fond ce n'étaient que les directions syndicales et leurs tactiques qui avaient perdu, pas les salariés eux-mêmes. Par ailleurs, ce mouvement qui bousculait les directions syndicales entraînait aussi de nombreux militants de la France Insoumise et posait une nouvelle fois à Mélenchon le problème de l'application de sa promesse d'une grande journée d'action et de « fêter » l'anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Macron.

En quelque sorte, l'important mouvement de luttes émiettées qui avait été  dissimulé jusque là par les mobilisations générales contre la loi El Khomry et les ordonnances Macron, une fois ce combat ayant cessé, apparaissait au grand jour à la surprise de tous. Pour ceux qui ne l'avaient pas remarqué ou nié jusque là, il y avait quelque chose de nouveau. 

Ajouté à cette impression,  avec la fin des ambitions syndicales à contester Macron, la dimension importante du mouvement des EHPAD, comme de celui des retraités, reposait à nouveau de fait dans cette société imprégnée de la compréhension de la globalité des problèmes, la question du « Tous ensemble » qui resurgissait d'autant que EHPAD et retraités organisaient une journée de convergence le 15 mars.

Sentant le danger puisque ce mouvement des secteurs les moins organisés désavouait toutes leurs explications d'une défaite par la résignation des simples salarié, les directions syndicales mirent une date de mobilisation mais limitée à la fonction publique, le 22 mars, pour chapeauter l'ensemble au cas où...

Cependant, les militants reprenant espoir, s'emparèrent à leur tour du 22 mars pour lui donner un caractère d'élan à une nouvelle mobilisation générale. Cette journée fut réussie et renouvelée une seconde fois le 19 avril par la seule CGT cette-fois mais ouvrant une nouvelle période de mobilisations et de grèves, avec les grèves étudiantes, cheminotes, des postiers, d'Air France et bien d'autres.

Cependant il y avait des différences avec la période passée dont on va voir la concrétisation les 5 mai et 26 mai.

D'une part, si la direction de la CGT posait toujours de nombreuses dates de mobilisation corporatives et saute-moutons, tout le monde voyait - malgré ses appels à la convergence -  qu'elle ne le faisait plus vraiment avec l'ambition sérieuse de faire reculer Macron mais seulement avec l'objectif d’accompagner un mouvement qui avait démarré sans elle. 

Plus la CGT parlait de convergence, plus ses initiatives étaient dispersés sans même plus faire l'effort d'un semblant de convergence comme le 3 mai, avec trois manifestations de trois secteurs mobilisés le même jour mais à des heures et des endroits différents, cheminots, étudiants et finances publiques. 

En même temps, l'initiative reposant de plus en plus sur ses militants et non plus les directions, la convergence à la base se réalisait en prime avec de très nombreuses rencontres ou entraides notamment cheminots, étudiants, postiers tandis que les assemblées générales des étudiants permettaient pour la première fois depuis Nuit debout de larges débats tout à la fois sur le monde à venir et en même temps sur les luttes au quotidien et leur solidarité ou leur convergence avec les autres secteurs professionnels.

Pour la bourgeoisie et toutes les organisations traditionnelles, le danger était là. 

C'est pourquoi, dans le secteur le plus mobilisé et le plus organisé, les cheminots, la CGT imposait un mode de lutte, la grève perlée qui avait été très utilisée avant 1968 mais éradiquée pour son inefficacité par la grève générale de 1968. Cette méthode de lutte soit disant pour faire le plus de dégâts contre le patron et à moindre coût pour les grévistes a pour effet d'être totalement inefficace mais surtout d'empêcher les Assemblées Générales où les salariés peuvent discuter de leur mouvement et de ses dirigeants. Avec la grève perlée, on fait grève à la maison et les directions syndicales décident de tout.

Solidaires pour sa part s'engageait à fond dans le mouvement par ses militants mais sans pour autant chercher à dégager une nouvelle direction au mouvement social pour lui permettre de gagner.

Dans cette situation, le Front Social après avoir sollicité pour l'unité de nombreuses fois sans réponses les multiples syndicats, partis et associations se disant opposés à Macron, annonçait début mars une grande Assemblée Générale ouverte à tous ceux qui le voulaient pour le 7 avril afin de faire du mois de Mai 2018 le mois de tous les possibles.

Devant le succès annoncé par cette initiative, diverses organisations qui ne voulaient pas répondre aux propositions unitaires du Front Social, se dépêchaient d'annoncer alors à leur tour le même genre d'initiatives juste avant celle du Front Social, les 4 avril avec le député de la France Insoumise François Ruffin et le 6 avril avec Copernic, Attac et la CGT.

Dégainant  le premier, le 4 avril, c'est l'initiative de Ruffin qui l'a emporté, on le sait, se traduisant par le succès de la mobilisation festive « pot au feu » du 5 mai. 

Commencée le 4 avril comme une initiative horizontale de convergence des luttes sur fond de souvenirs rebelles de Nuit debout, cette mobilisation glissait peu à peu vers une initiative toujours horizontale type Nuit Debout pour finir le jour dit... par un immense show très vertical de la France Insoumise voire césarien de son leader Mélenchon. Il n'y avait bien sûr rien d'étonnant à cela, Ruffin ne faisant que reprendre l'idée de Mélenchon en lui donnant une coloration plus horizontale pour attirer plus de monde.

Cependant, bien des manifestants et militants, certes contents du nombre, mais ayant cru à l'idée de convergence horizontale, se trouvaient volés de leur manifestation par en bas et de convergence des luttes. Elle devenait une journée d'en haut dans les mains d'un parti et d'un homme qui n'existent que par et pour les élections. 

On notait le 5 mai que pas une seule fois Mélenchon ne prononçait dans ses discours le mot grève, tout comme l'universitaire Lordon qui parlait surtout de ceux qui souffrent et moins de ceux qui luttent. Et F. Ruffin concluait cette journée par un interview où il disait son opposition à la convergence des luttes parce que selon lui, il n'y avait que peu de luttes (!) et surtout parce que l'expression des besoins élémentaires dans les luttes avait quelque chose de dépassé et qu'il fallait exprimer autre chose, « la convergence des causes », bref les aspirations à un autre monde. 

Il revenait en quelque sorte au « nous ne voulons rien » de Nuit debout, mais avec un tout autre sens cette fois.

La grève ici occultée, oubliée, niée, est pourtant le premier acte émancipateur des exploités, celui qui libère tout autant de la sujétion patronale que de son système de domination comme de pensée. La grève permet de rencontrer l'autre, étranger, immigré, d'un autre âge, d'un autre sexe... de le découvrir dans le cadre d'un acte de libération commun qui donne du temps non seulement libre mais libéré car en acte : ce n'est pas la liberté des « causes » abstraites, mais la « libération » concrète, marchante. C'est enfin une première et réelle remise en cause du pouvoir des grands patrons, pas seulement de leur argent, mais de leur pouvoir ; ce n'est pas une opinion mais un contre pouvoir, une contre société qui se lève d'en bas et entraîne alors bien au delà des grévistes, tous ceux qui par leur position ne peuvent pas facilement se mettre en lutte. 

Autant Nuit debout participait d'une dynamique de lutte et de convergences, autant le 5 mai et surtout le 26 mai qui s'appuient sur une période de lutte et des convergences réelles, ne tentent plus que de les dissoudre dans la souffrance de la pauvreté et le rêve d'une autre vie, voies traditionnelles vers des solutions institutionnelles. Cela se sent à la petite musique qui joint la dénonciation des souffrances, voire de la souffrance absolue de ceux qui subissent, et l'absence de critique des tribuns sur bus à impériale. Car si la critique par Lordon de l'absence de politique globale des confédérations syndicales était émancipatrice du temps de Nuit debout, autant cette même critique accompagnée de silence a-critique à l'égard de Mélenchon paraît une étrange faiblesse sinon peut-être une duperie, autant politique qu'intellectuelle. 

Car dés lors, d'une pensée émancipatrice on glisse vers le néant des vieilles pensées substantialistes qui ratiocinent sur la nature humaine, autre nom de la souffrance des pauvres.

Fort du succès du 5 mai, qu'il affirme comme sien, Mélenchon se présente alors comme l'unificateur des partis et syndicats,  proposant comme suite à son 5 mai, la « marée » du 26 mai. 

Le 26 mai unifié répond aux aspirations à l'unité des classes exploitées et opprimées qu'elles réclament depuis longtemps.  Et il s'annonce déjà comme un succès. 

Mais en faisant cela, Mélenchon qui se pose ainsi au centre de l'unité réalisée par en haut, se pose également au centre des interrogations et des demandes de la situation sociale et des mobilisations en cours. 

Que fait-on après le 26 mai ? Est-ce une nouvelle journée d'action sans suite comme il y en a eu tant ou la préparation à la construction d'un rapport de force global à même de faire reculer Macron, c'est-à-dire la construction de la grève générale ? 

Les mêmes questions qui se posaient aux directions syndicales se posent maintenant aux dirigeants de la France Insoumise.

Et ce n'est pas sûr que ce soit bon pour Mélenchon, pas sûr qu'il ne soit pas, lui aussi, comme les directions syndicales, dépassé par les exigences des luttes et de leurs acteurs, y compris au sein de la France Insoumise avec par exemple l'apparition d'une aile gauche.

Sauf à réussir à arrêter le mouvement social avant le 26 mai, cette date sans suite, sans plan de bataille, sans préparation à la grève devient une date de dispersion comme les autres.

Alors pour cacher son faux nez ses initiateurs cherchent alors désespérément à additionner des vieilles recettes, sous forme de « nouveautés » ; il est ainsi souhaité au prétexte de l'unité à ne pas faire apparaître de banderoles d'organisations, de cortèges séparés... (et pourquoi pas de slogans), une marée indifférenciée en bref... qui prive de parole pour mieux ne laisser parler que ses représentants officiels patentés, même s'il est demandé à Mélenchon par la CGT et les Nuitdeboutistes de ne pas trop « récupérer » ! 

Autant demander à l'eau de ne pas mouiller ! 

Autant demander au crétinisme électoral d'appeler à la démocratie directe des Assemblées générales de grèves et de construire la grève générale.

Mais la question « et après ? » se posera toujours.

Nous arrivons donc à un point critique pour tous ces acteurs institutionnels qui ont donc décidé de jouer de l'unité de tous les partis et syndicats au sommet contre l'unité du mouvement gréviste à la base: comment se positionneront-ils, nous le saurons dans quelques jours ? 

Quoi qu'il en soit, le courant politique prolétarien ne peut que sortir renforcé de ce moment critique, quels que soient les chausses trappes et les trahisons, car le mouvement est parti pour durer. Plus que jamais, il doit donc s'adresser à l'ensemble de la société et donc y compris aux classes moyennes de plus en plus prolétarisées, en leur proposant ensemble la préparation de la grève générale. 

Car il n'y a pas d'autre moyen de résistance et riposte contre l'état-major général macronien de la contre-révolution au service du Medef et des banques qui a décidé de tout écraser. 

Mais avant de venir à ce que cela nécessite, faisons un petit détour par le passé, sur quelques épisodes éclairants d'une histoire qui se répète souvent.

Le bonapartisme se fraye sa voie dans la contradiction entre classe moyennes et populaires ; une voie qui peut prendre la forme de l'opposition de manifestations de week-end et grève générale voire l'opposition intellectuelle entre souffrances et luttes, aspirations et besoins.

Cette opposition des besoins et des aspirations, des souffrances et des luttes, des grands hommes et de l'émancipation collective n'est pas nouvelle: on la retrouve souvent dans l'histoire des soulèvements populaires.

Après l'explosion populaire de la Commune de Paris en 1871 et avant que le prolétariat ne trouve son expression propre au début des années 1880, il y eut dans la deuxième moitié des années 1870 toute une opposition politico-littéraire « romantique » à la république bourgeoise de Thiers et ses successeurs. C'étaient des journalistes radicaux, des écrivains sociaux, des chansonniers et poètes ouvriers qui tentaient d'unifier et de faire entendre les souffrances émiettées et silencieuses des pauvres et imaginer un autre monde meilleur, tendre et humain. 

Ainsi naquit autour de Jean Lombard, notamment, et avant les organisations ouvrières de luttes, une tentative d'organisation socialiste et littéraire basée sur toute une philanthropie éclairée dénonçant la misère de manière festive et littéraire, colorée, vivante, dans des revues, des cafés et des fêtes mais aimant beaucoup moins cette misère quand elle prenait la forme de la lutte, qui, là, devient par trop grossière, brutale, violente trop proche des besoins animaux... jusqu'au point, quand  les premiers partis ouvriers naquirent, de capituler un peu plus tard dans l'aventure du général Boulanger.

C'est la résurgence permanente de ce qu'ont toujours été dans l'histoire – avec ce qu'il faut changer au fil du temps - la contradiction entre la classe bourgeoise et ses représentants intellectuels, entre « les eaux glacées du calcul égoïste » et les idéaux de « liberté, égalité, fraternité » qu'on a rencontré en 1793 puis durant toute la période d'avant la révolution ouvrière de juin 1848 où les écrivains romantiques, Georges Sand, Victor Hugo, Leconte de Lisle, Lamartine et bien d'autres sont imprégnés de l’idée que riches et pauvres peuvent, guidés par l’artiste et l'intellectuel,  mêler leur vie et leur destin au sein de communautés fraternelles et joyeuses. 

C'est ainsi qu'ils donnent une expression littéraire à d'immortels personnages de pauvres souffrant, Cosette, Fadette, Gavroche... et qu'ils tentent de donner une expression politique de leurs idéaux dans la deuxième république de février 1848 et son gouvernement présidé par Lamartine jusqu'à ce que cet idéal et cette deuxième république s'effondrent moralement, intellectuellement et politiquement dans le massacre qu'ils ordonnent en juin 1848 des ouvriers révoltés avec leurs besoins grossiers.

« La révolution de Février [1848] fut la belle révolution, la révolution de la sympathie générale parce que les antagonismes qui y éclatèrent contre la royauté sommeillaient, embryonnaires, paisiblement, côte à côte, parce que la lutte sociale qui formait son arrière-plan n’avait acquis qu’une existence vaporeuse, l’existence de la phrase, du verbe. » (Karl Marx, Neue Rheinische Zeitung, 29 juin 1848.) 

On pourrait aujourd'hui remplacer royauté par Macron.

Puis après les massacres de juin 1848 : "La fraternité, cette fraternité des classes opposées, dont l'une exploite l'autre, cette fraternité proclamée en février (1848), écrite en majuscules sur le front de Paris, sur chaque prison, sur chaque caserne- son expression véritable, authentique, prosaïque, c'est la GUERRE CIVILE, la guerre civile sous sa forme la plus effroyable, la guerre du travail et du capital. Cette "fraternité" a flambé devant toutes les fenêtres de Paris le soir du 25 juin, alors que le Paris de la Bourgeoisie illuminait, tandis que le Paris du prolétariat brûlait, saignait, gémissait jusqu'à épuisement." (K. Marx, Les lutte de classes en France).

A partir de juin 1848, les pauvres ne sont plus romantiques dès lors qu'ils se révoltent de trop; leurs aspirations généreuses ne sont plus que des besoins étroits et frustres. 

Cette contradiction entre la bourgeoisie et ses représentants littéraires divers réapparaît cependant à chaque fois que le mouvement social renaît. La philanthropie assoupie, petite bourgeoise ou grande,  est en effet réveillée par la révolte des pauvres et cherche alors à nouveau à se faire entendre au travers de l'exaltation de la belle âme des prolétaires dans leurs souffrances capable de les élever au dessus de leurs besoins vulgaires jusqu'à des aspirations nobles. 

Une haute morale qui patronne toujours la marche vers la soumission aux Césars se prétendant au dessus des classes.

Ainsi aujourd'hui la révolte contre le roi Macron, pour lui faire sa fête, introduit Mélenchon tout en tenant d'atténuer l'arrière plan des luttes ouvrières et de leur convergence, en fait la guerre civile que l'ordre bourgeois fait régner déjà partout.

Se différenciant de cela et en capacité d'entraîner la jeunesse et les classes moyennes de plus en plus prolétarisées, l'expression de la guerre civile en cours et des moyens faire face – c'est-à-dire la grève générale - est plus que jamais nécessaire. 

Bien sûr, la grève générale ne se décrète pas, elle se construit. 

Proposons donc de ne pas laisser l'information sur l’état réel des luttes, des grèves, des résistances à nos ennemis ; organisons notre propre réseau d'information.

Organisons, comme les étudiants résistant à la sélection, des assemblées générales qui débattent et décident.

Relions les assemblées générales les unes aux autres, quel que soit le secteur, afin de construire non seulement notre émancipation collective mais à travers cela les germes d'un autre monde. Etablissons pour cela le lien entre les luttes actuelles pour les revendications de salaires, emploi, conditions de travail avec celles contre les reculs que veulent imposer Macron et les capitalistes aux salariés comme aux étudiants pauvres et puis encore avec celles contre la répression qui frappe tout le monde, des zadistes aux syndicalistes en passant par lycéens, étudiants et jeunes de quartiers.

Ce n'est pas si difficile, cela se fait déjà en bas : étudiants, cheminots, postiers et bien d'autres aux revendications toutes différentes se retrouvent souvent ensemble à s'entraider contre la répression policière ou patronales, dans des AG communes, dans des actions de concert, comprenant tous que par delà les revendications différentes, notre combat est le même.

Là, dans tous les discours, dans tous les actes, s'affirme presque tout le temps la nécessité du "tous ensemble" contre les attaques globales de Macron, la nécessité d'affirmer nos valeurs, nos idéaux de services publics, de solidarité avec les plus anciens, les plus fragiles, les malades, les migrants, les sans papiers et les sans emplois, de défense enfin de la nature. Là, en bas, concrètement, dans la lutte et la grève, s'affirme tous les jours le lien entre besoins et aspirations, entre grève et manifestation, le besoin d'un agenda des luttes contrôlé par la démocratie directe des grèves et de leurs Assemblées générales, leur coordination générale, la nécessité d'arriver à dégager Macron et son monde, le capitalisme, pour construire le notre, plus fraternel, plus joyeux, plus humain. 

Le Front Social, contre le silence de la division des luttes et les belles paroles creuses qui les soutiennent de loin, se bat pour la prise de parole des acteurs de la lutte et pour les décisions collectives. C'est l'objectif du meeting du 14 mai 2018 pour parler de la grève générale, qui réunit plusieurs des principaux acteurs ouvriers des luttes en cours, expression actuelle de cette conscience ouvrière naissante, de sa puissance d'émancipation de tous par son combat déterminé pour un autre monde, débarrassé de toute exploitation et de toute oppression.

« Il n’est pas de sauveur suprême, ni Dieu, ni César, ni Tribun

Producteurs, sauvons-nous nous mêmes

Décrétons le salut commun »

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