Catalunya. Au jeu de dupes, le gouvernement continue à marquer des points...

Pendant que la droite et l'extrême droite continuent à tenir la rue... les partis indépendantistes jouent la montre en vase clos !

12.10.17 - Site NPA 34

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 - Puigdemont au poteau !
- Tu crois qu'ils nous laisseront défiler aux côtés des Forces Armées pour de bon ?
 - Ils ne se rendront pas compte... Dès qu'on sera là, ils regarderont ailleurs !

En ce jour defête nationale (sic) et de défilé militaire et, pour la première fois depuis des années, policier, aux deux pôles de l'affrontement politique actuel, Madrid et Barcelone, c'est le pouvoircentral et royal et tout ce qu'il charrie de revanchard-es décidées à faire payer au prix fort aux Catalan-es la paniquequ'ils leur ont mise, qui paradaient ! Les rues, y compris donc à Barcelone (65 000, ce qui n'est pas rien), étaient à eux/elles, grossies aussi de tous ceux/toutes celles, faisant masse autour des premiers, que, jusque là indifférents à la chose nationale-espagnole dans le souci procuré par la cure austéritaire imposée, le cours des choses hispano-catalanes a fait basculer du côté de la défense fantasmatique de l'unité du pays. Ils/elles n'auront pas boudé cette fois le 12 octobre et, sans vouloir majorer l'événement, observons qu'il aura accédé à cette catégorie d'événement non seulement par l'effet d'amplification que les médias aux ordres ont inévitablement produit, mais surtout dansle terrible contraste qu'il consacre : des milliers d'unionistes dans les rues qui reconduisent leurs manifestations de ces derniers jours alors que les partisan-es du mouvement national catalan restent abonné-es à la logique de la manifestatio interrupta... Etant entendu que le rassemblement autour du Parlament mardi soir pour l'allocution du President, qui aurait pu permettre de reprendre la rue et de donner un second souffle à la mobilisation pour l'indépendance et la république catalanes, a cruellement tenu d'un avortement politique majeur. 

Que Puigdemont et ses allié-es de l'ERC, ayant fait, contre mauvaise fortune électorale (la perte d'une majorité absolue au Parlament), bon coeur indépendantiste (pour se gagner les député-es de la CUP anticapitaliste), qu'ils aient calé au pied du mur de la DUI (Déclaration Unilatérale d'Indépendance) qu'ils avaient dit être prêts à sauter, ne devrait pas être une surprise, n'aurait pas dû être une surprise. La double pression, d'une part, des annonces du départ, hors de Catalogne, des grandes entreprises, à l'impact probablement plus politique qu'économique  et, d'autre part, le chantage de Rajoy au recours au 155 doublé d'une menace d'intervention spectaculaire decommandos de la police contre le Govern et les député-es, aura ramené ceux/celles-ci (du PDeC et de l'ERC), du moins provisoirement (mais quel désastreux provisoire !), à la raison bourgeoise de leur engagement national. Leur Catalogne indépendante et républicaine n'a pas de sens sans les grandes entreprises ni hors d'un retour à l'ordre, vital pour celles-ci : l'ennemi espagnoliste, au demeurant, en leur signifiant, et de quelle façon musclée, que l'ordre est le nerf de la guerre du pouvoir bourgeois, les aura paradoxalement ramené-es à leurs fondamentaux capitalistes et donc à la nécessité de répondre à cette injonction d'ordre espagnoliste en  donnant eux-mêmes le primat à l'ordre contre la radicalisation du processus indépendantiste qui pourtant les portait !

Car il faudra se rendre à l'évidence que l'affaiblissement rapide de la puissance de mobilisation du processus si magnifiquement exprimée le dimanche du référendum et lors de la journée de grève générale du mardi suivant, n'obéit pas à une logique stratégique naturelle, intrinsèque à ladite mobilisation, qui voudrait que, dans l'avènement d'un radical mouvement de masse, une pause soit le gage irréfutable d'une plus forte relance de la puissance engrangée... Devant la bifurcation qui s'est ouverte mardi soir, le choix a été fait par la composante majoritaire de l'indépendantisme de se replier sur son logiciel historique, celui du régionalisme autonomiste de la modération déclinée en termes de dialogue et médiation et d'institutionnalisme, loin, très loin des mouvements de rue auxquels amène quasi nécessairement le choix de l'indépendantisme. D'où cette baroque indépendance immédiatement (au bout de huit secondes !) suspendue et cet extraordinairement infantile appel à la raison négociatrice du fou de l'espagnolisme centraliste. Dans l'espoir que de bien trop mystérieuses assurances données sur la mise en place d'une médiation internationale se concrétisent...

Il reste  à évaluer ce que va faire la CUP, principal mouvement anticapitaliste, qui, vite revenue de ses premières déclarations incendiaires contre la trahison de Puigdemont, a cosigné, à la fin de la dérisoire session parlementaire, le texte d'une déclaration d'indépendance non votée par les député-es, et donc sans aucun effet légal, par lequel Puigdemont and Co ont cherché à donner le change de leur débandade politique. "Esto queda en papel mojado", "cela donne du papier mouillé", dit l'espagnol pour notre "cela reste lettre morte"... Tout en annonçant qu'ils/elles retirent au Président leur appui parlementaire, les cupero/-as lui laissent un mois pour mener à bien sa démarche de négociation avec Rajoy ! Le tout s'inscrivant dans le jeu des tractations au sommet, institutionnelles, avec des "partenaires" pour l'indépendance qui ont provoqué une déception sans nom dans de larges pans de la population catalane. Déception dont il n'est pas sûr que, au bout du délai donné, elle aura été surmontée pour relancer une mobilisation populaire qui, catalyseur de la riposte à la répression du PP, a été laissée sans objectifs crédibles de poursuite de l'action... Y compris du côté d'une CUP, piégée par son propre institutionnalisme, dont les appels à poursuivre la mobilisation des  Comités de Défense du Référendum en faveur de la grève générale auront été un feu de paille.

La dernière offensive de Rajoy, toujours scrupuleusement appuyée par le socialiste Pedro Sánchez et Ciudadanos, donnant un sursis de 5 jours à son interlocuteur catalan, avant d'activer un 155 ayant déjà reçu son feu vert, pour qu'il déclare ouvertement ... qu'il n'a pas proclamé l'indépendance devant le Parlament parachève un jeu de dupes irréel sur les possibilités que chacun fasse marche arrière (un irréel dont on devine que c'est du côté catalan qu'il pourrait devenir réalité d'une reddition !) ; mais surtout un jeu de dupes dissymétrique dont, dans tous les cas, risque de faire les frais la mobilisation catalane : celui d'une proclamation d'indépendance non proclamée mais éventuellement appelée à être proclamée et d'un article 155 non appliqué mais ayant reçu l'aval pour être utilisé... 

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Aux dernières nouvelles l'ANC demande au Govern de lever la suspension de l'indépendance et l'Omnium n'exclut pas d'appeler à une nouvelle "grève civique", comme le 3 octobre pendant la grève générale...

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