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Billet de blog 14 mars 2021

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La résistance birmane se propage à l'Inde -Jacques Chastaing

Le formidable courage du peuple birman qui manifeste jour et nuit, comme la nuit dernière du 13 au 14 mars et qui est déjà reparti dans de multiples manifestations ce matin 14 mars, a entraîné les multiples peuples indigènes plus ou moins autonomes de l'Inde dans une lutte commune de tous les peuples de Birmanie.

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Le formidable courage du peuple birman qui manifeste jour et nuit, comme la nuit dernière du 13 au 14 mars et qui est déjà reparti dans de multiples manifestations ce matin 14 mars, tandis que les grèves depuis l'appel à la grève générale le 8 mars paralysent la fonction publique, les chemins de fer, mais aussi le textile, le commerce et que la contestation du coup d'Etat militaire, a entraîné les multiples peuples indigènes plus ou moins autonomes de l'Inde dans une lutte commune de tous les peuples de Birmanie avec un certain effet puisque 600 policiers dont des officiers de haut-rang auraient quitté la police birmane ces dernières semaines pour rejoindre le soulèvement dans le seul Etat d'Arakan (ou vivent les Rohingyas) et que des guérilleros armés Karen protègent des manifestations.

Or plusieurs de ces tribus et peuples birmans qui luttent depuis des années, parfois avec des guérillas armées, pour plus d'autonomie ou leur indépendance sont situés à la frontière indienne sur plus de 1 600 km de frontière commune. Ils sont au contact de 4 Etats indiens du Nord-est, principalement, l'Arunachal Pradesh, le Nagaland, le Manipur et le Mizoram et un indirectement l'Assam (des Etats montagneux partagés entre les contreforts de l'Hymalaya et une autre chaîne de montagne au relief et aux forêts inextricables et à l'accès très difficile). La population de ces Etats peuplée de tribus autochtones (adivasis) est profondément méprisée en Inde encore plus que les Intouchables, et partage des liens ethniques avec des groupes tribaux de l'autre côté de la frontière, le Mizoram en particulier.

La communauté dominante de Mizo dans le Mizoram est ethniquement liée aux Chins dans l'État voisin de Chin de l'autre côté de la frontière. Les Chins qui manifestent activement contre la dictature birmane sont également liés au groupe Kuki-Zomi à Manipur. Le Myanmar compte également plusieurs communautés Naga ayant une affinité avec les Nagas, répartis dans le Manipur, le Nagaland et l'Arunachal Pradesh.

Or, dans ces Etats indiens, existent depuis très longtemps de multiples résistances et de nombreuses guérillas armées dont la plus ancienne du monde (depuis 1947, date de la création de l'Inde où le Nagaland avait proclamé son indépendance qui fut violemment réprimé par des opérations militaires de grande ampleur, comme première décision de l'Inde indépendante de Gandhi et Nehru. Depuis, la guerre n'a pas cessé même si son intensité s'est fortement atténuée. Ce qui fait encore aujourd'hui que la plupart de ces états indiens sont sous administration militaire directe et sous le régime de la loi martiale. Souvent les tribus de l'autre côté de la frontière birmane ont accueilli des réfugiés indiens fuyant la répression et réciproquement).

Le Mizoram a accueilli ces dernières semaines plusieurs centaines de réfugies birmans dont au moins 8 policiers et leurs familles que l'Etat birman réclame à l'Inde pour les juger.

Or, si Modi soutient le régime Birman (tout en réclamant plus de démocratie du bout des lèvres) et a exigé de ces Etats indiens du Nord-est qu'ils bloquent les frontières et refusent l'entrée de réfugiés birmans, les communautés de ces États se sont mobilisées pour au contraire apporter leur aide aux réfugiés birmans et on a vu des manifestations communes sur certaines villes frontières. Ainsi l'Union tribale All Manipur (AMTU) a lancé un appel au Conseil de sécurité des Nations Unies y exprimant sa solidarité avec le peuple du Myanmar qui résiste à l’armée et a condamné le renversement d’un gouvernement démocratiquement élu, tout comme l’Union des étudiants de Tenyimi au Nagaland qui est un groupe de coordination comprenant 10 communautés des tribus Naga.

Or, il y a des élections (Parlement et gouvernement) dans l'Etat de l'Assam en mars, le seul Etat dans cet extrême est de l'Inde où la vallée principale ne soit pas sous loi martiale, un Etat dirigé par Modi mais où la contestation est très forte depuis que celui-ci ait promulgué une loi fin décembre 2019 (qui a mis le feu aux poudres à l'agitation actuelle en Inde) qui accorde la nationalité indienne aux réfugiés pour peu qu'ils ne soient pas musulmans. Ce qui a semé une confusion extrême dans cette région, où d'une part des tribus qui sont en voie de destruction craignent que ce soit un moyen avec un afflux de réfugiés d'amplifier leur extinction et par là, un moyen de saisir leurs riches forêts ( dont les tribus sont propriétaires depuis l'indépendance) au profit de l'industrie forestière, ce qui a amené des tribus à manifester aux côtés des paysans en soulèvement et d'autre part en a amené d'autres ou les mêmes à manifester contre la porte ouverte aux réfugiés mais aussi contre le BJP de Modi, responsable de cette situation. Aussi l'Assam, on pourrait dire l'Etat le plus important de cette région du Nord-Est et qui contrôle d'une certaine manière les autres, est-il actuellement sujet d'une multitude meetings et d'une campagne électorale agitée avec la venue annoncée de leaders paysans.

On peut penser que si le régime du BJP de Modi s'effondrait en Assam, on pourrait assister à une situation explosive dans le reste des Etats de la région ce qui pourrait se lier au soulèvement birman pour exiger plus de démocratie, casser des frontières artificielles tracées par l'impérialisme britannique entre les deux pays et en même temps poser la nécessité pour le soulèvement paysan d'aborder la question d'une fédération des Etats d'Asie du Sud. Ils organisent une manifestation nationale en Inde contre l'impérialisme le 21 mars.

PHOTOS

Barricades à Yangon et à Okkalar, manifestation d'ouvriers à Tee Tain dans l'Etat de Chin, manifestation le 14.03 à Monywa, manifestation le 14.03 dans la ville de Hakha, manifestation à Paun dans l'Etat de Mon, manifestation à Myaing, manifestation dans la ville de Thayet, manifestation à Natmauk, manifestation à Kawlin

Ici 7 photos de plus

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