Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

10961 Billets

0 Édition

Billet de blog 15 janv. 2022

Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

Inde: le mouvement paysan lance un nouvel ultimatum au gouvernement

Si d'ici le 31 janvier, il n'a pas tenu ses promesses, le soulèvement paysan reprendra encore plus fort.

Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

par Jacques Chastaing

Tout le monde attendait le 15 janvier 2022, date d'une première rencontre entre le SKM (coordination qui anime le mouvement paysan) et le gouvernement pour mettre en place le MSP (sorte de salaire minimum paysan) que le gouvernement avait promis ainsi que des indemnités pour les victimes des violences policières et l'amnistie pour ceux qui sont poursuivis en justice. Le SKM avait suspendu le mouvement paysan national jusqu'au 15 janvier après que le gouvernement ait annulé les lois anti-paysans en novembre puis après avoir promis, MSP, indemnisations et amnistie début décembre 2021.

Or, à part, l'annulation des lois anti-paysans, ce qui est très important mais ramène tout le monde au point de départ de la lutte, rien dans les promesses d'améliorations du sort des paysans n'a été tenu.

Aussi le SKM a-t-il annoncé qu'il donnait un ultimatum au gouvernement au 31 janvier et que si les promesses n'étaient pas tenues à cette date, il appellerait les paysans à reprendre la lutte à un niveau encore plus élevé que précédemment.

Le SKM a donc annoncé qu'il appellerait le 31 janvier à brûler en place publique dans tout le pays les effigies de Modi et ses ministres pour illustrer qu'on ne peut pas avoir confiance dans leur parole. Il lancerait une grande campagne à partir du 1er février pour faire perdre les élections au BJP (le parti gouvernemental) dans les Etats de l'Uttarakhand et de l'Uttar Pradesh qui ont lieu en février/mars et qui sont vitales pour la survie du BJP en tous cas en ce qui concerne l'Uttar Pradesh, le plus grand Etat de la fédération indienne et vitrine publique de sa politique d'Hindtusva (politique de ségrégation religieuse, de caste et de sexe) où une défaite aurait des répercussions nationales et annoncerait probablement la fin du BJP. Enfin, le SKM a renouvelé son appel à la grève nationale historique des confédérations syndicales ouvrières des 22 et 23 février.

Beaucoup de voix dans les rangs paysans s'étaient élevées contre la décision du SKM de suspende le mouvement alors en plein essor, devant des promesses d'un gouvernement qu'on sait habitué à ne pas les tenir. Et cela d'autant que l'obtention du MSP était quelque chose d'énorme vu que cela concernait des centaines de millions de paysans et ouvrirait la porte derrière eux aux mêmes revendications pour des centaines de millions de prolétaires sans aucune protection sociale. Il aurait certainement fallu que non seulement le BJP craigne de perdre le pouvoir (ce qui était possible) mais que la bourgeoisie indienne craigne elle-même une révolution populaire pour que tous deux accèdent véritablement à cette revendication. Ce qui était dans l'air notamment au travers des Mahapanchayat, structures de démocratie directe poussant à cela qu'avait mis au point le soulèvement paysan mais que dont le covid avait ralenti la multiplication. Cette marche vers la révolution nécessitait encore bien des pas en avant et des étapes à franchir notamment pas les dirigeants du mouvement.

Et concrètement, cela signifiait non pas suspendre la lutte, mais au contraire intensifier encore la mobilisation, appeler au combat commun les autres classes populaires, bref marcher vers la révolution. Certains dirigeants du SKM ont évoqué à plusieurs reprises cette orientation révolutionnaire. Mais c'est peut-être face à ce choix, que le SKM, globalement, a reculé. Il s'était en effet constitué pour faire aboutir de manière radicale des revendications paysannes mais n'avait certainement pas prévu pour cela de devoir aller jusqu'à la révolution. Le fait révélateur de cette hésitation, et peut-être d'une division en son sein, est notamment qu'en même temps que le SKM décidait de la suspension du mouvement, une partie de ses dirigeants ont fait le choix inverse, très institutionnel, de participer au jeu électoral traditionnel ( au Pendjab) dont on sait combien, en Inde en particulier, il est un moyen non pas d'accéder aux revendications mais de les enterrer en intégrant au système tous ceux qui se prêtent à ce jeu.

Face à ce choix de la marche vers la révolution, comment va évoluer le SKM et le mouvement paysan ? Les prochains jours vont répondre rapidement.

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

À la Une de Mediapart

Journal
Immigration : le discours de Borne entre « fermeté » et « humanité » ne trompe personne
Les députés et le gouvernement ont débattu mardi soir, sans voter, des orientations du futur projet de loi sur l’asile et l’immigration, annoncé pour le début 2023. Un texte « équilibré », a vanté la première ministre, sans convaincre les oppositions. Profondément divisées.
par Nejma Brahim
Journal
Projet de loi immigration : « Nous sommes sur des propositions racistes »
Le projet de loi immigration, porté par Gérald Darmanin, est discuté mardi 6 décembre à l’Assemblée nationale. L’occasion notamment de revenir sur les chiffres de « la délinquance des étrangers » avancés par le chef de l’État et le ministre de l’intérieur. 
par À l’air libre
Journal
Grève à la SNCF : la mobilisation de la base des contrôleurs bouscule les syndicats
Après un premier week-end de grève remarqué, les contrôleurs SNCF menacent de remettre le couvert pour les fêtes de fin d’année si la direction n’accède pas à leurs demandes. Parti d’un collectif « apolitique », ce mouvement déborde les organisations syndicales.
par Khedidja Zerouali
Journal — Politique économique
Comment la Macronie a tourné le dos à la rationalité économique
Alors qu’en 2017, Emmanuel Macron se présentait comme le champion de « l’évaluation des réformes », il fait fi des évaluations scientifiques négatives sur sa politique économique. Désormais, sa seule boussole est sa politique en faveur du capital.
par Romaric Godin et Mathias Thépot

La sélection du Club

Billet de blog
Playlist - Post-punk et variants
Blue Monday infini et températures froides bien en dessous de celles d'Ibiza en hiver. C'est le moment idéal pour glorifier le dieu post-punk et ses progénitures art rock ou dark wave, fournisseurs d'acouphènes depuis 1979. Avec Suicide, Bauhaus, Protomartyr, Bantam lyons, This heat, Devo, Sonic Youth...
par Le potar
Billet d’édition
2. B.B. King et la légende de Lucille
Il suffit d’avoir admiré son jeu tout en finesse et en agressivité contenue, d’avoir vécu l’émotion provenant du vibrato magique de sa guitare, d’avoir profité de sa bonhomie joviale et communicative sur scène, de son humilité, et de sa gentillesse, pour comprendre qu’il n’a pas usurpé le titre de King of the Blues.
par Zantrop
Billet de blog
Anne Sylvestre : manège ré-enchanté
Tournicoti-tournicota ! On savait l'artiste Anne Sylvestre facétieuse, y compris à l'égard de ses jeunes auditeurs, fabulettement grandis au rythme de ses chansons, alors qu'elle ne cessa pas de s'adresser aussi aux adultes irrésolus que nous demeurons. Presque au point de la croire ressuscitée, grâce à l'initiative de la publication d'un ultime mini album.
par Denys Laboutière
Billet de blog
Rap et théorie postcoloniale : sur « Identité remarquable » de Younès Boucif
« Un Arabe qui fait du rap y’a pas grand-chose d’original », rappait Younès dans « J’me rappelle ». Mais quid d’un Arabe qui rappe, joue (au cinéma, au théâtre), écrit des romans, manage et se fait parfois, à ses heures perdues, documentariste ? À l'occasion de la sortie de son album, retour sur la trajectoire d'un artiste aux talents multiples.
par Matti Leprêtre