Inde: le soulèvement paysan se bat pour la laïcité -Jacques Chastaing

Contre toutes les divisions et haines religieuses mais aussi de races, castes ou sexes sur lesquelles repose le pouvoir de Modi et l'exploitation capitaliste.

Aujourd'hui, 15 avril a eu lieu un important Mahapanchayat du soulèvement paysan à Asensol dans l'Etat du Bengale Occidental.

Ce n'est pas le premier dans cet État mais celui-ci avait une importance politique toute particulière pour l'avenir de l’État et de l'Inde entière.

En effet, des élections pour renouveler le Parlement et le gouvernement de l'Etat du Bengale (92 millions d'habitants) ont lieu actuellement. Or le BJP fait tout pour emporter ces élections qui pourraient faire basculer l'Inde. Le gouvernement central de Modi voudrait imposer l'Hindutva à tout le pays (c'est-à-dire l'équivalent de la Charia pour les Hindous), s'attaquant principalement aux musulmans (172 millions en Inde) ce qui a déjà eu des conséquences sanglantes partout où le gouvernement fascisant de Modi a pu imposer l'Hindutva.

Or les principaux Etats du sud de l'Inde résistent jusque là à cette offensive de haine religieuse au nom de la laïcité et au premier chef le Bengale, avec derrière le Tamil Nadu, l'Andhra Pradesh, le Kerala....

Le Bengale Occidental n'a pas connu de haines et violences religieuses importantes depuis 50 ans environ. Mais au moment de l'indépendance et de la partition sur des bases religieuses catastrophiques du Bengale entre l'Inde hindoue et le Pakisan Est musulman (aujourd'hui Bengladesh), les violences avaient atteint un niveau inouï avec des fuites de population dans un sens comme dans l'autre, des milliers de morts, des dizaines de milliers de maisons brûlées, un exode épouvantable.

Or aujourd'hui, le BJP du gouvernement de Modi voudrait renouveler ça pour régner par la terreur religieuse.

Il attise ainsi dans la campagne électorale les haines. De plus, il a un projet de loi (CAA) passé au niveau national mais pas appliqué au Bengale. Cette loi permettrait en gros de déposséder de leurs biens les musulmans (27% de la population) au titre qu'une bonne partie des musulmans - pour la plupart paysans - ne peuvent pas faire la preuve de leur citoyenneté à savoir de prouver que leurs parents ou grands parents seraient bien nés en Inde et non dans la partie anciennement orientale du Bengale, c'est-à-dire aujourd'hui le Bengladesh. Ces musulmans vivent là depuis des décennies, mais beaucoup de leurs familles ont eu une histoire mouvementée avec la partition de l'Inde, du Pakistan Est et du Bengladesh. Ainsi, si vous ne pouvez pas faire la preuve de votre "nationalité" (parents, grands parents), mais si vous êtes Hindous, vous êtes considérés comme citoyen indien, mais dans les mêmes conditions si vous êtes musulman, vous devenez un étranger expulsable.

Cette loi CAA avait provoqué le premier grand soulèvement du peuple indien tout entier, (hindous et musulman ensemble) pour dégager Modi et sa haine, de décembre 2019 à mars 2020 avec une grève générale de 250 millions de personnes au milieu, le 8 janvier. Modi avait réussi à mettre fin à ce mouvement en attisant la peur du Covid pour exiger la fin de tout rassemblement et en jetant l'Inde dans un chaos indescriptible en faisant licencier 80 millions des ouvriers les plus pauvres et en utilisant le chaos ambiant pour renforcer les mesures de dictature policière, la destruction du code du travail et en prenant des mesures détruisant la petite propriété paysanne. Le soulèvement paysan actuel est alors sorti de la protestation contre ces mesures anti-paysans et a porté en lui, les valeurs du mouvement précédent contre l'Hindutva de Modi et ses divisions religieuses, ethniques, de castes ou de sexes.

Or aujourd'hui, Modi ne sait pas comment arrêter ce soulèvement paysan et il utilise la montée soudaine du covid en inde - réelle ou supposée - alors qu'il n'a jamais rien fait contre l'épidémie, pour recommencer sa tactique de mars 2020.

Il exige l'arrêt de tous les rassemblements politiques ou syndicaux à commencer par ceux des paysans au prétexte, selon ses experts dont les avis sont partout dans la presse indienne et même française qui derrière Modi s'inquiète soudain du covid en Inde, que ce sont ces rassemblements, en particulier les campements des paysans à Delhi, qui sont responsables de la propagation du virus.

Par contre, les religieux hindous peuvent continuer leur pèlerinages massifs sans aucune protection, et lui Modi, continue ses meetings de masse de sa campagne électorale au Bengale sans aucune protection sanitaire. Malheureusement, le PCI (Marxiste) vient de céder à la pression montante et aux peurs qu'elle engendre et a annoncé qu'il arrêtait ses meetings électoraux au Bengale.

C'est donc dans ces circonstances de déchainement de haine contre la soi-disant irresponsabilité des paysans que ceux-ci ont maintenu leur Mahapanchayat aujourd'hui en argumentant que si Modi était sincère et voulait réellement combattre le virus, il renoncerait à ses lois anti-paysans et aussitôt les paysans rentreraient chez eux.

Dans ces circonstances, il y a un danger que Modi remporte électoralement le Bengale.

Il a eu en effet une progression fulgurante de ses résultats électoraux ces dernières années. Ils se sont construits sur l'effondrement des résultats du PCI (marxiste) qui dirigeait l'Etat depuis des décennies mais dont la soumission à la politique du capital en ouvrant de grandes zones franches depuis le tournant libéral mondial sans plus aucun droit ouvrier et en expropriant les terres des paysans, avait totalement désorienté les plus pauvres. Cela a ouvert le terrain à une propagande de haine religieuse et raciale, un peu comme en France, la politique de la gauche faisant celle de la droite a ouvert le terrain pour l'extrême droite.

Le Mahapanchayat paysan d'aujourd'hui se place dans ce contexte pour appeler les électeurs à voter pour qui ils veulent sauf pour le BJP en montrant le désastre que ce serait pour le Bengale mais aussi pour toute l'Inde, les autres Etats du sud pouvant suivre alors le Bengale et tout le pays pourrait alors passer sous le joug de la charia hindoue fascisante.

A la tribune du mahapanchayat, on trouve donc un dirigeant du soulèvement actuel, Rakesh Tikait mais aussi une dirigeante du soulèvement paysan des années 2007 qui avait conduit à la chute du gouvernement du PCI (marxiste) et des représentants paysans des communautés hindoues, musulmanes ou sikhs pour bien montrer que le soulèvement paysan ne se bat pas que pour ses intérêts corporatistes mais aussi pour toute l'inde, pour la laïcité et contre le déchainement de toutes les haines religieuses

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Mahapanchaut à Asensol dans le Bengale Occidental avec tous les représentants de toutes les communautés représentées à la tribune

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En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

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