Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

10570 Billets

0 Édition

Billet de blog 15 avr. 2021

Inde: le soulèvement paysan se bat pour la laïcité -Jacques Chastaing

Contre toutes les divisions et haines religieuses mais aussi de races, castes ou sexes sur lesquelles repose le pouvoir de Modi et l'exploitation capitaliste.

Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Aujourd'hui, 15 avril a eu lieu un important Mahapanchayat du soulèvement paysan à Asensol dans l'Etat du Bengale Occidental.

Ce n'est pas le premier dans cet État mais celui-ci avait une importance politique toute particulière pour l'avenir de l’État et de l'Inde entière.

En effet, des élections pour renouveler le Parlement et le gouvernement de l'Etat du Bengale (92 millions d'habitants) ont lieu actuellement. Or le BJP fait tout pour emporter ces élections qui pourraient faire basculer l'Inde. Le gouvernement central de Modi voudrait imposer l'Hindutva à tout le pays (c'est-à-dire l'équivalent de la Charia pour les Hindous), s'attaquant principalement aux musulmans (172 millions en Inde) ce qui a déjà eu des conséquences sanglantes partout où le gouvernement fascisant de Modi a pu imposer l'Hindutva.

Or les principaux Etats du sud de l'Inde résistent jusque là à cette offensive de haine religieuse au nom de la laïcité et au premier chef le Bengale, avec derrière le Tamil Nadu, l'Andhra Pradesh, le Kerala....

Le Bengale Occidental n'a pas connu de haines et violences religieuses importantes depuis 50 ans environ. Mais au moment de l'indépendance et de la partition sur des bases religieuses catastrophiques du Bengale entre l'Inde hindoue et le Pakisan Est musulman (aujourd'hui Bengladesh), les violences avaient atteint un niveau inouï avec des fuites de population dans un sens comme dans l'autre, des milliers de morts, des dizaines de milliers de maisons brûlées, un exode épouvantable.

Or aujourd'hui, le BJP du gouvernement de Modi voudrait renouveler ça pour régner par la terreur religieuse.

Il attise ainsi dans la campagne électorale les haines. De plus, il a un projet de loi (CAA) passé au niveau national mais pas appliqué au Bengale. Cette loi permettrait en gros de déposséder de leurs biens les musulmans (27% de la population) au titre qu'une bonne partie des musulmans - pour la plupart paysans - ne peuvent pas faire la preuve de leur citoyenneté à savoir de prouver que leurs parents ou grands parents seraient bien nés en Inde et non dans la partie anciennement orientale du Bengale, c'est-à-dire aujourd'hui le Bengladesh. Ces musulmans vivent là depuis des décennies, mais beaucoup de leurs familles ont eu une histoire mouvementée avec la partition de l'Inde, du Pakistan Est et du Bengladesh. Ainsi, si vous ne pouvez pas faire la preuve de votre "nationalité" (parents, grands parents), mais si vous êtes Hindous, vous êtes considérés comme citoyen indien, mais dans les mêmes conditions si vous êtes musulman, vous devenez un étranger expulsable.

Cette loi CAA avait provoqué le premier grand soulèvement du peuple indien tout entier, (hindous et musulman ensemble) pour dégager Modi et sa haine, de décembre 2019 à mars 2020 avec une grève générale de 250 millions de personnes au milieu, le 8 janvier. Modi avait réussi à mettre fin à ce mouvement en attisant la peur du Covid pour exiger la fin de tout rassemblement et en jetant l'Inde dans un chaos indescriptible en faisant licencier 80 millions des ouvriers les plus pauvres et en utilisant le chaos ambiant pour renforcer les mesures de dictature policière, la destruction du code du travail et en prenant des mesures détruisant la petite propriété paysanne. Le soulèvement paysan actuel est alors sorti de la protestation contre ces mesures anti-paysans et a porté en lui, les valeurs du mouvement précédent contre l'Hindutva de Modi et ses divisions religieuses, ethniques, de castes ou de sexes.

Or aujourd'hui, Modi ne sait pas comment arrêter ce soulèvement paysan et il utilise la montée soudaine du covid en inde - réelle ou supposée - alors qu'il n'a jamais rien fait contre l'épidémie, pour recommencer sa tactique de mars 2020.

Il exige l'arrêt de tous les rassemblements politiques ou syndicaux à commencer par ceux des paysans au prétexte, selon ses experts dont les avis sont partout dans la presse indienne et même française qui derrière Modi s'inquiète soudain du covid en Inde, que ce sont ces rassemblements, en particulier les campements des paysans à Delhi, qui sont responsables de la propagation du virus.

Par contre, les religieux hindous peuvent continuer leur pèlerinages massifs sans aucune protection, et lui Modi, continue ses meetings de masse de sa campagne électorale au Bengale sans aucune protection sanitaire. Malheureusement, le PCI (Marxiste) vient de céder à la pression montante et aux peurs qu'elle engendre et a annoncé qu'il arrêtait ses meetings électoraux au Bengale.

C'est donc dans ces circonstances de déchainement de haine contre la soi-disant irresponsabilité des paysans que ceux-ci ont maintenu leur Mahapanchayat aujourd'hui en argumentant que si Modi était sincère et voulait réellement combattre le virus, il renoncerait à ses lois anti-paysans et aussitôt les paysans rentreraient chez eux.

Dans ces circonstances, il y a un danger que Modi remporte électoralement le Bengale.

Il a eu en effet une progression fulgurante de ses résultats électoraux ces dernières années. Ils se sont construits sur l'effondrement des résultats du PCI (marxiste) qui dirigeait l'Etat depuis des décennies mais dont la soumission à la politique du capital en ouvrant de grandes zones franches depuis le tournant libéral mondial sans plus aucun droit ouvrier et en expropriant les terres des paysans, avait totalement désorienté les plus pauvres. Cela a ouvert le terrain à une propagande de haine religieuse et raciale, un peu comme en France, la politique de la gauche faisant celle de la droite a ouvert le terrain pour l'extrême droite.

Le Mahapanchayat paysan d'aujourd'hui se place dans ce contexte pour appeler les électeurs à voter pour qui ils veulent sauf pour le BJP en montrant le désastre que ce serait pour le Bengale mais aussi pour toute l'Inde, les autres Etats du sud pouvant suivre alors le Bengale et tout le pays pourrait alors passer sous le joug de la charia hindoue fascisante.

A la tribune du mahapanchayat, on trouve donc un dirigeant du soulèvement actuel, Rakesh Tikait mais aussi une dirigeante du soulèvement paysan des années 2007 qui avait conduit à la chute du gouvernement du PCI (marxiste) et des représentants paysans des communautés hindoues, musulmanes ou sikhs pour bien montrer que le soulèvement paysan ne se bat pas que pour ses intérêts corporatistes mais aussi pour toute l'inde, pour la laïcité et contre le déchainement de toutes les haines religieuses

PHOTO

Mahapanchaut à Asensol dans le Bengale Occidental avec tous les représentants de toutes les communautés représentées à la tribune

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
Le naufrage d’un ministre désinvolte
Le voyage de Jean-Michel Blanquer aux Baléares, à la veille d’une rentrée scolaire à haut risque, résume deux années de gestion de la pandémie de Covid-19 : par désintérêt manifeste, il n’a jamais répondu aux craintes et à l’épuisement des enseignants comme des familles. 
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Anne Hidalgo face à Mediapart
Ce soir, une invitée face à la rédaction de Mediapart : la maire de Paris et candidate socialiste à l’élection présidentielle.  
par à l’air libre
Journal — Industrie
Industrie française : l’attractivité de la rente
Accusé d’être le fossoyeur de l’industrie, Emmanuel Macron entend contre-attaquer : grâce à sa politique, la France aurait retrouvé son attrait pour les investisseurs étrangers. Mais il confond compétitivité-prix et attractivité, qui repose sur des écosystèmes détruits systématiquement par le gouvernement au profit d’un capitalisme de rente.
par Martine Orange
Journal
La Serbie fait front derrière son héros Novak Djoković
Les aventures australiennes de l’actuel numéro un du tennis mondial, et son expulsion, ont mobilisé la Serbie, qui a défendu bec et ongles son champion. Sûrement parce qu’il incarne depuis plus d’une décennie les espoirs de tout le pays, mais aussi ses profondes contradictions. 
par Jean-Arnault Dérens, Laurent Geslin et Simon Rico

La sélection du Club

Billet de blog
De la grève, de l'unité syndicale et de sa pertinence
Attention : ce billet n'est pas anti-syndicaliste. Il sera peut-être qualifié comme tel par des gens qui ne savent pas lire. Je laisse volontiers ceux-là dans leur monde noir et blanc. Je suis syndiqué et j'invite tout le monde à l'être. Sans syndicats nous mourrons. On n'aimerait juste pas mourir avec. 
par Jadran Svrdlin
Billet de blog
Lettre ouverte à Jean-Michel Blanquer en 31 points
Le vendredi 14 janvier 2022, vous avez déclaré « je ne suis pas parfait, je fais des erreurs… ». La liste des erreurs est longue. Une lettre d'une professeur de Lycée Pro, qui décline la longue liste des excuses qui serait nécessaire à Blanquer, bien plus que ce que le mouvement des derniers jours lui a arraché du bout des lèvres.
par Samy Johsua
Billet de blog
La gauche et l’éducation : l’impensé des savoirs scolaires
D’un débat entre représentants des candidats de gauche et de l’écologie sur l’éducation ressort l’impensé partagé des savoirs scolaires.
par Jean-Pierre Veran
Billet de blog
La farandole ultra-droitière d'un ministère de « l'Instruction publique »
Eric Zemmour vient de présenter comme un point important de son programme éducatif la « création d'un grand ministère de l'Instruction publique ». Cela avait déjà été préconisé dès 2013 dans le projet d'« une droite forte » rédigé par deux secrétaires nationaux de l'UMP : Guillaume Peltier et Didier Geoffroy. Et Jean-Michel Blanquer l'aurait aussi suggéré à Emmanuel Macron lors de sa nomination.
par claude lelièvre