PCF : cap sur le sécuritaire

Pour son entrée en campagne, Fabien Roussel a choisi le thème de la sécurité. Il entend incarné une ligne très dure car, en réalité, le Parti communiste ne compte pas sur ses propositions sociales pour faire la différence et espère trouver là le chemin de l’électorat populaire.

par Pierre Jacquemain -Regards

Le week-end dernier, les communistes ont confirmé par un vote sans appel la désignation de leur secrétaire national, Fabien Roussel, pour l’élection présidentielle de 2022. Dès la conférence de presse de ce mardi 11 mai, le député du Nord donne le ton. Un ton qui ne va pas manquer de surprendre les militants communistes et que même le quotidien communiste, L’Humanité, laisse entrevoir : « Je le dis clairement, cette question [de la sécurité] ne sera pas une question secondaire. Je souhaite que cette question de sécurité soit abordée pleinement, franchement avec des réponses concrètes pour nos compatriotes. La sécurité, le droit à la sécurité n’est pas un droit parmi les autres, c’est un droit fondamental », a-t-il lancé face à la presse et alors que la vidéo YouTube avait été vue un millier de fois. Roussel abordera aussi la question de la jeunesse, mais c’est bien sur la question sécuritaire que le candidat du PCF entend marquer les esprits et « faire rupture » – y compris avec une certaine tradition communiste.

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L’argumentaire est rodé. « La sécurité n’est pas un droit comme les autres, c’est un droit fondamental », répète Roussel dès le lendemain sur BFMTV, invité de Jean-Jacques Bourdin. Et d’ajouter : « Il ne faut pas laisser l’idée que la gauche puisse être laxiste sur cette question-là et moi je vous le dis, il faut une politique de sanction, de répression, ferme ». Dans la même émission, le communiste soutiendra tout à la fois la proposition du gouvernement qui vise à créer des condamnations et des infractions spécifiques lorsque des policiers ou des gendarmes ont été agressés et l’extension à 30 ans de la peine de sûreté pour les personnes condamnées à perpétuité pour un crime commis contre un policier ou un gendarme. « Vous n’hésitez pas sur les questions sécuritaires ! », lui a même lancé Bourdin visiblement étonné. Il confirme, sur France Info : « Nous devons investir ce terrain. Je suis pour ce discours de fermeté ». Le PCF veut faire de la sécurité un axe identifiant au moment où la gauche peine à imposer ses options fondatrices dans l’espace public.

La thématique de l’ordre n’est certes pas extérieure à la matrice communiste. Le PCF s’est toujours voulu le parti d’un « nouvel ordre contre le désordre capitaliste ». Mais au sein même du PCF, il existe plusieurs réponses : celles qui ont prévalue avec Georges Marchais et Robert Hue – plaçant les questions de sécurité et d’immigration dans leur campagne présidentielle – là où Marie-George Buffet, puis Pierre Laurent, avaient plutôt entraîné le parti dans une approche soucieuse du respect et de l’extension des droits humains, notamment à partir de l’entrée féministe.

Roussel s’inscrit dans la première approche. Il reprend à son compte la vieille idée selon laquelle il faut aller chercher le vote populaire sur les terrains où s’expriment ses attentes, aujourd’hui sous influence de l’extrême droite. En son temps, côté socialistes, Lionel Jospin fit aussi cette analyse et conduisit en 1997 les assises de Villepinte, pour opérer le tournant idéologique du PS sur les sujets régaliens. Dans les deux cas, le résultat fut sans appel : ni le PC ni le PS n’en ont tiré bénéfice, l’électorat de gauche s’est trouvé déboussolé, la gauche s’est divisée et l’extrême droite s’est renforcée de cette légitimation de ses thèmes centraux. « Ce n’est pas qu’il ne faille pas traiter des questions de la sécurité. Il faut le faire, dès lors qu’on l’insère dans un projet global qui la relativise sur le fond », concède un cadre du PCF, sceptique quant à la stratégie d’entrée en campagne de Roussel. En enfourchant ce cheval de bataille, Roussel creuse un peu plus les clivages à gauche.

Pourquoi s’engager soudainement dans cette voie clivante ? « Pour se démarquer de Jean-Luc Mélenchon », suggère Jean-Jacques Bourdin. C’est une hypothèse dans un moment où Mélenchon tâtonne dans la formulation d’un nouvel équilibre politique sur le régalien. En réalité, le Parti communiste ne compte pas sur ses propositions sociales pour faire la différence et espère trouver là le chemin de l’électorat populaire. En quelques jours, les positions nouvelles du PCF sont saluées à la fois par la presse de droite et par les militants proches du Printemps républicain. En ces temps d’hégémonie des idées d’extrême droite, la direction du PCF fait un pari. Il est à très, très hauts risques.

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