Inde: le soulèvement paysan échappe au contrôle de toute organisation ou individu

Pour le 200e jour de mobilisation aux campements paysans de Delhi, des membres des 500 organisations paysannes associées - et toujours unies - pour lutter contre le gouvernement ont tenu à s'exprimer.

par Jacques Chastaing

Jagtar Singh Bajwa, leader des agriculteurs de la région du Terai dans l'Uttarakhand a déclaré : "Le gouvernement n'a pas compris qu'il s'agit d'un mouvement spontané, qui échappe au contrôle de toute organisation ou individu. Nous avons lancé un appel à des manifestations nationales le 26 juin dans les demeures des gouverneurs de chaque Etat. Cela montrera amplement ce jour là à tout le pays notre force »

Le même jour, Harinder Bindu, qui dirige l'aile féminine du syndicat paysan Bharatiya Kisan Ekta Ugrahan, a déclaré : « Bien que nous mobilisions les femmes depuis longtemps sur différentes questions, nous ne nous attendions jamais à ce que les chiffres de la mobilisation actuelle dépassent toutes nos attentes. C'est la première fois que les femmes ont non seulement participé mais ont également mené l'agitation pour dire que les gens sont plus importants que Modi. Je peux vous dire avec mon expérience de campagne dans 1500 villages que plus le mouvement se prolonge, plus la participation augmente. Les femmes campent toujours à l'extérieur des centres commerciaux Reliance et des silos Adani (qui appartiennent aux plus gros capitalistes de l'Inde et qui soutiennent Modi). Et cela ne fera que se renforcer.

Jagmohan Singh du syndicat paysan Bharatiya Kisan Union (Dakaunda) a déclaré qu'actuellement le Mouvement était en train de reproduire dans l'Uttar Pradesh (210 millions d'habitants) ce qui a été fait jusqu'à présent au Pendjab et en Haryana, où les dirigeants du BJP ont été bannis socialement, rendus incapables de faite quoi que ce soit.

Dharamender Malik de l'union paysanne Bharatiya Kisan Union (Tikait) souligne que le mouvement a réuni des musulmans et des Jats de l'Uttar Pradesh occidental qui ont oublié les relations amères qu'ils avaient entre eux après les émeutes religieuse de Muzaffarnagar. De même, au Rajasthan, les communautés Jats et Gurjar se sont réunies. Ce qui tient de l'exploit et à mettre au compte du mouvement paysan.

Pawan Duggal, un agriculteur leader de All India Kisan Sabha (AIKS), Rajasthan : « Si je devais regarder la situation dans son ensemble, je peux dire que le mouvement a provoqué une unité sans précédent parmi les travailleurs et les agriculteurs. Nous avons compris la signification du slogan « Kisan Mazdoor Ekta Zindabad » (Vive l'unité des travailleurs et des agriculteurs). C'est nous qui avons dit au pays qui nous a entendus qu'il y a des enjeux à combattre au-delà de la haine religieuse... Nous menons une vaste campagne au Rajasthan et les agriculteurs attendent avec impatience un grand appel de SKM (la coordination qui anime le soulèvement paysan) et nous agirons en conséquence. Pour les personnes qui doutent encore de l'ampleur de l'agitation, il faut se rappeler que tout le monde ne peut pas siéger à la frontière pendant six mois mais que le soutien reste intact. Lorsque nos campements de Delhi ont été détruits ces dernières semaines par la tempête et les pluies, il nous a fallu à peine 48 heures pour réunir suffisamment de fonds pour construire des tentes plus solides. Pourquoi quelqu'un donnerait-il un centime s'il ne croit pas en la cause !... Nous avons poussés le gouvernement dans une situation où ils ne connaissent vraiment pas la voie à suivre. Ils sont en soins intensifs."

Inderjit Singh, leader agricole vétéran de Haryana Kisan Sabha : « La chose la plus importante que l'agitation a apportée, je pense, c'est un assaut solide contre les structures de castes. La seconde chose, c'est que les communautés non agricoles ont elles aussi compris que les lois agricoles seraient dangereuses pour tous et nous faisons front."

Pendant ce temps, intensifiant leur agitation, des milliers de paysans ont entamé une « Kisan Kranti Padayatra » (marche à pied militante allant au contact des habitants) de cinq jours de Bulandshahar à la frontière de Ghazipur à Delhi qu'elle atteindra le 18 juin après 85 km de marche.

Les routes nationales menant à la capitale nationale sont actuellement inondées par un fleuve de paysans venus de différents villages de Bulandshahr mais aussi des districts voisins, notamment Meerut, Muzaffarnagar, Baghpat, Bijnore et Saharanpur de l'Uttar Pradesh, qui lanceront également après bien d'autres des marches similaires dans les jours qui viennent. En outre, un convoi de 500 voitures du district de Sambhal partira pour la frontière de Ghazipur le 21 juin et environ 5 000 autres agriculteurs devaient se joindre à la marche sous la bannière de BKU (Asli).

Pendant ce temps, les paysans reprennent les Mahapanchayats (démocratie directe), interrompus un instant par le covid ; un groupe d'agriculteurs dirigé par le secrétaire général de la BKU (région de la capitale nationale) Mangeram Tyagi a organisé lundi un "Mahapanchayat" à Anupshahr.

Aujourd'hui, un groupe de paysans d'Hisar, Hisar Akhil Bharatiya Kisan Sabha, a atteint le campement paysan de Tikri à Delhi...

Et pendant que les paysans et leurs soutiens affluent à Delhi, les leaders paysans déclarent qu'ils n'ont renoncé en rien à leur marche sur le Parlement, qu'ils attendent seulement l'occasion la meilleure.

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Comme un fleuve, les paysans inondent les routes de milliers et de milliers de paysans qui montent à Delhi ; un groupe de paysans d'Hisar, Hisar Akhil Bharatiya Kisan Sabha, a atteint le campement paysan de Tikri à Delhi ; une paysanne de 92 ans, Mata Sukhdevi, s'est joint à une des marches qui a rejoint Delhi aujourd'hui ; des ouvriers agricoles du lointain Etat du Telangana sont arrivés aujourd'hui aux campements de Delhi, demain ce sont d'autres de l'Andhra Pradesh qui sont attendus ; marche d'ouvriers du syndicat Citu en direction des campements paysans de Delhi ; malgré les pluies diluviennes, le combat des paysans continue

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

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