Le « ruissellement » est une imposture qui alimente les inégalités

Selon une nouvelle analyse portant sur 18 pays au cours des 50 dernières années, une économie basée sur l’offre alimente les inégalités. Ceux qui en bénéficient sont les super-riches.

Source : Consortium News, Kenny Stancil -Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Les politiques économiques du président Ronald Reagan, surnommées « Reaganomics », ont été qualifiées d’économie de ruissellement. Sur cette photo, il expose son plan de réduction des impôts dans un discours télévisé en juillet 1981. (Photographies de la Maison Blanche de Reagan, Wikimedia Commons)

L’évangile néolibéral affirme que la réduction des impôts des riches finira par profiter à tous en stimulant la croissance économique et en réduisant le chômage, mais une nouvelle analyse des politiques fiscales de 18 pays au cours des 50 dernières années révèle que les critiques progressistes de la théorie du ruissellement ont toujours eu raison : l’économie de l’offre alimente les inégalités, et les véritables bénéficiaires de l’approche de droite en matière de fiscalité sont les super-riches.

The Economic Consequences of Major Tax Cuts for the Rich (pdf), un document de travail publié ce mois-ci par l’International Inequalities Institute de la London School of Economics et rédigé par David Hope de la LSE et Julian Limberg du King’s College London, examine des données provenant de près de 20 pays de l’OCDE, dont le Royaume-Uni et les États-Unis, et constate que les cinq dernières décennies ont été caractérisées par « une baisse des impôts sur les riches dans les économies avancées, avec d’importantes réductions d’impôts… particulièrement concentrées à la fin des années 1980. »

Mais, selon Hope et Limberg, la grande majorité des populations de ces pays n’ont pas grand-chose à en tirer, car les bénéfices de la réduction des impôts sur les riches sont concentrés sur une poignée d’individus super-riches – et ne sont pas largement partagés dans la société sous la forme d’une amélioration de la création d’emplois ou de la prospérité, comme le prétendaient les théoriciens du ruissellement.

« Nos recherches montrent que les arguments économiques en faveur du maintien de l’impôt sur les riches à un bas niveau sont faibles », a déclaré Mme Hope mercredi. « Les importantes réductions d’impôts accordées aux riches depuis les années 1980 ont accru les inégalités de revenus, avec tous les problèmes que cela entraîne, sans pour autant être compensées par des gains de performance économique. »

Dans leur étude, le couple d’économistes politiques note que « la performance économique, telle que mesurée par le PIB réel par habitant et le taux de chômage, n’est pas affectée de manière significative par les réductions d’impôts importantes pour les riches. » Cependant, ils ajoutent que « les réductions d’impôts majeures pour les riches augmentent les revenus nationaux avant impôt du 1% supérieur dans les années suivant la réforme » de près de 1%.

Les chercheurs continuent :

« Nos conclusions sur les effets de la croissance et du chômage fournissent des preuves à l’encontre des théories de l’offre qui suggèrent qu’une réduction des impôts sur les riches induira des réactions de l’offre de travail de la part des personnes à haut revenu (plus d’heures de travail, plus d’efforts, etc.) qui stimulent l’activité économique. Elles sont, en fait, plus conformes aux recherches empiriques récentes qui montrent que les exonérations d’impôt sur le revenu et les gains exceptionnels ne conduisent pas les individus à modifier de manière significative la quantité de travail qu’ils effectuent.

« Nos résultats ont des implications importantes pour les débats actuels sur les conséquences économiques de l’imposition des riches, car ils fournissent des preuves probantes qui soutiennent le nombre croissant de données provenant d’études liées selon lesquelles la réduction des impôts sur les riches augmente la part des revenus les plus élevés, mais a peu d’effet sur les performances économiques. »

M. Limberg espère que ces recherches pourront renforcer les arguments en faveur d’une augmentation des impôts des riches pour financer une relance juste après la pandémie de coronavirus et les retombées économiques qui en découlent.

« Nos résultats, a-t-il déclaré mercredi, pourraient être une bonne nouvelle pour les gouvernements qui cherchent à réparer les finances publiques après la crise de Covid-19, car ils impliquent qu’ils ne devraient pas se préoccuper indûment des conséquences économiques d’une augmentation des impôts sur les riches. »

Les progressistes ont fait valoir que la gestion désastreuse de la catastrophe actuelle par l’Amérique est attribuable à plusieurs décennies d’idéologie de « marché libre » et de politiques connexes qui ont exacerbé les vulnérabilités et sapé la capacité du gouvernement à réagir efficacement.

Selon les partisans de la justice sociale, l’imposition de la richesse des milliardaires – à l’instar de « l’impôt du milliardaire » adopté au début de ce mois en Argentine – pourrait contribuer à inverser la tendance à l’intensification des inégalités dont souffre la nation.

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